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Jean Douchet programme et commente 4 œuvres en un week-end : 4 projections, chaque fois suivies d'une analyse et d'un dialogue avec la salle. Une occasion de discuter avec Douchet d'un sujet de cinéma qui relie entre eux les films choisis. Puisque notre week-end cinéma tombe le 18 juin, répondons, à notre tour, à son appel. La « résistance » est donc son sujet ou, mieux encore, son objet d'étude.

Résistances

Deux des quatre films choisis ont été tournés en 1943 par les deux plus grands cinéastes français de cette époque, Jean Renoir et Jean Grémillon. Réfugié aux États-Unis, Renoir participe, comme d'autres cinéastes exilés, à la réalisation d'un film de propagande destiné à initier les Américains à la raison de leur guerre. Ce sera Vivre libre (This Land is Mine), imaginant un instituteur peureux qui, face aux exactions de l'occupant nazi, trouve le courage de les affronter. Même si la représentation hollywoodienne de la Résistance française est un peu discutable, ce film quasi inconnu et génialement interprété par Charles Laughton mérite d'être revu.

En revanche, Grémillon, resté en France, ose un film de résistance en éliminant simplement tout affrontement direct avec l'Occupation. Son époque est simplement imprécise. On la suppose d'avant-guerre. Mais le couple, absolument ordinaire, se laisse gagner par la passion de l'aviation. Dès lors, celle-ci emporte tout sur son passage et fait exploser dans l'enthousiasme la sinistre formule collaborationniste du pétainisme : « Travail – Famille – Patrie ». Le génie de ce film, en dehors de rester le chef-d'œuvre du cinéma français de l'Occupation, est d'avoir offert au public du début 1944 la possibilité de mettre à bas les Majuscules de mots profanés pour mieux restaurer leur grandeur enthousiaste. Deux autres films, réalisés après la Libération, ont été programmés ce week-end : il revenait à Jean-Pierre Melville de représenter dans l'après-guerre le cinéma sur l'Occupation puisqu'il fit celle-ci d'abord dans l'armée française, puis dans la Résistance intérieure avant de la terminer dans les Forces françaises libres, sans oublier que son cinéma débute avec Le Silence de la mer (1947-1949) et s'accomplit avec L'Armée des ombres, en 1969. Évidemment, ce dernier film change le regard sur la Résistance. Sa célébration cède le pas sur sa réalité. Son combat n'était pas uniquement dirigé vers l'extérieur, nazis et collaborateurs. Il était au moins aussi intense à l'intérieur car les ombres suscitent des ombres comme il convient au cinéma.

Le quatrième film de cette programmation sera étranger et récent. Un film qui met à bas la légende hollandaise selon laquelle le pays fut exemplaire en ce temps de guerre. Spectacle paradoxalement réjouissant que les pages sinistres de ce Black Book de Paul Verhoeven. Violent, sans indulgence et, comme les trois précédents, du grand cinéma.

Et c'est bien cela qu'il s'agira d'étudier au cours de ce week-end : des formes de « résistance ». On privilégiera une approche formelle des films, on discutera essentiellement de mise en scène, de langage cinématographique, et moins de vérité historique des représentations. En somme et idéalement, ce sera moins une leçon d'Histoire qu'une « leçon de cinéma ».

Jean Douchet

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