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samedi 16 mars 2019, 21h45

Cinéma Christine 21 Hors les murs

21h45 → 23h45 (120 min)

Paul Schrader
États-Unis-Japon / 1984 / 120 min / DCP / VOSTF

Avec Ken Ogata, Kenji Sawada, Yasosuke Bando.

Le récit fictionnel en quatre chapitres de la vie du grand écrivain japonais Yukio Mishima.

Film restauré en 2018 par Criterion, en collaboration avec American Zootrope, Fortissimo Films et Janus Films au laboratoire Deluxe Technicolor. La restauration a été menée sous la direction de Paul Schrader et de son directeur de la photographie, John Bailey.


Trop souvent ramené à ses débuts de scénariste, Paul Schrader est un cinéaste mésestimé, dont l’œuvre pourtant passionnante mérite d’être revue à la lumière de Mishima, son hommage au grand écrivain japonais, réalisé in situ grâce au soutien de Francis Ford Coppola et George Lucas. Le film, qui poursuit les recherches de La Féline (1982) sur les couleurs et les glissements psychiques qu’elles induisent, reste à ce jour l’un des biopics les plus stimulants jamais tournés sur un artiste, car prenant, à l’instar de Man on the Moon (1999) de Milos Forman, le risque de questionner en profondeur la nature même de sa création, c’est-à-dire, en l’occurrence, de traduire l’écrit de Mishima en termes de cinéma. Schrader approche le personnage – écrivain nationaliste et homosexuel engagé dans une quête de la beauté pure qui le conduisit à s’entourer d’une milice privée – selon plusieurs modalités : l’une, biographique, décline la vie de l’homme, de l’enfance à la consécration, dans un noir et blanc strict et épuré ; l’autre retrace au présent la journée du 25 novembre 1970, où il séquestra un haut-gradé avant de se donner la mort par seppuku ; une troisième consiste à plonger dans les romans de Mishima (Le Pavillon d’or, La Maison de Kyoko et Chevaux échappés), mis en scène selon une théâtralité hyper-stylisée. La ciné-récit combine la lettre et le vécu de l’artiste pour mieux diffracter sa personnalité et le rendre à ses paradoxes, à sa multiplicité. Ce faisant, Schrader livre une vision de l’art comme tension dirigée vers un geste suprême de mise en scène : celle de sa propre disparition.

Mathieu Macheret