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lundi 13 février 2017, 19h00

Salle Georges Franju

19h00 → 20h50 (106 min)

Fish and Elephant
Jin nian xia tian
Li Yu
Chine / 2001 / 106 min / DCP / VOSTF / Film inédit en France.

Avec Pan Yi, Shi Tou, Zhang Qiangian

Une vendeuse de vêtements quitte son copain pour une gardienne de zoo que sa maman essaie désespérément de marier. Les braves gens s'offusquent, le bonheur est un combat.

Film inédit en France. Premier film lesbien underground chinois, passé dans plus de 70 festivals. Prix Elvira Notari à Venise.


Une vendeuse de vêtements quitte son copain pour une gardienne de zoo que sa maman essaie désespérément de marier. Les braves gens s’offusquent, le bonheur est un combat.
Retrouver Fish and Elephant dans les bureaux de la Viennale, après sa disparition pendant presque 15 ans, va permettre d’écrire, ou de réécrire, une page importante de l’histoire du cinéma queer. A la fin des années 90, Li Yu travaillait comme réalisatrice de documentaires pour la télévision chinoise. Son sujet de prédilection, ce sont les femmes, et elle décida donc de consacrer un film à la culture lesbienne. « En Chine, a-t-elle dit, la famille, c’est la fiction, le lesbianisme c’est la réalité. » Mais cette réalité était difficile à montrer. Malgré la décriminalisation toute récente de l’homosexualité, beaucoup de sujets LGBTQ restent dans le placard, par peur des réactions de leurs familles. L’idée vint à Li Yu de demander à un couple de femmes d’apparaître dans une fiction, ce qui leur permettrait de prétendre qu’elles « jouaient un rôle » en tant qu’actrices. L’une d’elle, Shi Tou, devait par la suite devenir cinéaste et militante lesbienne, et fut la première à participer à une discussion sur l’homosexualité organisée par une télévision chinoise, en compagnie de Cui Zi’en, figure majeure de la culture gay, dont nous passons aussi un des films, Withered in a Blooming Season.

Li Yu tourna le film comme un documentaire, en 16mm, multipliant les plans-séquences, se limitant à la lumière ambiante, insérant les scènes de fiction dans un contexte réaliste, tels les moments où Xiao Qun, la gardienne de zoo, accepte de rencontrer des maris potentiels contactés par petites annonces pour faire plaisir à sa maman qui veut la marier. Travaillant avec des acteurs non professionnels, elle a souvent recours à l’improvisation, ou fait appel à des méthodes de jeu qui rappellent les films de Warhol. Fish and Elephant est une histoire d’amour – parfois contrarié – entre quatre femmes : autour de la rencontre entre Xiao Qun et Xiao Ling (qui quitte son copain pour aller vivre avec Xiao Qun), se greffent les liens qui unissent Xiao Qun et sa mère (« les rapports mère-fille sont aussi des rapports entre sujets du même sexe » dit Li Yu) et les retrouvailles entre Xiao Qun et une ancienne copine, Junjun, qui fuit la police. Li Yu ménage des ruptures de ton, introduisant avec humour un personnage de « genre » (la « tueuse lesbienne ») dans l’histoire limpide de deux femmes qui ne demandent qu’un peu d’espace pour avoir le droit de s’aimer. Mais cet espace n’existe peut-être que dans les failles du tissu social, dans les trous du discours, dans un regard qui va s’égarer ailleurs. Fish and Elephant se termine sur une fin ouverte, sur un montage de deux espaces hétérogènes (une chambre pour les héroïnes ; une salle de mariage pour les autres). Avec Fish and Elephant, la lutte pour la représentation du lesbianisme en Chine commençait sur un forte. Elle continue. Cette présentation à la Cinémathèque, rendue possible par la Viennale, avec l’accord enthousiaste de la réalisatrice et faite en collaboration avec le Centre audiovisuel Simone de Beauvoir, en fait partie.

Bérénice Reynaud


Née en 1973 à Jinan dans la province du Shandong, Li Yu commence à travailler comme présentatrice de télévision dès sa sortie de l’université, puis s’installe à Pékin et trouve du travail à la chaîne de télévision CCTV pour laquelle elle réalise des documentaires, tels que Sisters (1996), Stay and Hope (1997) et Honor and Dreams (1998). En 2001, elle passe au long métrage de fiction avec Fish and Elephant, produit de façon totalement indépendante et tourné en 16mm – étape incontournable pour la représentation des lesbiennes en Chine, mais considéré perdu pendant de nombreuses années. Le sujet privilégié de Li Yu, ce sont les femmes, et son second long métrage, Dam Street (2005) raconte la vie d’une mère célibataire dans les années 80. Lost in Beijing (2007) inaugure sa collaboration avec l’actrice Fan Bingbing dans le rôle d’une jeune campagnarde qui essaie de survivre à son exploitation professionnelle et sexuelle à Pékin. Il est suivi de Buddha Mountain (2010) sur l’amitié entre un groupe de jeunes délinquants et une chanteuse d’opéra à la retraite. Ses deux derniers projets font incursion dans le film de genre : thriller pour Double Xposure (2012), comédie romantique et fresque sociale avec Ever Since We Love (2015).