Restaurations et incunables

Pauline de Raymond - 4 février 2026

Comme chaque année, cette section présente une large sélection de nouvelles restaurations récemment menées par les archives et ayants-droits. Il s'agit de célébrer la vivacité de l'actualité du patrimoine, en France et dans le monde entier. Ce programme par nature très éclectique est conçu comme une invitation à découvrir toute la richesse de l'histoire du cinéma, avec des films très célèbres et d'autres devenus trop rares.

Nous présentons notamment la célèbre charge de Miloš Forman contre les dérives de la psychiatrie, Vol au-dessus d'un nid de coucou. Les producteurs ont l'idée géniale de confier le projet au cinéaste alors qu'il est quasiment inconnu aux États-Unis. Forman fait du personnage de McMurphy (Jack Nicholson) un symbole de la lutte contre tous les systèmes autoritaires, et interroge brillamment la prétendue liberté à l'intérieur de la société américaine. Le casting mêle acteurs professionnels et amateurs, patients de l'hôpital psychiatrique. Jack Nicholson agit sur ces derniers comme un catalyseur. C'est là toute la violence d'une société qui s'exprime à travers des scènes tour à tour bouffonnes ou dramatiques.

En clôture de notre manifestation, nous avons choisi une œuvre de la période muette d'un grand maître, Carl Theodor Dreyer. Moins connu que son Vampyr, Le Maître du logis n'en est pas moins un film majeur. D'une façon très moderne, il narre les abus d'un mari sur sa femme, et le chemin par lequel le couple finit par se retrouver. Émaillé de très beaux plans extérieurs, il se déroule essentiellement dans l'appartement conjugal. Tout est ici affaire d'équilibre et de détails. Dreyer semble composer l'œuvre comme une partition faite de subtiles assonances visuelles. Le cinéaste joue aussi avec les genres : Le Maître du logis débute comme un mélodrame, mais évolue vers le comique quand le truculent personnage de bonne reprend les rênes.

On connaît moins la dernière partie de la filmographie de Roberto Rossellini que ses œuvres néoréalistes, et c'est bien dommage. Nous montrerons son avant-dernier film : L'An un, réalisé pour la télévision. Ici, la pensée politique, les idées, leurs complexités, la manière dont elles évoluent, importent plus que la psychologie des personnages. Consacré à Alcide De Gasperi, homme politique essentiel de l'après-guerre italienne, L'An un montre de longs échanges, souvent tournés en plans-séquences, entre politiciens. Tout autant austère que joyeux, il permet aux spectateurs d'entretenir un rapport vivant aux idées, à celles et ceux qui les portent. Rossellini sonde ainsi la fragile reconstruction de la démocratie italienne entre 1944 et 1954.

Enfin, aucun cœur sensible ne pourra résister aux charmes de Till We Meet Again de Frank Borzage qui, comme nombre de films américains de la période, traite de la Seconde Guerre mondiale. Borzage donne un tour particulièrement original à son récit, et relate la traversée clandestine de la France occupée par une jeune religieuse accompagnée d'un pilote américain marié. Dans ce périple où la mort guette sans cesse, ils vont se rencontrer pour vivre une histoire que probablement seul le cinéma pouvait raconter : celle d'un amour impossible, mais métaphoriquement présent sous nos yeux. Dans ces temps de guerre violents, ils vont s'aimer presque à leur insu.

Ces pépites, et bien d'autres, feront la saveur de cette 13e édition de notre festival. Nous vous attendons nombreux !

Pauline de Raymond

Pauline de Raymond est responsable de programmation à la Cinémathèque française. Elle a créé le Festival de la Cinémathèque en 2012.