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Buffy contre les vampires : 5 questions à Titiou Lecoq

13 novembre 2019

Féministe, journaliste, écrivaine et spécialiste de Balzac dont il est question dans son dernier essai, Honoré et moi, Titiou Lecoq est aussi une fan de la première heure de Buffy contre les vampires. Forcément, à l'occasion de l'expo « Vampires : de Dracula à Buffy », on a voulu lui demander en quoi la série de Joss Whedon est géniale et quelle lecture féministe on pouvait en faire aujourd'hui.

Buffy, Willow, Alex, Giles et le Scooby-Gang

Buffy, Willow, Alex, Giles et le Scooby-Gang


Fin des années 90, en quoi Buffy contre les Vampires marque un tournant dans l'histoire des séries télé ?

Tout était nouveau dans Buffy. En premier lieu, qu'il s'agisse d'une histoire de vampires. Il y avait eu des films de vampires les années précédentes au cinéma mais dans les séries télé pour adolescents, ce n'était pas du tout la mode. En général, on voyait des bandes d'ados ayant des problèmes amoureux et scolaires, que ce soit dans Dawson, Beverly Hills, etc. Avec Buffy, Whedon reprenait les codes de ces séries, la vie quotidienne au lycée, les premières amours, mais en y ajoutant des scènes de combats dans des cimetières. Quand il a dû pitcher la série, Whedon disait que c'était le croisement entre X-Files et Angela 15 ans, un truc qui n'avait jamais existé. Et il a parfaitement su exploiter cette hybridation, particulièrement dans les premières saisons, où tous les monstres ont un lien avec une problématique adolescente de manière anti-métaphorique. Un exemple tout simple : la fille que personne ne regarde au lycée finit par devenir invisible. Autre point marquant de la série dans le paysage de l'époque : l'humour.

Qu'est-ce que la série a apporté aux mouvements féministes, vingt ans avant #MeToo ?

La puissance. La série met en scène une blonde, pom-pom-girl, sexy, pas très attirée par les études, typiquement le genre de personnage qui se fait tuer en premier dans les films, et elle en fait l'héroïne dotée d'une puissance physique inégalée. Le simple fait de voir cette adolescente se battre et tuer était révolutionnaire. Les monstres avaient souvent des réflexions sexistes, elle les collait au mur et leur plantait un pieu dans le cœur. Ensuite, évidemment, de multiples détails ont renforcé ce discours d'empowerment, notamment avec le personnage de Willow, la meilleure amie de Buffy, qui de petite geek devient une grande sorcière lesbienne. De même dans les histoires d'amour de Buffy, se pose régulièrement le problème pour ses petits-amis du fait qu'elle soit plus puissante qu'eux. Comment on réinvente des rapports amoureux hétérosexuels, quand le garçon ne peut pas se placer en protecteur ?

Si on visionne Buffy aujourd'hui, qu'est-ce qui a changé dans sa grille de lecture ?

Assez peu de choses je pense. L'aspect véritablement révolutionnaire se sera sans doute estompé parce que le paysage culturel a changé ces dernières années. On vit à l'époque de Beyoncé, une femme forte ce n'est plus une exception. J'imagine qu'on s'étonnerait du peu de place des questions de racisme. La série est très blanche dans sa composition et ses préoccupations.

Pourquoi la série est-elle encore si populaire ?

D'abord, évidemment, les problématiques qu'elle met en scène continuent de résonner dans notre époque. Et puis, il s'est passé une espèce de miracle avec cette série, notamment dans l'alchimie entre les personnages et les acteurs et actrices. Whedon a fait attention à observer ses comédiens et a exploité certains de leurs traits de caractère naturels dans leurs personnages. Donc l'un des points forts de la série, qui fait qu'elle ne vieillit pas, c'est cette alchimie. Les personnages de Buffy sont véritablement comme des amis pour les spectateurs. Ils existent. Ils sont tous dotés d'une complexité particulière. Ce qui explique également la durée de ce succès, c'est le génie des scénaristes. Voir un épisode une fois ne suffit pas à en épuiser le sens. Ils se sont tellement amusés à détourner tous les codes traditionnels de la narration, à ciseler des dialogues à multiples sous-entendus, et à développer des significations profondes dans chaque intrigue que Buffy est comme un trésor inépuisable.

Le 14 décembre, la Cinémathèque organise un marathon Buffy de midi à minuit. Le public votera pour ses 10 épisodes préférés. L'interprète de Buffy, Sarah Michelle Gellar, a récemment cité les siens. Quels sont les vôtres ?

Dans le désordre : évidemment Orphelines (le titre anglais The Body est beaucoup plus juste), À la dérive, Un silence de mort, Buffy contre Dracula simplement parce que c'est le début de saison le plus fou que j'ai jamais vu, Toute la peine du monde, j'ai toujours eu un faible pour l'épisode Fast Food qui est certes mineur (de manière générale j'aime beaucoup la saison 6 dans son développement). Et aussi Anne, l'épisode communiste. En fait, tous les épisodes. C'est la série que je peux revoir sans aucune lassitude, avec le même plaisir à 35 ans qu'à 18 parce que ses thèmes sont universels : la vie, la mort, le sexe, le pouvoir, la solitude.