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mercredi 1 février 2017, 21h15

Salle Jean Epstein

21h15 → 23h10 (115 min)

Le Soleil se lève aussi
Tai yang zhao chang sheng qi
Jiang Wen
Chine / 2007 / 115 min / 35mm / VOSTF

D'après Velvet de Ye Mi.

Avec Jiang Wen, Joan Chen, Yun Zhou, Anthony Wong.

Une narration elliptique, à mi-chemin entre surréalisme et satire, quatre histoires interconnectées, une brochette d'acteurs superbes, une cinématographie éblouissante, un film original, surprenant, enchanteur, incontournable, le préféré de Jiang Wen.

La troisième réalisation de Jiang Wen, Le Soleil se lève aussi, fut une complète, délicieuse surprise. En rupture de ton avec ses deux premiers films, il s’inspire d’une courte nouvelle, Velvet (ou : Velours) d’une femme écrivain, Ye Mi. (Traduite par Brigitte Duzan, la nouvelle est disponible en français sur : http://chinese-shortstories.com/Nouvelles_recentes_de_a_a_z_YeMi_Velours.htm). De la même génération que Jiang Wen, Ye Mi est elle aussi hantée par son expérience pendant la Révolution culturelle. Mais, au lieu de la passer en ville, elle fut, toute enfant, envoyée à la campagne avec ses parents. Jiang s’inspira de Velvet pour camper un certain nombre de personnages, et pour dessiner des correspondances entre quatre épisodes qui se passent à des moments différents. Le film comme la nouvelle ont recours à une narration éclatée pour s’insinuer – avec subtilité dans le cas de Ye Mi, avec des images somptueuses à la limite du surréalisme dans celui de Jiang – dans les séquelles traumatiques d’un moment de l’histoire chinoise : la rencontre, les malentendus, les frictions entre les citadins exilés à la campagne pendant la Révolution culturelle et les paysans chargés de leur « rééducation ». Le titre original, « velours », fait allusion à un tel malentendu culturel. Une femme adultère a dit à son amant paysan, Li Dongfang (Jaycee Chan) que son mari comparait sa peau à du velours. Le mari, Tang Yulin (Jiang Wen), fusil en main, confronte le jeune homme.

« Je dois mourir » dit Li Dongfang, comme s’il parlait d’une affaire qui ne le concernait pas, « mais il y a une chose que je n’arrive pas à comprendre, et cela m’empêcherait de mourir en paix. » Tang Yulin acquiesça de la tête.
Li Dongfang continua sans changer d’expression : « Qu’est-ce qu’on appelle du velours ? »
– Ye Mi, Velours

La nouvelle, comme le film, commence sur l’épisode de la folie d’une paysanne très pauvre (Zhou Yun) qui vit seule avec son fils, Li Dongfang. Dans les épisodes suivants, Jiang complique un peu les choses, en introduisant, à côte de Tang Yulin, deux autres figures de citadins exilés à la campagne : le Professeur Liang (Anthony Wong) et le Docteur Lin (Joan Chen), qui partage son affection entre les deux hommes, alors que dans le bled où ils ont été cantonnés, on a organisé la projection d’un « opéra révolutionnaire » en plein air (écho distant de Des Jours éblouissants).

Dans la nouvelle comme dans le film, les relations entre les personnages sont passionnantes et opaques : le désir, comme la jalousie ou le ressentiment, ne s’explique pas plus que la signification du mot « velours » à une époque où il s’agissait d’un « tissu extrêmement rare… que seuls les fonctionnaires hauts placés pouvaient se procurer. » Mais l’ignorance de Li Dongfang a créé, entre lui et le fusil de Tang, un espace narratif que Jiang comble avec une mise en scène superbe et une direction d’acteurs qui ne l’est pas moins.

Bérénice Reynaud


Né en 1963 dans la province de Hebei dans une famille de militaires, Jiang Wen grandit à Pékin à partir de l’âge de 10 ans. De 1980 à 1984, il étudie à l’Académie centrale d’art dramatique de Pékin. Sa ressemblance avec l’empereur Puyi, lui fait emporter le rôle pour La Dernière Impératrice (1986) de Chen Jialin. Il atteint une reconnaissance internationale avec son rôle de bandit amant de Gong Li dans Le Sorgho rouge (1987) de Zhang Yimou. Il s’est aussi imposé par ses rôles dans La Ville des Hibiscus (1986) de Xie Jin, Neige noire (1990) de Xie Fei, Li Lianying, eunuque de l’empereur (1991) de Tian Zhuangzhuang), The Emperor’s Shadow (1996) de Zhou Xiaowen, Keep Cool (1997) de Zhang Yimou, The Missing Gun (2002) de Lu Chuan, L*etter from an Unknown Woman* (2004) de Xu Jinglei (montré dans ce programme), etc… Dans la communauté chinoise, il est très connu pour son interprétation d’ Un Pékinois à New York (1992), série télévisée de Zheng Xiaolong. Il joue le rôle de Baze Malbus dans Rogue One : A Star War Story (2016) de Gareth Edwards.

Il passe à la mise en scène avec Des jours éblouissants (1994), dont le style le rapproche momentanément des réalisateurs de la 6ème génération. Son second film, L*es Démons à ma porte* (2000), lui vaudra un Grand Prix à Cannes. Il est aussi l’auteur de Le Soleil se lève aussi (2007), Let the Bullets Fly (2010) et Gone with the Bullets (2014).