En utilisant ce site, vous acceptez que les cookies soient utilisés à des fins d'analyse et de pertinence     Oui, j'accepte  Non, je souhaite en savoir plus

samedi 10 mars 2018, 14h00

Cinéma Christine 21 Hors les murs

14h00 → 15h35 (94 min)

Bonjour
お早う [Ohayo]
Yasujiro Ozu
Japon / 1959 / 94 min / DCP / VOSTF

Avec Chishu Ryu, Kuniko Miyake, Yoshiko Kuga.

Deux jeunes garçons réclament une télévision à leurs parents, qui refusent et leur demandent de « la boucler ». Les deux frères entament alors une grève de la parole.

Film restauré en 2K, à partir des éléments négatifs originaux, par la Shochiku Co, Ltd. et le National Film Center, National Museum of Modern Art, Tokyo.


Réalisé en 1959, parmi les cinq chefs d’œuvre en couleur du maître Yasujirō Ozu, Bonjour dépeint la vie quotidienne d’un petit quartier de banlieue pris dans le changement technologique né de l’après-guerre. Ozu aura, tout au long de sa carrière, évolué avec la société et son environnement en réadaptant les thèmes qu’il a travaillés et en y insufflant le renouveau contemporain. Réalisé en écho à Gosses de Tokyo (1932) où les enfants entamaient une grève de la faim pour protester contre l’inconstance de l’autorité de leur père, à leurs yeux un pleutre devant son patron, les enfants de Bonjour décident de prendre au mot leur père qui leur intime de « la boucler » en se lançant dans une grève de la parole. Face à la manière autoritaire des adultes de mettre fin à la discussion sur l’achat d’un téléviseur, les deux gamins protestent ; plus qu’une simple bouderie capricieuse, ils manifestent ainsi leur égoïsme et leur insolence insouciante, moquant aussi des adultes qui parlent pour ne rien dire.
Le film est mis en scène à la manière d’une chronique tendre et sensible, montrant une société traditionnelle confrontée aux mutations qui la traversent, avec l’arrivée des équipements ménagers modernes, l’apprentissage de l’anglais par les écoliers, et la télévision, symbole de la crise qui va toucher le microcosme de cette petite banlieue tranquille. Mais la révolte des enfants apparaît bien plus troublante et inquiétante en tant que bouleversement des habitudes que l’arrivée imminente de la modernité dans le quotidien des familles ; la disparition des salutations matinales quotidiennes entre voisins perturbe et sème le trouble. Le film, léger et drôle, ne manque pas de toucher par le soin et la délicatesse des attentions du réalisateur à l’égard des protagonistes et des spectateurs.

Matthieu Grimault