En utilisant ce site, vous acceptez que les cookies soient utilisés à des fins d'analyse et de pertinence     Oui, j'accepte  Non, je souhaite en savoir plus

L'Aéronef du professeur Maboul dans le film À la conquête du Pôle (1912) de Georges Méliès

Sébastien Ronceray - 24 mars 2021

Parmi les moyens de transport utilisés dans les films pour aller explorer les contrées inconnues, l'aéronef de Georges Méliès vaut le détour !

Aérobus du professeur Maboul (À la conquête du Pôle, 1912)

Aérobus du professeur Maboul (À la conquête du Pôle, 1912)

Il suffit de lever la tête, dans l'une des dernières salles du musée Méliès, pour ressentir tous les vertiges des grands voyages auxquels nous invite le cinéma. En regardant la maquette suspendue de l'Aérobus du professeur Maboul, nous voilà partis pour un voyage tout au bout du monde, À la conquête du Pôle (1912).

Il y est en effet question d'excursion, de voyage, de machine et d'aventures. À l'époque de sa sortie, un journaliste écrivait : « Ce film plaira à tous, petits et grands, par ses inventions merveilleuses, ses situations inattendues, son comique de bon aloi et sa fantaisie fantastique. »

Les histoires insolites qu'il invente permettent à Georges Méliès de créer des moyens de transport étonnants, entre science et loufoquerie. En 1912, de grands explorateurs avaient déjà visité, non sans mal, le pôle Nord et le pôle Sud. Dans son film, le « Jules Verne du Cinématographe » imagine que son personnage, le professeur Maboul, se rendra au pôle Nord dans cet étrange aéronef. Ce n'est pas le premier voyage incroyable auquel nous convie Méliès : déjà, il nous a conduits à Monte-Carlo en auto, dans les nuages avec un carrosse tiré par des chevaux squelettes, sur la Lune dans une drôle de fusée et vers le Soleil en train.

Dans la famille des aéronefs, on trouve les montgolfières, les ULM, les planeurs... Celui du professeur Maboul n'est pas sans rappeler les premiers avions de la fin du XIXe siècle, ou encore les machines dessinées 400 ans plus tôt par Léonard de Vinci.

Machine Volante de Leonard De Vinci (1490 )

L'engin volant imaginé par Maboul-Méliès se nomme également « Aérobus », ce qui fait peut faire penser au « Chat-bus » que l'on découvre dans Mon voisin Totoro de Hayao Miyazaki (1988). La machine de Maboul a, elle aussi, quelque chose d'animal : à l'avant se trouve une énorme tête d'oiseau, et ses grandes ailes rappellent celles d'un dragon. Méliès montre souvent l'Aérobus de profil, pour que l'on puisse bien l'admirer. Il n'y a qu'au moment de l'arrivée au Pôle qu'il le filme de face : l'imposante machine plane dignement au-dessus du sol de glace. Attention à l'atterrissage, qui lui n'est pas des plus majestueux...

Saturne (Dessin de Méliès pour À la conquête du Pôle, 1912)

L'aéronef apparaît d'abord dessiné. Puis prend forme avec du câble, de la ficelle, du bois, ou encore du bronze d'aluminium. Il semble très pratique avec ses roulettes, ses grandes ailes et son prometteur « Moteur X » : résistant aux intempéries, il est fort maniable grâce à ses pistons divers, et paraît plutôt confortable (même si ça tangue pas mal à l'intérieur).

Pour ce film, Georges Méliès a fabriqué 3 aéronefs différents : un assez petit, comme une maquette, auquel on peut accrocher des ficelles pour donner l'impression qu'il vole ; un plus gros dans lequel les personnages peuvent entrer (comme au moment du départ) ; et enfin l'intérieur de l'aéronef, comme une cabine de bateau, que l'on voit pendant le voyage des scientifiques. Trois tailles pour trois fonctions différentes, afin de varier les situations où l'on voit la machine.

A la conquête du pôle - Méliès

La fabrication longue et coûteuse de trois aéronefs prouve aussi que Georges Méliès avait de grandes ambitions pour ce film (qui est l'un de ses derniers). Ainsi, À la conquête du Pôle, qui s'inscrit parfaitement dans les voyages insolites imaginés par Méliès, est aussi une superproduction, et l'un des films les plus longs de Méliès : environ 31 minutes, soit 650 m de pellicule.


Sébastien Ronceray est assistant sur l'offre pédagogique à la Cinémathèque française.