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L'Ozploitation sur le web

7 juin 2021

Fermes isolées de l'Outback, bushrangers, bastons et pintes de bière. The Story of the Kelly Gang, premier long métrage australien réalisé en 1906, contient déjà toute la substance des films d'Ozploitation. Loin des images balnéaires présentées par la RTF et plus proche de l'escapade « aussie » des Simpson, cette nouvelle vague australienne, popularisée dans les années 70 et 80, est à l'origine d'un corpus d'œuvres explosives, concentré de folie brute, où la sueur, l'alcool et le sang coulent à flot. Des virées sexuelles de The FJ Holden à la chasse au kangourou de Wake in Fright, en passant par le phénomène Mad Max, plongée internet, extatique, en Ozploitation.

Wake in Fright (Ted Kotcheff, 1971)

Wake in Fright (Ted Kotcheff, 1971)

Depuis 2020, l'Australie connaît un boom de tournages. En cette période de pandémie, le pays est devenu un véritable refuge pour les grosses productions, qui profitent de ses lieux de tournage photogéniques. Le cinéma australien a pourtant longtemps peiné à exister, jusque dans les années 70, quand la création d'un nouveau système de classification cinématographique et de la cote R, (réservée aux spectateurs de plus de 18 ans) lui permet de prendre son essor. Peu coûteux, exploitant les stéréotypes australiens et le mythe du hors-la-loi caché dans le bush (rappelons qu'un Australien sur cinq est le descendant d'un condamné), ces films d'un nouveau genre, caractérisés par leur violence et leur crudité, connaissent un véritable âge d'or jusqu'au milieu des années 80 : thrillers insolites, road movies décalés ou comédies érotiques, voici l'Ozploitation. Mais d'où vient ce terme ? Quentin Tarantino – forcément fan absolu, qui a grandi devant tous ces films – est l'un des premiers à parler de « Aussiesploitation ». Le réalisateur Mark Hartley utilise un terme plus court, dans son documentaire Not Quite Hollywood: the Wild, Untold Story of Ozploitation!, pour parler de toute la période.


Par où commencer ?

Une balade radiophonique, un walkabout australien (59') pour se mettre gentiment dans le bain. Break-neck action, schlock-horror, ocker comedy and frisky sex : un podcast de Radio Australia (18') par l'expert local, Andrew Mercado. Le bien-nommé Where to begin du BFI pour les novices anglophones, complété d'une liste de 20 classiques établie par la Grindhouse Cinema Database. Ou une présentation vidéo (10') en français par Le Coin du Bis. On peut aussi se laisser guider au gré de la collection d'affiches de la National Film and Sound Archive of Australia, véritable boîte à trésors du cinéma australien.


Bagnoles, Outback, bière et kangourous

Grands espaces obligent, la voiture est souvent au centre des films australiens, du road-movie Oz - réinterprétation rock du Magicien d'Oz - à la virée touristique qui vire au cauchemar dans Wolf Creek. Sans oublier les accidents de la route provoqués par les habitants d'une étrange bourgade dans Les Voitures qui ont mangé Paris de Peter Weir, cruauté mécanique qui annonce l'univers de Mad Max et ses monstres d'acier. Une culture automobile que George Miller énonce parmi les influences de la saga (3' en anglais). Si la Ford Interceptor passe pour la voiture la plus célèbre du cinéma australien, la FJ Holden, du film du même nom, appréciée pour sa robustesse lors des courses-poursuites et du fricotage sur la banquette arrière, reste la plus populaire d'Australie.

Des quartiers pavillonnaires de Sydney aux frontières du bush, le héros Ozploitation finit le plus souvent sa course sur les terres hostiles de l'Outback. C'est évidemment là que les thrillers australiens situent la plupart de leurs histoires, comme dans Wake in Fright et son effroyable chasse aux kangourous. Dix ans avant Rambo, Ted Kotcheff tourne « le film le plus terrifiant jamais réalisé sur l'Australie », c'est Nick Cave qui le dit. « Un chef-d'œuvre absolu » pour Nicolas Winding Refn. Un film complètement fou, perdu pendant quarante ans et restauré depuis. Un tournage proche de l'enfer, arrosé de gallons de bière, raconté par Kotcheff pour The Guardian (par Samuel Blumenfeld en français pour Le Monde) ou par l'acteur Peter Whittle avec l'histoire de son chapeau orné de languettes de canettes de bière, celui qu'il porte lors d'une scène de baston mémorable avec Nelson, le kangourou qui n'a qu'un œil (3' en VO). Pas sûr que le film donne envie de manger un émincé ou un steak surgelé, à moins d'avoir vu, d'une traite, les 91 épisodes de Skippy le kangourou.

C'est aussi dans l'Outback que se planque le plus célèbre bandit australien, Mad Dog Morgan, interprété par Dennis Hopper en 1976 (ici interviewé au festival de Cannes), aux côtés de David Gulpilil, acteur aborigène légendaire, révélé par Peter Weir dans Walkabout (1971) et La Dernière Vague (1977).

Mad Dog Morgan (Philippe Mora, 1976)


Costumes, fan-art, musique et culture pop

Après le chapeau de brousse de l'alcoolo détraqué, focus sur les épaulettes métalliques et les perruques iroquoises, en soie de porc et crin de cheval, de la costumière de Mad Max. Norma Moriceau parle de sa collaboration avec George Miller dans cette archive géniale de la télévision française, dans Les Enfants du Rock, en 1985. Des costumes qui contribuent grandement au succès de la saga débutée en 1979 avec Mel Gibson, interviewé ici lors du troisième opus, sans son célèbre cuir, figurant parmi les 10 vestes iconiques du cinéma. Depuis, un festival « post-apo » a vu le jour, Wasteland, avec ses tenues vestimentaires toutes plus folles les unes que les autres. À l'image des storyboards qui ont servi au scénario du quatrième épisode (Fury Road), les fans rivalisent de créativité et de talent graphiques, tandis que d'autres font le tour du monde pour dresser la liste des adorateurs de Mad Max, comme cet expert français, Melvin Zed, qui le raconte dans un podcast d'1h50.

Pour tous les ados des années 80, Mad Max, c'est aussi un tube, celui de Tina Turner, sorti en 1985 pour le deuxième épisode. We don't need another Hero, raconté par Marc Toesca, lui-même, dans sa Pop Story. La partition de Brian May (l'Australien, pas le guitariste de Queen) - également compositeur de Patrick (1978), Gallipoli (1981) ou Thirst (1989) - figure, quant à elle, parmi les meilleures bandes-originales Ozploitation. On peut citer aussi celle de François Tetaz, qui plus récemment a recréé l'ambiance angoissante de l'Outback dans le film d'épouvante, Wolf Creek (2006). À écouter dans cette séquence-clé analysée (à lire en anglais).

Côté slasher, on peut également voir Molly Ringwald (la rouquine de Breakfast Club) et Kylie Minogue dans le sanglant Cut de Kimble Rendall, sorti en 2001. La chanteuse parle de son rôle, une réalisatrice de film d'horreur, dans cet entretien filmé (2' en VO). Fantastiques ou gores, les thrillers « aussie » ont souvent un parfum gothique. Une tradition australienne qui prend racine avec la colonisation, comme l'explique cet article de The Conversation, allant du lugubre et mélancolique Picnic at Hanging Rock jusqu'à la ballade funèbre chantée par Nick Cave et Kylie Minogue, Where the Wild Roses Grow.

Picnic at Hanging Rock (Peter Weir, 1975)


La confidence

« Personne n'aurait joué ce rôle mieux que moi. Je ne veux pas me vanter, mais ce n'est pas un rôle pour une jeune fille fragile. Je suis féminine, dans la mesure du personnage, mais je suis tout sauf une faible femme ! » Tina Turner, à propos de son personnage dans Mad Max Beyond Thunderdome. À voir aussi, l'interview de l'interprète d'Aunty Entity par Bobbie Wygant en 1985 (6' en VO).


Le clip


Liens bonus

- Un classique du film d'horreur, véritable choc pour les amateurs français qui découvrent le film en 1982 en louant la VHS au vidéo-club : Next of Kin.

- Tout sur L'Auberge des damnés, sorte de slasher-western, entre Poe, Corman et Hitchcock, interprété par Judith Anderson, la terrible Mrs. Danver de Rebecca. À lire (en anglais) sur ce site, véritable catalogue des films Oz proposant infos de production, sources, galeries photos, critiques et anecdotes.

- Une liste des réalisateurs Oz classés par décennie.

- Le thème de la libération sexuelle dans Alvin Purple, plus gros succès populaire des années 70, en Australie, devant Mad Max (en anglais).

- Il joue le médecin franchement cinglé de Wake in Fright. Donald Pleasence dans une rare interview pour la télé américaine, au début des années 90.

Wake In Fright Gif