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À l'occasion de la rétrospective de l'œuvre de Jean-Michel Alberola au Palais de Tokyo (19 février - 16 mai 2016), la Cinémathèque française l'a invité pour lui permettre de partager cinq de ses nombreuses passions cinéphiliques réunies par le titre « Salle d'attente ». Le cinéma irrigue l'intégralité de l'œuvre d'Alberola : peintures, estampes et publications sont greffées sur l'art du film. Il est également le réalisateur de quatre films dont une exceptionnelle fresque documentaire au Japon, Koyamaru.

Salle d'attente

« C'est l'un de mes rares souvenirs d'enfance. Aller au cinéma et voir cette image plus grande que moi, et tout d'un coup cette lumière, des gens qui s'agitent, des fantômes… Ma cinéphilie vient de là : tu entres dans un espace où tu vois le même monde que celui que tu fuis, mais tu es enfermé dans l'obscurité, en sécurité, comme dans un rêve, un rêve éveillé.

Je suis passionné par les films qui s'attachent à mettre en scène le “ce qui va advenir”. Pour moi, le “degré zéro” de la mise en scène réside dans le talent, la puissance d'un cinéaste d'inventer des personnages qui attendent, soumis à l'apparition d'un événement dont ils ont créé les conditions mais sans en mesurer toutes les conséquences.

Le cinéma me fascine du fait de cette concentration temporelle qu'est un film, et qui contient une telle quantité d'informations assourdissante, peu commune dans les autres arts. La conjugaison d'un récit, l'articulation de ce dernier au présent grâce à la mise en scène et enfin une sentimentalité directe, je veux dire un impact sentimental immédiat sur le corps, sur la peau, un impact incomparable même par rapport à un livre qui exige d'être abandonné et repris pour sa lecture.

J'ai choisi Falstaff de Welles car ce film décrit la « salle d'attente du pouvoir ». Ce gigantesque bouffon et Henry IV ont les mêmes préoccupations mais l'âge de Falstaff détruit la gémellité des deux personnages. Et la trahison se conjugue avec les affres du temps.

Continental Circus de Jérôme Laperrousaz est hanté par la mort et la musique (composée par le groupe Gong). Ce film m'a donné le sentiment que le rock relevait d'une curieuse dialectique en proposant une accélération de la tradition. C'est un film obsédé par la vitesse, y compris au-delà de l'accident de son héros qui continue d'être vite (comme dirait Duchamp) bien qu'il soit immobilisé.

Objective, Burma! (Aventures en Birmanie) est un chef-d'œuvre sur l'attente. Au terme des trente premières minutes, tout s'arrête et le commando de parachutistes creuse des trous sans que le spectateur comprenne finalement pourquoi. Le film devient alors une sorte d'expérimentation pure du temps dont les enjeux dramatiques se dissolvent.

Dans Silver River (La Rivière d'argent), je suis fasciné par la séquence des billets de banque qui brûlent. C'est un grand film d'attente occupé par l'héroïsme d'un personnage qui se combine, comme toujours chez Walsh, avec la « voyouterie ». La relation égalitaire établie, comme d'habitude chez lui, entre les femmes et les hommes me fait rêver.

Zone grise de Fredi M. Murer : j'ai vu le film quand il est sorti et il m'a paru être un film crucial sur l'attente, cette attente de la surveillance dans une société de contrôle et qui contribue à l'opacité de l'aliénation. C'est un film qui m'a donné un sentiment terrible du manque d'air. Un film sur l'étouffement. J'ai fait plusieurs toiles sur ce thème. »

Jean-Michel Alberola (propos recuillis par Dominique Païni)

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Partenaires et remerciements

Jean-Michel Alberola, Jérôme Laperrousaz, CNC-Archives françaises du film, la Cinémathèque suisse, Filmoteca Española, Warner Bros. Pictures France.