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Don Siegel sur le web

18 septembre 2020

Mâchoires serrées et regard bleu glacial, le visage de l'inspecteur Callahan incarne à lui seul le cinéma de Don Siegel. Avec son style nerveux, sa mise en scène sèche et froide, sa maîtrise technique et son sens précis de l'action, le réalisateur de L'Inspecteur Harry a révolutionné les codes du polar, du western et du film de guerre, laissant derrière lui un bel héritage. De Tarantino au dessinateur Charles Burns en passant par la musique de Gorillaz, voici notre revue du web spéciale Don Siegel.

Dirty Harry

Dirty Harry


Don Siegel, par où commencer ? Par le dernier numéro de Carbone. Yal Sadat, spécialiste du « vigilante movie », y présente longuement l'œuvre de Siegel avec un article passionnant, L'évadé d'Hollywood. L'occasion de voir que l'artisan le plus pragmatique du grand cinéma américain était aussi le plus moderne.

Autre portrait, celui du réalisateur néerlandais, Thys Ockersen. Don Siegel, last of independents est un long entretien de 52 minutes (et l'un des rares) du cinéaste donné en 1979 sur le tournage de Rough Cut (Le Lion sort ses griffes) et dans sa maison à Sherman Oaks. Clint Eastwood, Burt Reynolds et Sheree North sont là aussi.

Pendant le confinement, Quentin Tarantino s'est trouvé un nouveau hobby : écrire des critiques de films pour The New Bey, un site dédié au New Beverly Cinema de Los Angeles, où l'on peut lire, entre autres, son analyse de Coogan's Bluff (Un shérif à New York) et The Beguiled (Les Proies). Grand admirateur de Siegel et de son Tuez Charley Varrick, Tarantino lui avait rendu hommage, en reprenant mot pour mot l'une de ses répliques dans Pulp Fiction : « They’re gonna strip you naked and go to work on you with a pair of pliers and a blowtorch » (Ils vont vous déshabiller entièrement et venir s’occuper de vous avec une pince et un fer à souder).

Avec Un shérif à New York, Don Siegel offre à Clint Eastwood son premier rôle de flic aux méthodes expéditives. C'est aussi la première collaboration avec le compositeur Lalo Schifrin. Thierry Jousse revient dans Ciné Tempo sur ses BO incomparables, à travers une série de quatre épisodes. Au sommaire du premier : L'Inspecteur Harry dans tous ses états.

Dirty Harry toujours. Qui se souvient d'Andrew Robinson ? Ce pacifiste engagé parle de son premier rôle au cinéma, celui du mystérieux assassin nommé Scorpio, traqué par l'inspecteur Callahan.

Dirty Harry est aussi le titre d'un morceau de Gorillaz, sorti en 2005, (et leur deuxième faisant référence à l'acteur après le tube Clint Eastwood). Si le titre de la chanson, d'abord intitulé I Need A Gun, est un clin d'œil au film de Siegel, les paroles font référence au déclenchement de la guerre en Irak. À lire (en anglais), une réflexion autour de l'album écrit par Damon Albarn et d'une chanson qui se termine par une chorale d'enfants chantant ces mots : « J'ai besoin d'une arme pour me protéger du mal ».

Aujourd'hui tout le monde se lève pour Clint Eastwood, mais il fut une époque où l'on voyait en lui « le chantre d'une brutalité aveugle, celle de l'homme blanc raciste et rétrograde des années Nixon ». Quelque 40 ans plus tard, Bernard Benoliel, directeur de l'Action culturelle à la Cinémathèque française, se demande si l'ex-inspecteur Harry a vraiment mis au placard son .44 Magnum, et répond, au micro de France Inter, à la question suivante : Dirty Harry est-il devenu démocrate ?

Les Proies, film misogyne contre film féministe ? C'est la question que se sont posée Marie Sauvion et Thierry Chèze à l'occasion de la sortie du film de Sofia Coppola, en 2017, deuxième adaptation du roman de Thomas Cullinan, The Beguiled, 46 ans après la version de Don Siegel. Décryptage.

« I did six pictures with Mr. Siegel as a dialogue director, and because of this and because of his patience (he couldn't hire anyone cheaper), I learned. » Quand un réalisateur américain de légende rend hommage à son mentor. Le texte de Sam Peckinpah, Don Siegel and Me, sur les pages de la Criterion Collection. Dialoguiste non crédité sur Invasion of the Body Snatchers (L'Invasion des profanateurs de sépultures), Peckinpah y fait une courte apparition en contrôleur du gaz. Caméo que fera Siegel lui-même dans le remake de Philip Kaufman, 22 ans plus tard, dans le rôle d'un chauffeur de taxi.

Don Siegel et Philip Kaufman (Invasion Of Body Snatchers, 1978)

Pour la chercheuse et autrice américaine Priscilla Wald, la version de Siegel marque le début d'un sous-genre de l'horreur qu'elle nomme « epidemiological horror ». Hugo Clémot en fait une lecture très intéressante dans son article paru en 2013. Les films d'horreur épidémique sont autant de « variations et révisions d'une histoire qui met en scène des individus que la menace épidémique contraint à fuir et à embrasser le scepticisme ». « We are the virus » titre Noah Berlatsky dans un article (en anglais) de juin 2020, où il est question des « body horror movies », sujet qui connait un succès grandissant en ces temps de contagion. Rien d'étonnant à ce que le roman graphique de Charles Burns, Dédales, fasse un carton. Il consacre plusieurs pages à Invasion of the Body Snatchers, que les personnages vont voir au cinéma. Les entités extraterrestres infiltrant le corps des humains seront une source d'inspiration pour le héros, alter ego du dessinateur. Explication d'un tel choix.

Et pour finir ? Incollables sur L'Inspecteur Harry ou L'Invasion des profanateurs de sépultures, il ne vous reste plus qu'à faire un 10/10 à ce quiz spécial Don Siegel. Ou, à défaut, vous faire toutes les séances de la rétro, visible jusqu'au 12 octobre.

Dédales (Charles Burns)


La confidence

« Nous avions quelque chose à dire, car les envahisseurs, dans notre film, étaient des cosses, des follicules qui en poussant se mettaient à ressembler aux gens, mais qui restaient privés de sentiments, privés d'espoir. Ils mangeaient, ils buvaient, ils respiraient et ils vivaient, mais rien de plus, comme beaucoup de personnes finalement. Le film a presque été ruiné par les producteurs, qui rajoutèrent un prologue et une conclusion que je n'aime pas... Ce qu'ils n'ont pas compris, c'est que le film était sur eux : ils n'étaient pas autre chose que des légumes vivants. »


Vu à la TV

Interviewé en 2006, l'acteur et réalisateur Ron Howard parle de son tournage avec John Wayne, dans son dernier rôle, pour le film de Don Siegel, The Shootist (Le Dernier des Géants, 1976).