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« Josep » d'Aurel, César du Meilleur film d'animation

1 mai 2021

C'est le film qui ornait la quatrième de couverture d'un de nos récents programmes, reflet supplémentaire, et sentimental, de notre attachement à Josep. Un film d'animation à nul autre pareil, pénalisé par les dispositions sanitaires de la rentrée 2020, et dont on espère la ressortie en salles dès la levée des restrictions pesant sur le monde culturel.

Josep (Aurel, 2020)

Josep (Aurel, 2020)

Encensé par la critique à sa sortie, récompensé d'un César en mars 2021 (meilleur long métrage d'animation), Josep occupe une place à part dans la production hexagonale, film dessiné plus qu'animé, et dont les principes de mise en scène radicaux lui donnent toute sa singularité. Aurel a ainsi travaillé son art par retranchement, se débarrassant du superflu pour mieux se concentrer sur le récit, et la vie de Josep Bartoli. « Je craignais d'affaiblir la narration si je me laissais happer par le principe industriel de l'animation » explique le réalisateur, qui revendique « un cinéma de la soustraction. Je disais souvent : "là il y a trop, là il faut enlever" ». Succession de plans statiques, où vibre le trait du dessinateur par fines touches, Josep s'affranchit ainsi des traditionnels carcans du cinéma d'animation pour rester au plus près de son sujet : « La technique, ce n'est pas ce qui me travaille, ni en tant que créateur, ni en tant que spectateur. Je ne voulais pas que la virtuosité prenne le pas sur mon propos ».

Quand on suggère d'éventuelles influences dans le monde de l'animation et qu'on l'interroge sur sa cinéphilie, Aurel évoque « une consommation gourmande du cinéma, mais empirique  ». On cite Paul Grimault, Rémi Chayé, Hayao Miyazaki, il approuve puis relance avec Bill Plympton, les Looney Tunes, les mangas animés (« ces dessins animés fabriqués à la chaîne qui jouent eux aussi sur des images fixes, dynamisées par de simples mouvements de caméra ») ou Jérémy Clapin. Mais c'est vers le cinéma en prises de vues réelles qu'on voulait l'entraîner. Avec son étonnante et paradoxale animation statique, Josep nous rappelle La Jetée. Chez Chris Marker comme chez Aurel, on a fait fi du mouvement classique des images sans pour autant jamais délaisser la palpitation du cinéma. Tout est question de mise en place, de mise en scène. « Et de rythme, l'un des principaux enjeux imposés par mes choix de réalisation ».

Josep

Toutes deux œuvres de mémoire, les films d'Aurel et de Chris Marker travaillent par ailleurs la question du souvenir sur des motifs communs, la sensation plus que le naturalisme. « La mémoire est erratique. Si je me rappelle d'une rue traversée dans un passé lointain, je ne me souviendrai pas forcément des vitrines des magasins, mais je me souviendrai par contre qu'il pleuvait ce jour-là. Pour les flashbacks de Josep, on est dans une forme d'impressionnisme qui fait écho à la mémoire défaillante du grand-père – à l'inverse des scènes contemporaines, plus classiques, plus réalistes », explique le cinéaste.

S'il est un cousin de La Jetée, Josep s'inscrit aussi dans la grande lignée des films politiques de Ken Loach (Land and Freedom, filiation revendiquée), Costa-Gavras, Stephen Frears ou Robert Guédiguian – dont le scénariste, Jean-Louis Milesi, a co-écrit l'histoire de Josep« Tout est politique. Et ce qui m'importait, à une époque où l'on perd le sens du politique, c'était de ne pas me contenter de l'écume des choses, mais de faire de mon film un vrai outil d'apprentissage et de compréhension du monde ».

Une leçon d'histoire, un geste de cinéma, à découvrir en DVD ou VOD, et espérons-le, à nouveau en salles prochainement.


Récompensé en mars par l'Académie des César, Josep est le premier long métrage du dessinateur de presse Aurel (Le Monde, Le Canard Enchaîné).

Il nous plonge au cœur d'une période historique peu racontée, La Retirada (retraite en français), où près de 450 000 espagnols sont contraints de rejoindre des camps en France, après avoir fui leur pays. Nous y suivons le parcours de Josep Bartolí, combattant antifranquiste et dessinateur d'exception.

Au-delà de célébrer le talent de l'artiste, grâce à son film, Aurel rend un magnifique hommage au dessin.

Un premier prix pour JOSEP, celui de la Fondation Gan pour le Cinéma

En 2019, la Fondation choisit de lui remettre son Prix à la Diffusion dans le cadre du Festival International du Film d'Animation d'Annecy où Josep, encore à l'état de production, est présenté pour la première fois.

« Par son approche très singulière, ce projet est un hommage au dessin. Le dessin, à la fois comme cri, trait mémoriel et geste politique. Personnage à part entière, il lève le voile sur une mémoire occultée. C'est un projet qui s'est imposé à nous et qui nous encourage à rester toujours vigilants. »
Dominique Hoff, Déléguée générale de la Fondation Gan

Josep

Il s'agit du premier prix d'une longue lignée : par la suite, le film va recevoir le label « Cannes 2020 », le Prix du Meilleur Film Européen d'Animation aux European Film Awards 2020, le Prix Louis-Delluc 2020 du Premier film, le Prix du Meilleur premier film français 2020 par le Syndicat Français de la Critique de Cinéma, ou encore le Grand Prix du Festival d'Animation de Tokyo. Au-delà d'un succès critique, rappelons aussi que le film a su conquérir son public ; en seulement 1 mois d'exploitation en salle le film rassemblait déjà près de 200 000 spectateurs !

Un 40e César pour la Fondation Gan

Il s'agit du 40e César attribué à un film soutenu par la Fondation depuis sa création, en 1987.
La Fondation n'a de cesse d'œuvrer avec constance à l'émergence d'une nouvelle génération de cinéastes, de défendre un cinéma de qualité et original, de l'écriture du scénario jusqu'à la diffusion des œuvres en salle. Après Joann Sfar, lauréat 2008 (Le Chat du rabbin), Claude Barras, lauréat 2015 (Ma vie de Courgette), c'est au tour d'Aurel d'être récompensé du prestigieux César du Meilleur film d'animation.

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