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dimanche 22 janvier 2017, 16h45

Salle Georges Franju

16h45 → 18h25 (97 min)

Conjugaison
Dong ci bian wei
Emily Tang
Hong-Kong / 2001 / 97 min / 35mm / VOSTF / Film inédit en France.

Avec Zhao Hong, Yu Quiang.

Anciens militants de la place Tian'anmen, un jeune couple et leurs amis essaient de survivre aux mois sombres de l'hiver 1989. Le premier long métrage chinois à aborder les événements du « Printemps de Pékin ».

Film inédit en France. Mention Spéciale du Jury au festival de Locarno.


« Il y a plus de 10 ans, il s’est passé un événement historique grave à Pékin. J’étais alors étudiante. Cet événement a pesé lourd sur la jeunesse chinoise et nous n’arrivons toujours pas à dissiper les ombres… Dans l’hiver qui suivait l’été 89, ce sentiment d’une lourde pesanteur a envahi tout le monde et atteint son point culminant. C’est de ce sentiment qu’est né mon film, qui tente de mettre à jour le tréfonds de quelques âmes en mutation. »
Emily Tang, 2001

Au début de Conjugaison, dans une froide nuit de l’hiver 1989, Guo Song et Xiao Qing, un jeune couple qui s’était rencontré pendant l’occupation de la place Tian’anmen, se faufilent dans des bus vides garés au dépôt afin de pouvoir faire l’amour. Un peu plus tard, ils emménagent (illégalement, car ils ne sont pas mariés) dans un taudis qu’ils tentent de transformer en un refuge contre le monde extérieur. Guo Song, un brillant diplômé, doit accepter un boulot d’usine, qu’il déteste. Xiao Qing, encore étudiante, fait du mi-temps dans un café tenu par des copains. Le jeune homme va souvent retrouver ses anciens camarades du printemps ; ils boivent ensemble et évoquent l’un des leurs, surnommé « Doigt de Pied », qui a disparu dans la tourmente.

Emily Tang ne remplit pas les cases vides, et donne au spectateur la liberté d’imaginer ce qu’elle ne montre pas. Conjugaison raconte avec grâce et minutie les détails de la vie quotidienne de ses personnages : Guo Song et Xiao Qing à bicyclette dans les rues de Pékin la nuit ; Guo Song et les travailleurs de l’usine exécutant une danse ridicule en honneur des Jeux Olympiques asiatiques ; Xiao Qing effrayant les clients du café avec une histoire de cannibalisme, puis se laissant racoler par un homme d’affaires qui l’emmène à l’hôtel. Tout au long du film, une voix off revient, lisant des extraits de lettres (imaginaires ?) envoyées par Doigt de Pied à une « sœur » fictive depuis la lointaine ville de Delingha, dans la province du Qinghai (siège d’un gigantesque camp de réforme) :
« Ma sœur, ma sœur, j’ai froid et je suis seul. L’obscurité m’ensevelit… »

« Le film est un parcours semi-impressionniste sur les pas d’un jeune couple essayant de vivre de petits boulots pendant la période de glaciation sociale qui suivit la répression post-Tian’anmen. Emily Tang n’y fait aucune allusion directe à la politique, mais s’exprime par métaphores : citations du poète Hai Zi (suicidé en mars 1989), évocation d’un étudiant encore porté « disparu » qui hante ses camarades, et images symboliques comme celle de ces poissons gelés, pêchés dans un lac, que les deux jeunes rapportent chez eux pour les faire cuire. »

Brigitte Duzan


Née en 1970 dans la province du Sichuan, Emily Tang (Tang Xiaobai) a grandi à Pékin. Après un diplôme de littérature chinoise de l’université de Pékin, elle a étudié la mise en scène à l’Académie centrale d’art dramatique de Pékin et a commencé sa carrière en 1997, en tournant une série de documentaires pour la chaîne de télévision CCTV. Étudiante au moment des événements de la place Tian’anmen, en juin 1989, elle en a tiré l’inspiration de son premier long métrage, Conjugaison (2001), qui a décroché le prix spécial du jury à Locarno. En 2008, elle tourne Perfect Life, un film qui mélange documentaire et fiction pour parler des femmes travailleuses migrantes, puis en 2012 s’inspire d’un fait divers sur une jeune femme devant « payer » avec son corps la mort accidentelle d’un enfant causée par son mari pour réaliser All Apologies.