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vendredi 3 mars 2017, 21h00

Salle Georges Franju

21h00 → 22h50 (106 min)

Le Grand silence
Il Grande silenzio
Sergio Corbucci
Italie, France / 1967 / 106 min / DCP / VOSTF

Avec Jean-Louis Trintignant, Klaus Kinski, Frank Wolff, Vonetta McGee.

Dans les montagnes de l'Ouest américain, un mercenaire tue le mari d'une jeune femme qui alors va embaucher un pistolero muet pour le venger. 

Restauré en 4K par la CSC – Cineteca Nazionale de Rome à partir des négatifs son et image mis à disposition par Movietime. La restauration a permis de récupérer la fin alternative, tournée par Corbucci à la demande des producteurs. Elle sera également montrée. Les travaux ont été réalisés aux Laboratoires Augustus Color et Studio Cine de Rome.


Après le noir Django (1966), Sergio Corbucci délaisse la poussière du désert et aborde le western par la face montagne. À la chaleur étouffante, aux étendues de sable, se substituent le froid d’une neige épaisse, les paysages cotonneux d’un Ouest revisité. La blancheur, voilà ce qui frappe d’emblée. Le cahier des charges habituel semble respecté. L’affrontement de deux héros que tout oppose, le sourire carnassier de Klaus Kinski, impeccable de barbarie, face au regard de Jean-Louis Trintignant, parfait dans son jeu muet. Le village, les chevaux, les attaques. Et la musique de Morricone. Mais Corbucci sort très vite du cadre et détourne un à un les codes du genre. La neige, oui, mais aussi une actrice de couleur, un shérif inutile et des monceaux de cadavres. Si la forme est radicale autant qu’atypique, elle sert surtout une réflexion qui déconstruit les fondations morales d’une Amérique classique que sont la propriété, la loi et l’ordre. Au-delà de la métaphore bien/mal, neige immaculée vs personnages sombres, chaque séquence de ce western crépusculaire distille une cruauté glaçante. La production demanda d’ailleurs à Corbucci de tourner une fin plus optimiste qui sera finalement rejetée. Le réalisateur, en effet, s’exécuta de fort mauvaise grâce, en bâclant ses plans, pour saboter délibérément la possibilité d’une alternative. Et imposa une vision âpre et implacable. La tragédie n’a pas d’échappatoire.

Hélène Lacolomberie