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Pierre Lhomme, ou le chemin de la lumière

Après Giuseppe Rotunno et Raoul Coutard, c’est à Pierre Lhomme que rend hommage la Cinémathèque française. Comme une manière d’entrer dans le cinéma, non par la porte des réalisateurs, mais par la plus belle des fenêtres : celle de la lumière. Voie royale de ceux qui « fabriquent » la lumière des films. Pierre Lhomme a été un des plus grands directeurs de la photographie du cinéma français durant les quatre dernières décennies. Son parcours est passionnant à suivre, depuis ses années de formation dans les années cinquante à l’École Louis Lumière (dite alors « École Vaugirard » parce qu’installée dans la rue du même nom à Paris). Ses maîtres se nomment alors Henri Alekan, Nicolas Hayer, et surtout Ghislain Cloquet. Ce dernier n’est son aîné que de quelques années, mais il lui montre la voie. Cloquet est né en 1924, Lhomme en 1930 : moins d’une demi-génération sépare ces deux hommes. Cloquet a travaillé aux côtés de Jacques Becker sur Le Trou, le dernier film (magnifique) du cinéaste (1960). Il enchaîne avec le premier film de Claude Sautet, Classe tous risques (même année). Sa carrière le mènera jusqu’à Tess de Roman Polanski, un de ses derniers films. Cloquet disparaît jeune, en 1981, à l’âge de cinquante-sept ans. Pierre Lhomme apprend auprès de Cloquet la rigueur du métier, le sens de l’artisanat, le travail en équipe, le partage des rôles entre le cameraman et le directeur de la photographie, leur nécessaire complicité. Il mettra toute son énergie à perpétuer ces valeurs à l’intérieur d’un cinéma français en plein chambardement, bousculé par l’effet Nouvelle Vague.

Au début des années cinquante, Pierre Lhomme fait son service militaire en Allemagne, devient copain avec Jean-Claude Brialy et Charles Bitsch, futur assistant de Godard et de Chabrol, auteur d’un seul film : Le Dernier Homme tourné en 1968. Ses débuts au cinéma coïncident avec ceux d’Alain Cavalier, dont il éclaire le court-métrage de fin d’études à l’IDHEC : L’Américain (1958), avant de collaborer à son premier long métrage : Le Combat dans l’île (1962). Cavalier et Lhomme se retrouveront sur Mise à sac (1967) et La Chamade (1968). L’aventure professionnelle de Lhomme se place également sous le signe de la politique et de l’engagement. Viscéralement anticolonialiste, Pierre Lhomme est militant au tout début des années soixante. Sa collaboration avec Chris Marker en atteste ; les deux hommes coréalisent Le Joli Ma*i (1962), se retrouveront en 1968 sur À bientôt j’espère* (réalisé par Marker et Mario Marret), plus tard sur La Solitude du chanteur de fond (1974). Aujourd’hui encore, Marker et Lhomme se voient régulièrement, discutent du cinéma et des nouveaux outils liés au cinéma numérique…

Au début des années soixante, lorsque Lhomme commence sa carrière de directeur de la photographie, les techniques de prise de vue évoluent, les pellicules deviennent plus sensibles, tandis que l’économie des films devient aléatoire, sinon capricieuse. Pierre Lhomme saura s’adapter, passant de films fauchés (La Maman et la Putain, ou encore Une sale histoire de Jean Eustache, les films de Marguerite Duras : Les Mains négatives, Le Navire Night, ou encore Aurélia Steiner), à des films plus somptueux tels que L’Armée des ombres de Jean-Pierre Melville, Le Sauvage et Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau, ou encore Camille Claudel de Bruno Nuytten. De même, il alterne le noir et blanc (les films de Marker, les premiers films d’Alain Cavalier, jusqu’à La Maman et la Putain) et la couleur.

La Maman et la Putain, justement : un des films les plus essentiels du cinéma français des quarante dernières années. Voici ce qu’en disait Eustache : « J’ai fait La Maman et la Putain en un temps minimum : quatre semaines de tournage pour un film de 3 heures 40, c’est-à-dire à peu près douze à quinze minutes utiles par jour. […] Les premiers jours du tournage, j’arrivais le matin avec une inquiétude incroyable, je ne dormais pas, je réfléchissais toute la nuit – comment je vais tourner ça – et je n’arrivais pas à trouver de réponse. De la même façon, il n’y avait pas beaucoup de décors, mais je ne les connaissais pas. Il fallait tourner très vite, c’était la condition. Je connaissais quand même le scénario très bien, presque par cœur, et tous les matins je disais à Pierre Lhomme : « Bon, regarde ce qu’il y a à faire, comment crois-tu qu’on peut faire ? », mais il connaissait moins bien le scénario que moi, forcément, il avait besoin de se tremper un petit peu dans la lecture pour résoudre quelques problèmes. Moi, je connaissais trop le scénario pour les résoudre clairement. Alors je me jetais pratiquement à l’eau à chaque séquence. Je crois que pour ce film-là, j’ai pratiquement tourné neuf plans sur dix sans savoir où le plan finirait et où je raccorderais le suivant. Les premiers jours, ça m’a donné une inquiétude incroyable, et le tournage avançait quand même, on ne perdait pas de temps. On n’a pas perdu une heure, jamais. » Ce propos précis et lucide de Jean Eustache laisse entrevoir ce que dût être la nécessaire complicité avec Pierre Lhomme, son chef op’ sur le film.

Pierre Lhomme sera le directeur de la photographie de Jean-Paul Rappeneau, dès son premier film : La Vie de château (1966) ; puis ce sera Le Sauvage (1974), Tout feu, tout flamme (1981) et Cyrano de Bergerac (1990). Cavalier, Rappeneau, Philippe de Broca (Lhomme sera le directeur de la photo du Roi de cœur, 1967) : il se dessine là sinon une bande, comme celle de la Nouvelle Vague, mais un groupe d’amis ayant tissé des liens fidèles. Deux expériences vont profondément marquer le travail de Pierre Lhomme, celle avec Melville, puis celle avec Robert Bresson : L’Armée des ombres (1969) et Quatre nuits d’un rêveur (1971). « A la fin de L’Armée des ombres, j’en avais tellement vu de toutes les couleurs que je pensais que mon apprentissage était terminé, alors que j’étais chef-opérateur depuis environ huit ans ! Grâce à Jean-Pierre Melville, j’ai fait un vrai bond qualitatif dans mon travail cinématographique. Nous étions devenus très amis pendant le tournage, quand ça allait il m’appelait Pierre, sinon il m’appelait Monsieur Lhomme. Ça faisait assez « vieux coq » et « jeune coq » ! Il n’a pas cessé de me demander des choses nouvelles pour moi, j’ai vécu une mise à l’épreuve quotidienne. » Récemment, Lhomme a participé à la restauration de L’Armée des ombres initiée par Studio Canal et les Archives françaises du film–CNC. « Le négatif était dans un état pitoyable. Il a subi diverses avanies : rayures, manques d’images, perforations éclatées, décoloration. Pour reconstituer un élément interpositif à partir duquel on ferait la numérisation, il a fallu retrouver des éléments de toute origine. Les infographistes et les étalonneurs du laboratoire Eclair ont fait un travail remarquable pour reconstituer les images. » Pris de passion par ces travaux de restauration d’un chef d’œuvre du cinéma, Pierre Lhomme s’est remis au travail, avec une exigence incroyable, et un souci de perfection qui le caractérise.

Dans sa filmographie, des noms apparaissent, qui jalonnent un parcours aventureux, fait de rencontres et de curiosité. Ainsi, le premier film réalisé par Patrice Chéreau, La Chair de l’orchidée (1974), dont la lumière est splendide. Quatre ans plus tard, ce sera Judith Therpauve, sans doute à revoir. D’autres cinéastes au trajet insolite croiseront Pierre Lhomme sur leur chemin, comme Jean-François Adam et l’étrange et beau Retour à la bien-aimée (avec Isabelle Huppert et Jacques Dutronc, 1979), ou Daniel Duval (L’Ombre des châteaux, 1976). Cette trajectoire de la lumière, sobre et sophistiquée, attentive aux personnages et à leur psychologie, fera faire à Pierre Lhomme de belles rencontres – je pense aussi à Dites-lui que je l’aime de Claude Miller (1977), d’après Patricia Highsmith, avec Depardieu, Miou-Miou et Dominique Laffin. Il faudrait également citer Benoit Jacquot, Jacques Doillon, William Klein, Francis Girod, Bertrand Blier, James Ivory… Pierre Lhomme aura traversé le cinéma français de part en part, contribuant à éclairer avec un talent incroyable plusieurs dizaines de films qui dessinent une incroyable aventure cinématographique.

Serge Toubiana

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