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jeudi 8 mars 2018, 13h30

La Filmothèque du Quartier latin Hors les murs

13h30 → 15h20 (107 min)
Séance présentée par Chloë Roddick

La Déesse agenouillée
La Diosa arrodillada
Roberto Gavaldón
Mexique / 1947 / 107 min / DCP / VOSTF

Avec María Félix, Arturo de Córdova, Rosario Granados.

Un ingénieur chimiste est dévoré par sa passion pour un mannequin. Celle-ci sert de modèle à une sculpture que l'homme offre à son épouse.

Conservé à la Filmoteca de la UNAM, le film a été numérisé par le Laboratoire de Conservation du Cinéma de la Cineteca Nacional, à partir d'un négatif 35mm nitrate. La diosa arrodillada appartient au catalogue de la Fundacion Televisa A.C. La version présentée est le fruit d'un projet de conservation mené conjointement entre la Cineteca Nacional, la Filmoteca de la UNAM et la Fundacion Televisa A.C., dont le but est de conserver le cinéma mexicain.


À peine un an après le tournage de Double destinée, Gavaldón, Revueltas et Phillips font à nouveau équipe pour la réalisation de La Déesse agenouillée, où Arturo de Córdova joue Antonio, un homme en proie à un désir insoutenable pour la belle Raquel, interprétée par María Félix, alors qu’il est marié à Elena, son épouse infirme.
Ce film fut un grand succès public. Il resta à l’affiche neuf semaines dans la capitale, grâce en grande partie au couple Félix et de Córdova, qui étaient en voie de représenter, d’un côté, la beauté idéale et de l’autre, l’homme d’aujourd’hui, tourmenté par un désir inassouvissable (voir, notamment, le rôle de Córdova dans El de Buñuel, tourné à peine quelques années plus tard).
À nouveau, l’acteur campe un homme incapable de faire la part des choses entre désir sexuel et devoir moral ou social (dans Crepúsculo, l’obstacle est une amitié fraternelle avec Ricardo, ici le dévouement affectueux de sa femme).
À nouveau, le scénario propose le fétiche d’un nu statufié comme représentation de l’inatteignable et énigmatique Félix. Les courbes de la statue paraîtront sans doute téméraires – d’ailleurs la censure mexicaine était extrêmement stricte pendant les deux décennies des années 1940 et 1950 – mais le critique Carlos Bonfil considère que le transfert du regard masculin vers un objet inanimé était, en réalité, une manière sûre de satisfaire, et ainsi d’annuler, le désir transgressif du protagoniste et celui du spectateur.
Si la figure de la femme fatale représente dans le film noir la terreur illimitée qu’inspirait alors l’expression explicite d’un désir sexuel féminin, La Déesse agenouillée montre l’envie des cinéastes du film noir mexicain de subvertir la menace.

Chloë Roddick