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Revue de presse du « Grand alibi » (Alfred Hitchcock, 1949)

Hélène Lacolomberie - 12 novembre 2019

Après l’échec commercial des Amants du Capricorne, Hitchcock se voit contraint de retourner filmer en Angleterre. Ce retour aux sources lui permet, avec Le Grand alibi, de renouer avec quelques éléments savoureux de sa période pré-hollywoodienne. Mais le résultat est une œuvre considérée par la presse comme mineure, décevante et inaboutie.

Le Grand alibi

Le Grand alibi

Le film s’ouvre pourtant brillamment. Le Figaro évoque un « bon démarrage nerveux et haletant », renforcé par un flash-back trompeur et l’apparition toujours spectaculaire de Marlene Dietrich. « Mais, poursuit le quotidien, le scénario ne réserve ensuite que des déceptions (…). Des rouages compliqués grincent lugubrement à mesure que la ténébreuse affaire va son chemin ». La nonchalance du réalisateur a également irrité le journaliste et « quelques traits malicieux sur certaines petites manies britanniques » ne suffisent pas à sauver un film au sujet aussi extravagant. Franc-Tireur enfonce le clou et raille : « l’énigme du Grand alibi est vraiment de haute fantaisie. Il ne faudrait pas la pousser beaucoup pour qu’elle devienne burlesque ». Autant de défauts qui font dire au Canard Enchaîné qu’Alfred Hitchcock « s’est pris les pieds dans sa corde ».

La réalisation également est loin de faire l’unanimité. Franc-Tireur poursuit son réquisitoire en arguant que « le tout n’est même pas, cette fois, soutenu par un cours de technique cinématographique en quoi Hitchcock est passé maître, il a été atteint par l’inanité de son sujet ». Radio Cinéma Télévision, totalement séduit par le film, prend un véritable contrepied dans son jugement. « Le style est d’une coulée stupéfiante. Un début étincelant, une fin bouleversante. Pas un raté dans l’intervalle » écrit Roger Fressoz. « Hitchcock confirme ses qualités de prodigieux et magistral technicien du cinéma », admire encore le journaliste.

Seule l’interprétation récolte tous les suffrages, et plus particulièrement celle des comédiennes. Jane Wyman est « extraordinaire », selon Le Monde. « Sensible, intelligente, c’est vraiment une belle actrice » admire Franc-Tireur. Quant à Marlene Dietrich, elle constitue l’attraction principale du film. Elle porte des robes Dior, chante La Vie en rose ainsi qu’un titre écrit spécialement pour elle et pour le film par Cole Porter. « On reste chaque fois confondu devant tant de fraîcheur et d’éclat » s’extasie encore Franc-Tireur.

En somme, Le Grand alibi se laisse voir, mais sans réelle extase. « La griffe d’Hitchcock, ici, ne mord pas avec assez de force sur la pellicule » conclut Henry Magnan dans Le Monde.


Hélène Lacolomberie est chargée de production web à la Cinémathèque française.