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Revue de presse de « L'Étau » (Alfred Hitchcock, 1968)

Hélène Lacolomberie - 12 novembre 2019

« Apparemment, L’Étau n’est pas un film de Hitchcock comme les autres, mais, il faut le dire, c’est aussi un genre de réflexion qu’on se fait à chaque fois… » annonce d’emblée Henry Chapier dans Combat. C’est encore L’Express qui résume le mieux l’accueil réservé au film dans la presse : « on le regarde comme un bel objet anachronique, avec une admiration de principe et un rien d’agacement ».

L'Étau

L'Étau

Une infime partie de la critique se déclare séduite par le film et lui concède une certaine crédibilité. Pour la façon dont Hitchcock fait monter le suspense, essentiellement. Selon Combat, sa force « ne réside pas dans la brutalité physique des actes mais dans le climat d’angoisse qui se crée peu à peu, à partir de la banalité des gestes et propos quotidiens ». Minute a aimé se laisser porter par le mystère : « le doute plane, on n’est jamais sûr de qui renseigne qui ». Cette fois, Hitchcock a fait le pari de la sobriété et a simplement porté à l’écran une histoire d’espionnage. « Il a parfaitement choisi ses images (…) et amené le scénario à sa fin » apprécie L’Aurore. Carrefour est tout aussi convaincu par la qualité de la réalisation : « les scènes s’enchaînent avec une rigueur admirable et l’attention du spectateur ne se dément pas un instant ». Et Le Nouvel Observateur applaudit à « quelques moments de mise en scène pure où l’on aperçoit la patte inimitable du gros Alfred ». Une mise en scène qui semble rodée et maîtrisée, donc.

Mais tous ne s’accordent pas réellement sur ce point. Le Figaro s’interroge sur l’implication d’Hitchcock derrière la caméra : « on se demande parfois s’il n’a pas remis les commandes à son deuxième assistant dont il superviserait le travail ». Télérama fustige une fin « bâclée [qui] met le comble à la gêne ressentie pendant les trois quarts du film ». Ce qui dérange également les détracteurs de L’Étau, c’est son sujet même. « Le scénario tourne court et s’effiloche » note Le Coopérateur de France, dubitatif face à des « protagonistes qui paraissent caricaturés et trop minces pour vraiment faire le poids ». La Croix qualifie l’intrigue de simpliste et évoque une « sottise fondamentale » mâtinée d’une « terrifiante bonne cause américaine qui s’étale avec un candide cynisme ». L’Express est plus lapidaire encore, qui ironise : « si le style est toujours de Hitchcock, le niveau de pensée est celui de John Wayne ». L’Humanité confesse ne pas prendre Hitchcock au sérieux politiquement, et Combat admet que le réalisateur « demande à son public un effort intellectuel qu’il a toujours prétendu ne pas vouloir exiger ». Reste qu’Hitchcock « n’a jamais été un politologue » et que pour lui « le cinéma a toujours été avant tout un spectacle », nuance avec indulgence Les Lettres Françaises.

En réalité, ce qui fait cruellement défaut dans L’Étau, c’est la touche d’humour qui fait habituellement la différence dans les films du réalisateur. « Hitchcock semble ici renoncer à sa méthode préférée, l’humour. On ne discerne presque jamais les fameux sourires de l’auteur » regrette Le Figaro. S’ajoute à cette lacune une interprétation largement contestée. « Nous n’avons affaire qu’à Frederick Stafford, dont l’insignifiance, à elle seule, symbolise la dégradation des mythes hitchcockiens » s’emporte L’Express. L’acteur n’a « ni le charme ni l’abattage d’un Cary Grant » déplore Le Monde. Enfin, Les Nouvelles Littéraires s’attarde sur la partie française de la distribution : « on regrette que des comédiens de la classe de Michel Piccoli et de Philippe Noiret se soient compromis dans ce bourbier ».

« L’Étau, Hitchcock s’est pris le doigt dedans », conclut L’Express, déçu.


Hélène Lacolomberie est chargée de production web à la Cinémathèque française.