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En immersion : 10 films de sous-marins

Hélène Lacolomberie - 18 mai 2020

« Chargez les tubes ! Assiette à -30 ! Videz les ballasts »... Mais qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire ? Au-delà des termes techniques qui en imposent, les films de sous-marins fascinent. Ordonnancement militaire, obéissance aveugle, stratégie, un seul maître à bord avec parfois le poids du monde sur les épaules. Un sentiment de danger, un espace clos, étroit, réduit au strict minimum. La mer, froide et hostile, au-dessus des têtes. L'importance des sons et des silences. La solidarité. Des hommes qui se donnent corps et âmes à un vaisseau d'acier, une passion qui va jusqu'au sacrifice.
L'époque nous fait vivre dans des espaces réduits. D'où l'opportunité de ce top totalement subjectif, empathique et enthousiaste. Immersion. Avec un petit bonus final.

Das Boot (Wolfgang Petersen)

Das Boot (Wolfgang Petersen)

Le Démon du sous-marin/Devil and the Deep (Marion Gering, 1932)

Devil And The Deep

Catégorie : Drame de la jalousie entre officiers
L'argument : Chassé-croisé amoureux autour de Tallulah Bankhead, la femme du commandant. Malheureuse et pourtant loyale, elle finit par tomber amoureuse d'un subalterne de son mari. Qui est le démon ? Cette fois, le sous-marin n'est pas le cadre du film : prolongation symbolique du commandant, impuissant à se faire aimer de sa femme, il sera l'instrument de sa vengeance. Tallulah Bankhead, d'abord de blanc vêtue, innocente, souvent filmée derrière des barreaux qui manifestent l'enfermement de son couple, se pare ensuite de noir, coupable et presque déjà veuve. Gary Cooper porte beau l'uniforme, et Charles Laughton est magnifique dans sa folie et sa douleur.
Un personnage : Le commandant, visage enfantin, ivre de jalousie, et perdu dans sa schizophrénie, entre digne officier ou mari éperdu et violent.
Une scène : La femme du Commandant/Tallulah Bankhead, qui vient d'entendre au club les ragots proférés dans son dos et qui vient demander aux convives de s'expliquer franchement. Les femmes tentent de faire bonne figure, les hommes esquivent, cachés derrière une fausse galanterie. Dans ce milieu, on ne perd jamais la face.
Une réplique : Tallulah Bankhead, inquiète, à Charles Laughton qui prépare vraisemblablement sa vengeance : « Mais qu'est-ce que vous allez faire ? – Ma chère, vous ne voudriez pas que je gâche la surprise en vous le disant ? Par ailleurs, c'est bien trop douloureux à expliquer ».
Le bonus : Un des tout premiers rôles de Cary Grant, 5 minutes d'écran en tout et pour tout, mais qui laissent entrevoir sa classe et son sourire ironique.
Petit plus pour briller : Parce que des indications de nationalités n'auraient pas convenu au casting anglo-américain, le scénario ne donne ni le lieu exact (« quelque part en Afrique du Nord »), ni le nom du vaisseau. Pas de drapeau, des uniformes neutres. La jalousie est un mal universel.


Requins d'acier/Crash Dive (Archie Mayo, 1943)

Requins d'Acier

Catégorie : Bravoure nationale
L'argument :
La Seconde Guerre mondiale entre officiers et gentlemen, au service de l'US Navy. En parallèle, une sérénade à trois, puisque Tyrone Power et son capitaine Dana Andrews se battent (aussi) pour la même femme, la charmante Ann Baxter. Ils vont devoir faire passer leur devoir avant tout pour achever une mission périlleuse : trouver, puis détruire, une base navale ennemie. Entremêlées au vaudeville, quelques scènes de bravoure, des batailles sur et sous l'eau, un peu d'humour lorsque les sous-mariniers de retour sur terre « prennent le soleil » sous des lampes à bronzer et se jettent sur les légumes frais. Des galons et les honneurs militaires. Et à la fin, une tirade à la gloire de la Marine et de tous ses bâtiments, puisque le film est tourné pendant le conflit.
Un personnage : Le second, joué par Tyrone Power, héros expert en badinage, qui ne cesse de clamer qu'il préfère les torpilleurs aux sous-marins.
Une scène : Pendant l'attaque d'une base navale, le Corsaire subit un tir de canon et le périscope est endommagé. Le commandant ordonne alors de plonger tandis qu'il reste sur la passerelle, en quasi-immersion, pour être lui-même les yeux de ses officiers.
Une réplique : « Quand on est coincé, on fait le mort »
Le bonus : Steve Forrest, l'un des marins figurants, est le propre frère de Dana Andrews, tout juste démobilisé de l'armée américaine, et venu rendre visite à son frère à Hollywood. Requins d'acier marque sa première apparition à l'écran.
Petit plus pour briller : Tyrone Power, mobilisé, tourne là son dernier film avant de rejoindre l'armée. Sa prise de fonction a exceptionnellement été décalée pour lui permettre d'achever le tournage. Il ne reprendra le chemin des studios qu'en 1946 après la fin de la guerre.


Convoi vers la Russie/Action in the North Atlantic (Lloyd Bacon, 1943)

Convoi Vers La Russie

Catégorie : Bataille navale à la gloire de la Navy
L'argument : 1943. Après le naufrage de leur navire, torpillé par un sous-marin allemand, le commandant Jarvis et son second Rossi reprennent la mer. Cette fois, leur bâtiment est flambant neuf, et surtout, fait partie d'un convoi exceptionnel de 73 bateaux chargés de ravitailler en armement les troupes européennes. Sur leur route vers une base russe, le principal obstacle est la flotte de sous-marins ennemis qui guette, en silence. Pour une fois, les héros ne sont pas dans le sous-marin, mais à l'air libre, proies faciles dans ce jeu du chat et de la souris. Tourné pendant le conflit, Convoi vers la Russie livre un message à la gloire de la marine américaine, destiné à motiver davantage les troupes. Mais se double de réflexions sur la vie de marin, l'engagement, et l'héroïsme. Le bateau est filmé sous tous les angles, et des images d'archives viennent ajouter du piquant à la réalisation. À l'écran, la star Bogie : nonchalant, efficace, il incarne le second, marin expérimenté et meneur d'hommes charismatique (quelques années avant l'African Queen et le Caine).
Un personnage : La femme du commandant, puis celle du second, qui acceptent avec résignation leur rôles d'épouses : rester à terre, attendre et espérer.
Une scène : LA bataille navale. Plus de 15 minutes de tirs, de stratégie, d'évitement, de virages à babord, entre sous-marins, destroyers, tankers et autres bâtiments.
Une réplique : « Les gens croient qu'être courageux, c'est ne pas avoir peur. J'ai toujours pensé que sans peur, il n'y a pas de quoi être courageux ».
Le bonus : C'est Don Siegel qui réalise le montage : en contrat avec la Warner, c'est là que le futur réalisateur fait ses premières armes.
Petit plus pour briller : Humphrey Bogart a été engagé dans la Marine pendant la Première Guerre mondiale.


Les Maudits (René Clément, 1946)

Les Maudits

Catégorie : Film noir subaquatique, label film français classique de qualité
L'argument : Pendant que le Troisième Reich s'effondre, quelques-uns de ses représentants cherchent à gagner l'Amérique du Sud pour y perpétuer leurs théories. À bord du sous-marin, une « véritable Arche de Noé », peste le journaliste collabo. Scandinaves, Italiens, Français, et surtout des civils. Entre eux les tensions militaires, politiques ou amoureuses sont exacerbées dans le cadre idéal de cet espace clos. Le docteur Guibert est emmené de force à bord pour soigner une patiente, et cherchera sans relâche à s'échapper. Au casting, des vedettes d'époque, Henri Vidal, Marcel Dalio, ou encore Michel Auclair, génial en petite frappe dont la veste est particulièrement réversible. À la technique, René Clément déploie des trésors d'ingéniosité, met sa passion pour les bateaux au service d'une réalisation réaliste, dans la veine documentaire qu'il affectionne. Quelques images d'archives se mêlent à des travellings audacieux, Clément habite l'espace pourtant exigu. Les décors sont construits dans les studios de la Victorine, les dialogues sont signés Henri Jeanson, et on doit les somptueux noirs et blancs à l'éternel génie d'Henri Alekan.
Un personnage : Le journaliste Couturier, qui évoque furieusement Robert Brasillach, et sa décontraction arrogante, interprété par Paul Bernard, le Jean des Dames du bois de Boulogne.
Une scène : La poursuite labyrinthique dans un hangar entre des sacs de café, filmée... en plongée.
Une réplique : « La vie en commun est décidément un supplice chinois, assez raffiné »
Le bonus : La scène de l'exécution à l'arme blanche, filmée hors champ, qui s'achève par un plan hitchcockien sur un rideau, dont les anneaux se décrochent un à un sous le poids de la victime.
Le petit plus pour briller : Le film a obtenu un Grand Prix à Cannes en 1947, dans la catégorie « films d'aventure et policiers ».


À la poursuite d'Octobre Rouge/The Hunt for Red October (John McTiernan, 1990)

A la poursuite d'Octobre Rouge

Catégorie : Le fleuron, la référence, l'incontournable
L'argument : 1984. Le bloc soviétique vient de mettre au point un nouveau sous-marin nucléaire à propulsion silencieuse, et donc indétectable, l'Octobre Rouge. Sean Connery/Ramius, aux commandes du vaisseau, désapprouve les intentions de son gouvernement et cherche à passer à l'Ouest. L'USS-Dallas tente de l'intercepter, avec ordre de le détruire. Mais à bord le lieutenant Jack Ryan, de la CIA, qui connaît Ramius, tente de convaincre l'équipage de ses intentions pacifistes. La musique envoûtante de Basil Poledouris et les Chœurs de l'Armée rouge nous plongent, d'emblée, dans l'ambiance. Suspense haletant, tension permanente et flegme des vieux loups de mer à chaque manœuvre périlleuse. McTiernan manie sa caméra avec une fluidité impressionnante pour un espace aussi étroit. Avec astuce, il incline discrètement ses plans pour accentuer la sensation de descente, et, pour que le spectateur se repère rapidement entre les différents sous-marins, il opte pour des couleurs distinctes. L'USS-Dallas est baigné de bleu, le Tupolev est en vert et l'Octobre Rouge... en rouge.
Un personnage : Sam Neill, le second de l'Octobre rouge, dont le rêve est de s'installer dans le Montana, d'épouser une Américaine, d'avoir une camionnette et d'élever des lapins. Et même de passer d'un État à un autre en toute liberté.
Une scène : Sean Connery qui joue son va-tout sur une manœuvre, en devisant tranquillement littérature, assis dans un fauteuil. Ou le sous-marin qui décolle et vole littéralement hors de l'eau. Ou l'hélitreuillage d'Alec Baldwin. Ou le virage à droite dans la passe de Jupiter.
Une réplique : « Ivan le Fou »
Le bonus : Alec Baldwin qui rampe sur une passerelle en se demandant ce qu'il fait là : hommage malicieux à John McLane/Bruce Willis dans Die Hard.
Le petit plus pour briller : « McT » fait un petit caméo, à la toute fin du film. Il l'a bien mérité, puisqu'il a, en acceptant Octobre rouge, renoncé de fait à tourner Die Hard 2.


USS-Alabama/Crimson Tide (Tony Scott, 1995)

USS Alabama

Catégorie : Poids-lourd du genre, avec suspense (« c'est-le-capitaine-qui-vous-parle ») et philosophie (« à l'ère nucléaire, le seul ennemi est la guerre elle-même »)
L'argument : Un général russe commet un putsch et menace l'ordre mondial. Le sous-marin nucléaire américain USS-Alabama est envoyé pour surveiller la zone avec mission de frapper si nécessaire. Lorsque l'ordre de tir arrive, le vaisseau est en pleine bataille navale avec un engin ennemi. Problème : un second message arrive, mais il est tronqué. Est-ce un contre-ordre ? Devant l'enjeu colossal, le capitaine et son second s'affrontent sur la conduite à tenir. Altercation, mutinerie, commandant aux arrêts, trahison, armement des tubes, propulsion en panne. Suspense quasi en temps réel, lumière rouge, exercices et procédures, obéissance militaire. Truculence de Gene Hackman, raison obstinée de Denzel Washington. Dans les seconds rôles, on a plaisir à retrouver Viggo Mortensen et James Gandolfini, et la musique signée Hans Zimmer est parfaite de grandiloquence assumée.
Un personnage : Viggo Mortensen, 'Weps' (pour Weapons Officer), écartelé entre sa loyauté envers son capitaine et son amitié pour le second. Et en plus, c'est lui qui gère la tranche torpille et a les tirs entre ses mains. Grosse pression.
Une scène : Le second qui motive l'opérateur radio pour qu'il accélère sa réparation en lui parlant de Star Trek et de l'Enterprise.
Une réplique : « Nous devons préserver la démocratie. Pas l'appliquer »
Le bonus : Entre deux coursives, une petite discussion parallèle sur le Surfer d'argent, version Kirby ou version Moebius.
Le petit plus pour briller : Avant l'embarquement, les marins jouent entre eux à un quiz cinéma sur... les films de sous-marins. Sont cités notamment L'Enfer des Tropiques, avec Robert Mitchum et Jack Lemmon, et L'Odyssée du sous-marin Nerka (Run Silent, Run Deep) avec Clark Gable et Burt Lancaster.


U-571 (Jonathan Mostow, 2000)

U571

Catégorie : Opération Cheval de Troie en eaux profondes
L'argument : 1942. À bord de l'U-571, l'Enigma, machine à chiffrer inventée par les Allemands, atout capital pour gagner la guerre. Lorsque le bâtiment est en perdition après un grenadage ennemi, l'US Navy envoie en mission un de ses sous-marins pour récupérer l'Enigma. Pour cela, les Américains vont employer la ruse : déguisés en Allemands, ils se substituent à l'équipage du U-Boot chargé des réparations et du ravitaillement. Le rythme est effréné, les scènes d'action efficaces. Matthew McConaughey se démène pour gagner sa légitimité de capitaine, et on y croit.
Un personnage : Harvey Keitel en vieux loup de mer, la droiture et la loyautés incarnées.
Une scène : Le grenadage par le destroyer allemand, véritable feu d'artifice sous-marin.
Une réplique : « Jusqu'où ça descend ? – Au fond, si on laisse faire... »
Le bonus : Jon Bon Jovi plutôt crédible en opérateur radio.
Petit plus pour briller : D'après des faits réels un peu malmenés, puisqu'en réalité ce sont les Britanniques qui se sont emparés de l'Enigma. Mostow et ses scénaristes ont tordu l'Histoire pour mieux séduire le public américain.


K-19 : le piège des profondeurs/K-19 (Kathryn Bigelow, 2002)

K19

Catégorie : Huis-clos radioactif
L'argument : Début sur les chapeaux de roues, à l'intérieur du K-19, fleuron nucléaire du bloc soviétique. Malgré le manque de préparation, Moscou confirme la mission, la guerre froide passe avant tout. Le commandant habituel s'efface au poste de second sur les ordres du Parti, le nouveau capitaine est intraitable, le vaisseau prend la mer, déjà poursuivi par la malédiction. Les marins sont jeunes, leurs visages poupins. Pas de torpilles ni de contre-mesures, mais une tension insoutenable quand le cœur du réacteur menace d'exploser. L'équipage devra réagir, réparer, faire avec ou plutôt sans l'équipement nécessaire, dans ce qui sera, pour certains, leur tombeau. Kathryn Bigelow a la caméra efficace, nerveuse quand il faut. Elle fait monter émotion et écœurement, ne s'encombre pas de détails. On sort lessivés, en sachant que les faits sont authentiques et les sacrifices inutiles.
Un personnage : Le commandant, joué par Harrison Ford, visage fermé, dont la dureté n'a d'égale que l'engagement pour sa nation. Imperturbable, il enchaîne les exercices, fait plier les hommes, entièrement tourné vers un objectif dont il sait lui-même la vanité.
Une scène : Une respiration. Les sous-mariniers disputent une partie de foot sur la mer gelée, l'insouciance avant le drame.
Une réplique : « J'ai entendu deux histoires à propos de votre père. Qu'il était un héros de la Révolution. Et aussi qu'il a fini au goulag. – Les deux sont vraies ».
Le bonus : Oui, parfaitement, à la fin du film, Liam Neeson, lunettes d'écaille et chapka vissée sur la tête, a bien un petit air de Jacques Chirac. Point Sosie.
Petit plus pour briller : 1% des recettes du film fut reversé aux survivants et à leurs familles.


Hunter Killer (Donovan Marsh, 2018)

Hunter Killer

Catégorie : Gros film d'action avec la mâchoire carrée de Gerard Butler, mais plus subtil qu'on pourrait croire
L'argument : Envoyé sauver l'équipage de l'USS-Tampa Bay, l'USS-Arkansas recueille finalement à son bord les rescapés d'un sous-marin russe. La mission évolue rapidement : puisqu'on est dans la mer de Barents, près de la base de Polyarny, il faut sauver le président russe d'un coup d'état, avec subtilité, pour ne pas déclencher une Troisième Guerre mondiale. On se régale avec une bataille navale qui déploie un équipement militaire impressionnant, sans échapper à quelques poncifs – les méchants Russes et les gentils Américains. Le commandant est casse-cou, pas très orthodoxe, mais il a roulé sa bosse. La tranche torpille charge les tubes 1 et 2, les contre-mesures sont lancées : tout est en place. On est prêt pour l'impact.
Un personnage : Gary Oldman en chef d'État-Major des armées, qui éructe dans son uniforme « Vous n'aurez pas seulement déclenché une guerre, vous l'aurez aussi perdue ».
Une scène : Lorsque l'Arkansas doit franchir un champ de mines sous-marines, au milieu des icebergs, s'en remettant à la seule mémoire du capitaine russe, dont on ignore s'il est digne de confiance.
Une réplique : « On ne sait jamais ce qu'on retrouvera en remontant »
Le bonus : Michael Nyqvist dans son avant-dernier rôle, silencieux et expressif à la fois, résigné et digne.
Le petit plus pour briller : Le véritable USS-Arkansas commandé par Glass est en cours de construction, pour une mise en service prochaine. Et le Mystic, le module de sauvetage, est le même que celui utilisé pour le tournage d'Octobre rouge.


Le Chant du Loup (Antonin Baudry, 2019)

Chant Du Loup

Catégorie : « Tragédie grecque en mer » (Antonin Baudry)
L'argument : Spécialiste en guerre acoustique, doté d'une « oreille d'or », Chanteraide est un atout précieux pour la marine française. Suite à une erreur d'interprétation au cours d'une mission capitale, il cherche à se racheter à tout prix. Lorsqu'un tir de missile nucléaire laisse présager une Troisième Guerre mondiale, l'Amiral commandant les forces stratégiques en Atlantique l'emmène avec lui à bord d'un sous-marin, pour tenter de repérer le vaisseau français qui s'apprête à riposter. Une guerre des nerfs, stratégique autant qu'humaine. Un film sur le choix et la confiance. Sur l'amitié entre les hommes, le sens du sacrifice. Un film d'action efficace, au casting étonnant et forcément attachant.
Un personnage : LA femme. La seule du film, à la fois bouffée d'air frais et élément perturbateur. Qui, comme un symbole, Eve marine, démontre – la misogynie n'est pas loin – qu'un marin ne peut avoir que la mer pour maîtresse.
Une scène : L'Amiral qui tente de joindre par téléphone le chef d'État-Major des armées au moment de déclencher une guerre atomique, et qui doit patienter avec une petite musique d'attente.
Une réplique : « Il y a trois sortes d'hommes : les vivants, les morts, et ceux qui sont en mer », la citation d'Aristote qui ouvre le film.
Le bonus : Mathieu Kassovitz, Mathieu Kassovitz, Mathieu Kassovitz.
Petit plus pour briller : César du meilleur son – what else.


HORS CATÉGORIE : Das Boot (Wolfgang Petersen, 1981)

Das Boot

Catégorie : Chef-d'œuvre
L'argument : La Seconde Guerre mondiale vue pour une fois depuis l'autre côté, à bord d'un U-Boot allemand envoyé en mission de reconnaissance au milieu de l'Atlantique, à l'automne 1941. Porté par un thème musical majestueux, un film de plus de trois heures, au cours desquelles la tension va crescendo, d'attaque en avarie, de succès en perdition, jusqu'à la séquence finale qui nous laisse pantelants. Réalisation sèche, à l'os, sans trop d'effets : jamais l'étroitesse d'un sous-marin n'aura été aussi bien captée. Wolfgang Petersen filme l'attente, le dénuement face à l'absence d'ordre. S'attarde sur les visages, en gros plan, souvent. Montre l'angoisse qui monte avant l'attaque, dans le silence ponctué par le seul bruit d'un sonar ennemi. Le temps s'inscrit sur les visages à mesure qu'ils se creusent et que poussent les barbes. Les plans à contre-jour des hommes sur la passerelle ressemblent à de véritables tableaux. Et c'est magnifique.
Un personnage : Le capitaine, désabusé, incarné par le charismatique Jürgen Prochnow. Il n'a plus d'illusion sur les capacités de l'armée allemande, mais obéit malgré tout aux ordres sans discuter. Et parvient à trouver un peu de griserie dans la victoire, ou simplement à la barre de son vaisseau, fouetté par les vagues sur la passerelle extérieure.
Une scène : Lorsque le U-Boot achève de couler un navire-citerne britannique, les marins sortis sur la passerelle sont au spectacle devant la lumière rougeoyante de l'incendie, et l'océan s'embrase en un sanglant feu d'artifice.
Une réplique : « On dirait une croisade d'enfants »
Le bonus : L'équipage allemand qui reprend en cœur, non sans ironie, « It's A Long Way To Tipperary », chanson fétiche des soldats britanniques pendant la Première Guerre mondiale.
Petit plus pour briller : Par souci de réalisme ultime, tous les comédiens sont restés enfermés pendant le tournage afin d'avoir l'air aussi pâles que des sous-mariniers.


BONUS

Quelques termes incontournables, si vous voulez faire un bingo chez vous. Et un petit relevé des situations les plus fréquentes...

  • immersion périscopique
  • torpille en approche ! 
  • sonar, quelque chose ? 
  • j'ai un contact, tout proche / j'ai un bruit d'hélice
  • c'est le capitaine qui vous parle
  • à vos postes de combat
  • lancez les contre-mesure 
  • branle-bas de combat
  • capitaine sur le pont / second sur le pont 
  • assiette à -5
  • chargez les tubes 1 et 2
  • plongée à 50 mètres
  • on approche de l'immersion d'écrasement 
  • on fait surface
  • on passe en situation acoustique opérationnelle 
  • fermez les purges
  • videz les ballasts

Quelques observations récurrentes :

  • l'embarquement se fait souvent sous la pluie
  • le second connaît toujours mieux les hommes que le commandant
  • le commandant aime tester son vaisseau en le faisant plonger au-delà de la profondeur maximale prévue. Les marins subissent la pression. Guettent avec angoisse les bruits de la coque. Parfois, des boulons sautent. Presque systématiquement, il y a une fuite.
  • quand il y a un feu à bord, c'est la plupart du temps en salle des torpilles
  • beaucoup de bris de vaisselle et de chutes depuis les couchettes
  • quand le sous-marin fait surface, un destroyer ennemi n'est jamais très loin
  • les sous-mariniers aiment bien écrire des lettres à leurs fiancées, pendant qu'on se demande comment ils vont faire acheminer leur courrier
  • les avaries s'enchaînent, et il y a toujours un génial technicien qui parvient à réparer, colmater, revisser, miraculeusement, pendant que le commandant reste sur le pont sans manifester la moindre angoisse
  • etc, etc...

Hélène Lacolomberie est chargée de production web à la Cinémathèque française.