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Un des enfants prodiges du cinéma américain. Il se fait remarquer avec Duel en 1972, un film de terreur très efficace réalisé pour la télévision, avant de redéfinir en profondeur, avec des succès planétaires, les règles du divertissement cinématographique moderne. Il contribue à une résurrection semi-parodique du cinéma d’aventure feuilletonesque avec la série des Indiana Jones mais ne dédaigne pas les « grands sujets ». Sa contribution à la science-fiction moderne est importante.

Steven Spielberg : entre spectacle et spiritualité

En 1976, les Etats-Unis célèbrent leur fondation, sans doute habités et agités du besoin de sortir des traumatismes de la décennie, reflétés par le cinéma angoissé et pessimiste des seventies. Pour cette âme américaine, il fallait sans doute, beauté et hasard nécessaire de l’Histoire, un souffle populaire nouveau qui puisse la cimenter dans l’enthousiasme et la confiance. L’avènement du cinéma de Steven Spielberg et de George Lucas correspond sans doute à ce moment. Elle-même née outre-Atlantique, une piètre idée reçue voit dans le succès des Dents de la mer, de Rencontres du troisième type, de Star Wars/La Guerre des étoiles et de Raiders of the Lost Ark/Les Aventuriers de l’arche perdue, le glas d’un âge d’or, adulte et sérieux, soudain précipité dans de vaines jubilations infantiles. Or le succès de Spielberg n’annule pas les années de ce Nouvel Hollywood : il en fait partie et en assume l’héritage. Infantilisation du cinéma hollywoodien ? Spielberg et Lucas ne sauraient être tenus pour seuls responsables de la part massive prise par les jeunes dans le public de cinéma, phénomène entamé dès les années cinquante. En revanche, si cette infantilisation signifie le retour de l’enfance du regard et l’aveu d’une nécessaire sidération, alors Spielberg est bien le parrain d’une résurrection, qui ne balaya en rien la menace des ténèbres, mais qui libéra l’imaginaire vers des horizons jusqu’alors intouchés, au cœur d’haletantes fictions forgées dans la complexité reconquise du classicisme.

L’invention du spectacle hollywoodien contemporain

Roi du box-office et créateur de modes formelles, Steven Spielberg domine le grand spectacle hollywoodien depuis trois décennies, de la science-fiction au film-catastrophe, d’E.T. et Jurassic Park à Minority Report et War of the Worlds/La Guerre des mondes. Son image d’éternel boy wonder, fasciné par Disney et Peter Pan, et d’entertainer s’est d’ailleurs bâtie autour de cette éclatante réussite commerciale, faisant de lui aux yeux du public et de la critique, le maître artisan du blockbuster et d’un cinéma hâtivement jugé familial et rassurant. À ses œuvres d’aventures, on oppose alors les pièces « sérieuses », qui lui vaudront les honneurs, comme le mélodrame The Color Purple/La Couleur pourpre, la chronique nostalgique Catch Me If You Can/Arrête-moi si tu peux, et les fresques sur la guerre, la terreur, le courage et la mémoire, Schindler’s List/La Liste de Schindler ou Saving Private Ryan/Il faut sauver le soldat Ryan. Le cinéaste des années quatre-vingts a évolué. Hérité de Kubrick, A.I./A.I. Intelligence Artificielle devient avec Spielberg une fresque où passent la plupart des formes classiques et modernes de la science-fiction, de la fable à l’abstraction, des galeries de robots multiples à l’intimisme métaphysique. Ses œuvres récentes, comme The Terminal/Le Terminal ou War of the Worlds relisent implicitement ses films du passé et les enrichissent. Allergique aux symptômes les plus épuisants du cinéma contemporain, Spielberg s’affirme comme le descendant conscient des grands classiques, et retrouvant l’essence du mariage hollywoodien entre spectacle et spiritualité.

À l’origine, le jeune cinéaste qui s’aventure à vingt-et-un ans dans les studios Universal se distingue par ses téléfilms. Tous ont du style. L’un d’entre eux s’impose et sort en salles en Europe. Duel lance ainsi la carrière du boy wonder. La première manière de Spielberg marie le style télévisuel efficace et accrocheur du moment avec l’influence du réalisme hollywoodien des seventies. Son modèle est alors John Frankenheimer, auquel il rendra un hommage direct dans Munich, écho du Black Sunday de 1977. Jaws/Les Dents de la mer bénéficie de la mode du film-catastrophe et affirme la fascination du Léviathan, monstre mythique ou biblique, pour un cinéaste hanté par King Kong et qui filmera les dinosaures du monde perdu, une Seconde Guerre mondiale peuplée d’engins et d’êtres monstrueux, entre conte et cauchemar, et des aliens envahisseurs comme de terribles mollusques implacables tantôt métalliques, tantôt organiques.

Une métamorphose spirituelle

En 1977, le récit de Close encounters of the Third Kind/Rencontres du troisième type nous fait littéralement assister à la métamorphose du cinéma de Spielberg. Avec son héros habité par l’appel des nefs de lumière, le film quitte le réalisme quotidien des seventies et ses paranoïas, pour regarder vers le ciel, vers l’ailleurs, vers l’au-delà, vers les apparitions, les signes et les mystères. Ce cinéma bleuté, traversé de rayons lumineux, affirme son amour du bigger than life et son abandon à une spiritualité diffuse et terrassante. La voracité cinéphile et les goûts classiques du cinéaste rassemblent des modèles complémentaires (Disney, DeMille, Curtiz, Hitchcock, Hawks et Ford), pour des mariages formels dont on comprendra sans mal qu’ils soient des célébrations et des apogées du classicisme flamboyant. Chez ce cinéaste expressif, d’une générosité lyrique qui célèbre le miracle des actions nobles et la pureté des (rares) beaux sentiments, la musique est reine. La confiance de Spielberg dans ses images – le pouvoir de montrer – n’a d’égal que leur abandon admiratif à la musique expressive, inventive et majestueuse de John Williams, compère et alter ego depuis plus de trente ans.

En 1984, The Color Purple/La Couleur pourpre, adaptation du roman d’Alice Walker, apparut comme une tentative pour choisir un sujet adulte, violent, sexuel, tentative qui aurait échoué parce que le style flamboyant du film afficherait trop sa beauté visuelle, son armada rhétorique, inadéquates à la gravité crue du sujet. Or la nature même du cinéma de Spielberg se trouve dans ce dialogue du réalisme et de la magie. Notre regard s’est habitué à la banalité du monde que nous pratiquons. Il nous incombe de redécouvrir l’origine mystérieuse des choses. Pour Spielberg, le monde physique et quotidien est tout sauf un monde virtuel. L’âge de Matrix et même d’Avatar vient après lui et ne lui ressemble pas vraiment. L’expérience inattendue des Aventures de Tintin, version numérique d’Indiana Jones, via la performance capture, montre sans doute la capacité toujours vive du visionnaire à s’adapter, mais ne laisse pas de surprendre chez un artiste davantage convaincu par l’interaction entre effets spéciaux, présence des êtres humains et poids réel du mouvement de caméra.

Spielberg scénographe virtuose

La plus grande originalité de Spielberg, et sans doute l’une des dimensions essentielles de son cinéma, se trouve dans la série des Indiana Jones et dans toute la famille des films mal-aimés : 1941, Hook, Always ou The Terminal, des films soudain et sciemment orphelins de « grands sujets », des mélanges audacieux où plane la passion du musical qui habite le réalisateur de Raiders of The Lost Ark. La nature de Spielberg cinéaste est celle d’un scénographe, et l’enthousiasme chorégraphique se trouve ainsi dans 1941, avec son homérique bagarre entre marins et soldats. On retrouve ces paris audacieux dans les œuvres des années 1998-2008, dans lesquelles Spielberg devient un maître du glissement générique, dans la tradition funambulesque et virtuose de Blake Edwards. Ainsi greffe-t-il, de façon inattendue, des dispositifs burlesques sur des scènes de tonalité divergente, mort d’un soldat qui vérifie son casque en se croyant épargné ou course d’un policier du futur après l’un de ses yeux, qui s’échappe et roule au sol. The Terminal, comédie d’apparence ludique et désinvolte, offre sans doute l’exemple abouti de cette singularité audacieuse, entre fable politique, comédie sentimentale, salves de burlesque et moments d’épiphanie magique. Ainsi s’y exprime l’aisance de la pure mise en scène.

Producteur avisé et souvent comblé, Spielberg observe les modes, mais lui-même semble leur rester indifférent. En 1998, son Soldat Ryan lance un style raffiné et faussement photo-réaliste pour filmer la violence, qui fait encore autorité ; mais le classicisme du film et la période traitée frappent par leur anachronisme délibéré pour la fin des années quatre-vingt dix. Les années quarante-cinquante demeurent le territoire mental, onirique et idéal de Spielberg, tandis que le monde contemporain n’en finit pas, à ses yeux, de décliner sa banalité et la perte de l’aura innocente. Avec le glamour, c’est un ordre du monde qui s’en est allé. La sortie conjointe de Tintin, anachronique saga soucieuse de coller à la ligne claire du modèle, et de War Horse/Cheval de guerre, chronique spirituelle au cœur des tranchées de 1917, continue de faire résonner la fidélité à l’âge des certitudes visuelles, des innocences profondes et des grandes significations.

Pierre Berthomieu

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Du 9 janvier au 14 février 2012

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À l'aventure avec Spielberg !

Qui ne connaît pas le réalisateur américain Steven Spielberg, le créateur d’E.T. et d’Indiana Jones ? Cette programmation donnera l’occasion aux enfants et à leurs parents de découvrir ou redécouvrir ensemble, sur le grand écran de la Cinémathèque, les films de Spielberg, mais aussi d’autres films qui leur font des clins d’œil. De grands moments de cinéma avec de l’émotion, du rire, des larmes, mais aussi des frissons de peur… pour le plus grand plaisir du public. films qui leur font des clins d’œil.

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