Le Vieux chien

dimanche 12 février 2017, 21h45

Salle Jean Epstein

21h45 23h15 (88 min)

Pema Tseden
Chine / 2011 / 88 min / Numérique / VOSTF / Film inédit en France

Avec Yanbum Gyal, Drolma Kyab, Lochey.

Un patriarche tibétain refuse de vendre son chien de berger aux nouveaux riches chinois. Le mouvement du film amène un plan fulgurant, où s'exprime la violence sourde de la tension entre les deux ethnies.

Film inédit en France. Le Vieux chien a reçu le Grand prix du Festival FILMeX (Tokyo) et le Golden Digital Award au Festival de Hong Kong.


Dans un village de la province chinoise du Quinhai, sur les plateaux de l’Himalaya, un patriarche tibétain, Akhu, essaie de maintenir son style de vie traditionnel – son troupeau, son chien, ses rapports familiaux. Son fils, Gonpo, est un propre à rien porté sur la boisson et tyrannique envers son épouse. Le couple n’a pas d’enfants et la jeune femme, après qu’une consultation gynécologique l’exonère de toute responsabilité, essaie vainement de convaincre son mari de voir un médecin. Celui-ci, dans son machisme, refuse, et traîne son corps têtu de cuite en cuite, dans le sillage de sa colère sourde, de son mal-à-être.

Le cœur du conflit entre père et fils, c’est leur fidèle chien de berger, un mastiff tibétain. Cette race de chiens est devenue la rage sur le marché chinois. Mais Akhu refuse de faire de son vieux copain un jouet pour les nouveaux riches de Pékin. Sans lui demander son avis, Gonpo vend le chien à un trafiquant. Akhu le rachète. Mais on lui fait comprendre que la bataille est perdue d’avance ; les mastiffs tibétains atteignent des prix si élevés que s’il ne vend pas l’animal, un maraudeur aura vite fait de le voler…

Dans de longs plans séquences superbement composés où l’on reconnaît sa signature (et celle de son talentueux directeur de la photographie, Sonthar Gyal, devenu depuis cinéaste), Pema Tseden exprime avec force et délicatesse la poésie un peu triste de ces grands plateaux – les vastes étendues où les vieillards peuvent encore rêver, les rues poussiéreuses où les jeunes essaient de s’amuser et de participer aux fragments de modernité que le (sous)développement de cette province tibétaine annexée à la Chine leur offre chichement. Le film commence et se termine sur deux plans sans contre-champ – l’un montrant Gonpo sillonnant un chemin boueux sur sa moto à laquelle le chien est attaché ; le dernier amenant Akhu à la fin d’un parcours symbolique où il traverse le pâturage infini – sans le chien. Entre les deux Pema Tseden aura mis en scène, dans toute sa cruauté stoïque, le dilemme de la culture tibétaine menacée d’engloutissement par la société chinoise.


Né en 1969 dans la province de Quinghai, Pema Tseden fit des études bilingues tibétain-chinois à l’Institut du Nord-Ouest pour les nationalités, pour se destiner à la traduction, puis à littérature. En 2003, il obtient une bourse d’une ONG, la Trace Foundation, pour suivre un programme de doctorat à l’Institut de Cinéma de Pékin. Il tourne son film de fin d’études, Pâturages (2004), dans la langue tibétaine, dans sa province natale et avec des acteurs locaux – ce qui demeurera une constante de toute ton œuvre cinématographique. Il se fait remarquer sur le plan international avec son premier long-métrage, Le Silence des pierres sacrées (2005). Sur la route/A la recherche de Drimé Kunden (2009) obtient le Grand Prix au Festival de Shanghai. Son dernier film, Tharlo (2015), a eu sa première mondiale au festival de Venise. Il a aidé son directeur de la photographie, Sonthar Gyal, à devenir cinéaste, en produisant ou co-produisant ses deux films, The Sun-Beaten Path (2011) et River (2015). Pema Tseden continue de se consacrer à la littérature. Neige, un recueil de sept de ses nouvelles, traduites du tibétain par Françoise Robin et du chinois par Brigitte Duzan, a été publié en France par les éditions Philippe Picquier.

Bérénice Reynaud