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Roberto Gavaldón

Il a été surnommé le roi du mélodrame mexicain. Cette étiquette hâtive ne définit pas véritablement l’œuvre d’un cinéaste essentiel, peintre des passions et hanté par la mort.

S’il fallait trouver un cinéaste pour démontrer l’inanité du classement des films en genres et donc de la notion de genre elle-même, il serait utile d’examiner en détail l’œuvre de Roberto Gavaldón. Il a été surnommé, entre autres, « le roi du mélodrame mexicain ». Mais il suffit de voir ses films pour se rendre compte que le terme « mélodrame » renvoie moins à un genre cinématographique qu’à une certaine manière de filmer les sentiments, les émotions, les dilemmes insolubles et les relations entre les êtres.

L’homme est né à Jiménez le 7 juin 1909. C’est en s’installant à Los Angeles à la fin des années vingt pour y effectuer des études de dentiste, qu’il entre en contact avec le cinéma. Il travaillera ainsi plusieurs années à Hollywood, notamment dit-on aux côtés du réalisateur Gregory La Cava. Lorsqu’il revient au Mexique en 1932, il devient l’assistant de la plupart des cinéastes importants du début du sonore, puis coréalise quelques titres à partir de 1942. Son premier film, La Barraca, tourné avec des réfugiés de la Guerre d’Espagne, fut un énorme succès qui remporta dix Ariels (l’équivalent des Oscars au Mexique). Ce film lança la carrière d’un cinéaste qui contribua par son œuvre à faire des années 1944 – 1955 l’âge d’or du cinéma mexicain.

Commence en effet, après La Barraca, une série de films qui, tout en participant de ce mouvement que l’on a appelé le mélodrame mexicain, se nourrissaient, a priori, d’atmosphères et de mythes cinématographiques divers. Si La Barraca, Rosauro Castro en 1950, par exemple, sont des récits du monde rural, La Diosa arrodillada (1947) est un drame mondain, La Otra/Double destinée en 1946, En la palma de tu mano/Mains criminelles en 1950, La Noche avanza (1953), des Films Noirs aux accents « siodmakiens », La Escondida (1956), un chapitre révolutionnaire, Rosa blanca (1961) un apologue politique et El Gallo de oro (1964) une fable morale sur les rapports de classe.

Un peintre des passions

C’est d’abord par la peinture de passions extrêmes que se caractérise le cinéma de Gavaldón. Et cette puissance de la passion y est souvent exaltée par une photographie post-expressionniste, tout en contrastes, détaillant un univers sans cesse menacé par une obscurité profonde, notamment lorsqu’elle est signée de génies de la lumière comme Alex Phillips ou Gabriel Figueroa. Le style visuel du cinéaste est d’ailleurs souvent rapidement reconnaissable, privilégiant la profondeur de champ et alternant nudité du décor avec surcharge de celui-ci, comme une plongée dans un monde mental perturbé. Chez Gavaldón, la passion s’éprouve évidemment dans la souffrance. Plus celle-ci sera intense et plus celle-là sera vraie. « Tu souffriras beaucoup avec moi car je ne veux renoncer à rien » promet la demi-mondaine interprétée par Maria Félix à son prétendant, dans Camelia/Passion sauvage. Et c’est parfois à une passion christique que conduit la violence des sentiments, littéralement figurée, dans La Escondida, par la crucifixion sur un cactus de Pedro Armendariz, victime sacrificielle autant de la lutte révolutionnaire contre les hommes de Porfirio Diaz que de la trahison de la femme qu’il aime.

La passion chez Gavaldón ne se distingue pas toujours de l’obsession, comme dans La Diosa arrodillada qui, à bien des égards, annonce le El de Buñuel avec le récit de ce grand bourgeois qui impose à sa femme une sculpture dont sa maîtresse fut le modèle. Le même sentiment d’une obsession tournant à la névrose s’affirme dans En la palma de tu mano, où le manipulateur devient un jouet entre les mains de la femme qu’il voulait escroquer et qui le contraint à un calvaire dont il semble éprouver une jouissance masochiste.

Volonté ou fatalité ?

La question du choix est fréquemment posée dans les films de Gavaldón. Lorsque le héros n’est pas un homme pris entre deux femmes (La Diosa arrodillada, En la palma de tu mano), il doit parfois prendre des décisions qui engagent le sens de sa propre existence et souvent, il le fait trop tard. L’action humaine est ainsi toujours située à une place indécidable, entre la fatalité et le libre arbitre. Mais l’œuvre de Gavaldón est hantée par la mort, preuve ultime de la vérité des sentiments. La maîtresse du héros de La Diosa arrodillada retourne vers son amant lorsqu’elle découvre que celui-ci a tué pour elle. Le scandale ontologique et métaphysique de la mort d’un enfant bouleverse la vie de certains personnages qui voient leur univers basculer (le héros de La Barraca devient soudain l’objet de la pitié des villageois longtemps ligués contre lui) ou bien le signal d’une exigence de rédemption possible quoique trop tardive (Rosauro Castro).

Mais c’est sans doute dans la peinture de personnages complexes que se distingue le cinéma de Gavaldón. Les héros de ses films sont rarement des personnages positifs, rarement aussi des êtres totalement noirs. Marcus, le joueur de pelote basque, cynique et séducteur, incarné par Pedro Armendariz de L*a Noche avanza* est autant bourreau que victime, impitoyable et traqué. Le tyran local Rosauro Castro (encore Armendariz) dans le film éponyme est brutal mais charismatique. Il sera lui-même tardivement touché par le doute. Il y a une réversibilité qui caractérise de nombreux personnages du cinéma de Gavaldón et qui tient aux faits que leurs qualités et leurs défauts, humains, psychologiques et moraux, loin de s’annuler, s’additionnent.

Jean-François Rauger

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