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mercredi 11 janvier 2017, 20h00

Salle Henri Langlois

20h00 → 22h15 (134 min)
Ouverture de la rétrospective. Séance présentée par Bérénice Reynaud

Des jours éblouissants
Yang guang can lan de ri zi
Jiang Wen
Chine / 1994 / 134 min / DCP / VOSTF
D'après Des bêtes féroces de Wang Shuo.

Avec Xia Yu, Ning Jing, Xiao Gang Feng.

C'est la fête pour les ados pékinois pendant la Révolution culturelle. Les écoles sont fermées, les parents en camp de travail : on peut draguer les filles, joindre des gangs, traîner dans la rue et s'éclater. On peut aussi tomber amoureux.

Prix du Meilleur Film, Golden Horse Film Festival.
Version originale restaurée sous la direction de l'auteur.


Pour son passage à la réalisation, Jiang Wen s'inspira de Des Bêtes féroces, un roman de Wang Shuo, le chantre des mauvais garçons et du désordre urbain. Se sentant proche de la sensibilité de Wang, il avait été en plus attiré par la similitude entre sa propre expérience et celle du personnage du roman, un gamin, Xiaojung, qui grandit pendant la Révolution culturelle. Le travail passionnant de mise en scène auquel il se livra consistait à transposer le monde (verbal) du roman en une tapisserie d'impressions sensorielles – spatiales, visuelles et sonores – qui, ancrées dans le réel, « décollent » pour nous introduire dans le monde intime du personnage. Mis à part la maison de Xiaojung (reconstituée en studio), Jiang travailla principalement en extérieurs (coins de rue, piscine, cour carrée) sur les lieux de son enfance... Le tournage en lieux réels permet un retour au son direct, que le cinéma chinois avait peu ou prou abandonné dans les années soixante, mais auquel la Sixième génération revient en force.

Dans Des Jours éblouissants, les corps des personnages « résonnent » dans l'espace et leur éducation sentimentale se fait en explorant, par incrément, des lieux précis, eux-mêmes résonnants d'autres présences. Témoin cette scène magnifique où pour Xiaojung, le monde bascule (il va tomber amoureux), et que Jiang Wen tint à filmer lui-même. S'étant introduit dans un appartement vide, le gamin y découvre une longue-vue et commence à la braquer sur des objets divers, tout en tournoyant. Ce plaisir spéculaire, dont Jiang capture l'ivresse, la sensualité et l'aspect « jeux interdits » en une série de plans courts, s'interrompt et se magnifie d'un seul coup quand, au bout de la lunette, apparaît une image que l'on n'attendait pas : la photo d'une jeune fille sur laquelle va se cristalliser son désir.

Né en 1963 dans la province de Hebei dans une famille de militaires, Jiang Wen grandit à Pékin à partir de l'âge de 10 ans. De 1980 à 1984, il étudie à l'Académie centrale d'art dramatique de Pékin. Sa ressemblance avec l'empereur Puyi lui fait emporter le rôle pour La Dernière Impératrice (1986) de Chen Jialin. Il atteint une reconnaissance internationale avec son rôle de bandit amant de Gong Li dans Le Sorgho rouge (1987) de Zhang Yimou. Il s'est aussi imposé par ses rôles dans La Ville des Hibiscus (1986) de Xie Jin, Neige noire (1990) de Xie Fei, Li Lianying, eunuque de l'empereur (1991) de Tian Zhuangzhuang, The Emperor's Shadow (1996) de Zhou Xiaowen, Keep Cool (1997) de Zhang Yimou, The Missing Gun (2002) de Lu Chuan, Letter from an Unknown Woman (2004) de Xu Jinglei, etc... Dans la communauté chinoise, il est très connu pour son interprétation de Un Pékinois à New York (1992), série télévisée de Zheng Xiaolong. Il joue le rôle de Baze Malbus dans Rogue One : A Star Wars Story (2016) de Gareth Edwards. Il passe à la mise en scène avec Des jours éblouissants (1994), dont le style le rapproche momentanément des réalisateurs de la 6ème génération. Son second film, Les Démons à ma porte (2000), lui vaudra un Grand Prix à Cannes. Il est aussi l'auteur de Le Soleil se lève aussi (2007), Let the Bullets Fly (2010) et Gone with the Bullets (2014).

Bérénice Reynaud (Nouvelle Chine, nouveaux cinémas)