La Magique image, le dernier film réalisé par Musidora en 1950, commandé par Henri Langlois pour son festival d'Antibes, était considéré comme perdu. Il vient d'être retrouvé miraculeusement, grâce à Yvon Dupart et à l'Association des amis de Musidora. On pourra découvrir cette œuvre insolite, hybride et hors du temps, qui rend hommage au cinéma des années 1910-1920, et fait écho à toute la magie des films muets. Les images d'aujourd'hui, transformées, créées ou générées par l'intelligence artificielle, drôles ou effrayantes, peuvent nous sembler prodigieuses. Mais ce tour de passe-passe numérique n'est certainement pas aussi miraculeux que l'invention du cinématographe, dont l'ambition inégalée était de reproduire le mouvement de la vie et d'offrir le réel...
Reproduire la réalité, grâce à quelques tours de manivelle (gestes de magicien sans même se référer à Méliès) : cette envie a encouragé de nombreux cinéastes à rapporter des images du monde, des mètres de pellicules, fragiles, enfermées dans des boîtes noires, à l'abri de la lumière. Ces cinéastes se sont aventurés dans les pas de la fiction et du documentaire et ont réalisé des films dans de nombreux pays, plus ou moins lointains, et aux cultures, aux histoires et aux paysages captivants.
La Cinémathèque française et ses partenaires ont mené de nouvelles restaurations pour partager le regard de ces cinéastes voyageurs, grâce à des films précieux issus de ses collections, comme la version courte française du docufiction Nanouk l'esquimau de Robert Flaherty. Cette version remaniée par le réalisateur de films ethnographiques Joseph Mandement était conservée précieusement par Henri Langlois qui l'avait nommée « Bouton d'or », pour valoriser le teintage orange qui la caractérise. Loin du Québec, dans une direction opposée et en marge de La Croisière noire, Léon Poirier réalise à Madagascar Zazavavindrano, la fille des eaux (une fiction inspirée d'un conte malgache), avec une troupe de théâtre locale. En collaboration avec le CNC, un autre programme permettra de découvrir des documentaires tournés en Espagne, Irlande, Corée, Chine, Éthiopie, Égypte... Des témoignages exceptionnels.
Dans un registre bien différent et plus fantaisiste, Le Voyage imaginaire de René Clair est un incontournable des collections de la Cinémathèque. Un peu folle, cette œuvre anticonformiste nous transporte loin, dans l'univers de l'absurde et du surréalisme, avec comme guide le comédien et chorégraphe Jean Börlin. Seront aussi proposées des restaurations menées avec la société Argos, des films muets et sonores cette fois, où l'art et le voyage se confondent : Broadway by Light de William Klein, qui capte les éclairages et les enseignes lumineuses pour symboliser ce quartier noctambule de New York ; Symphonie mécanique de Jean Mitry, qui sollicite Pierre Boulez pour composer sur ses déambulations machinales et expérimentales ; Paris Express, réalisé en 1928 par Marcel Duhamel et les frères Prévert, qui nous font visiter Paris au pas de course sans rien oublier, comme tout touriste qui se respecte. Et pour finir, Henri Matisse, documentaire exceptionnel où l'on voit notamment le peintre au travail face à son modèle... s'évader devant sa toile.
Hervé Pichard