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Directeur de l’unité Fiction d’Arte pendant les années 1990, producteur entre autres de la série « Tous les garçons et les filles de leur âge », Pierre Chevalier a ouvert la télévision à des réalisateurs confirmés ou naissants : Olivier Assayas, Claire Denis, Cédric Kahn, Pascale Ferran… Mais c’est tout le cinéma hexagonal, et au-delà, qui a su profiter de cet appel d’air. Pierre Chevalier ou l’avènement d’une génération de cinéastes.

Pierre Chevalier, l’homme des possibles

Si on devait élire, parmi les trois cents films qu’a mis en œuvre Pierre Chevalier, le titre qui définit le mieux les douze années durant lesquelles il a occupé le poste de responsable de la fiction à La Sept/Arte, ce serait celui de Pascal Ferran, L’Âge des possibles. Quels furent donc ces possibles ? Des possibilités de tourner d’abord, pour des centaines de cinéastes talentueux, confirmés ou débutants, qui ont trouvé dans l’économie d’un téléfilm de quelques millions de francs en moyenne, une légèreté, une liberté, leur permettant de décocher parfois leur plus beau film (ce fut le cas pour André Téchiné, Patricia Mazuy, Claire Denis, Cédric Kahn…), parfois un de leurs plus grands succès (Marius et Jeannette de Robert Guédiguian). Et ce faisant de rendre possible ce qui jusque-là paraissait bien improbable : que la télévision devienne un des espaces de création les plus féconds du cinéma français.

En avant, jeunesse !

Cette conjonction des possibles a eu son âge que, a posteriori, il est tentant de qualifier d’âge d’or : les années 90. Cette décennie a eu ceci de particulier : l’industrie du cinéma ne s’y portait pas très bien. La fréquentation en salles touchait un plancher alarmant (en-dessous des deux cents millions de tickets vendus par an), la part de marché du cinéma français était décroissante, le cinéma commercial national était fortement touché. Mais cette berne de l’industrie, paradoxalement, a accouché d’une vitalité inouïe pour le jeune cinéma français, favorisé par une politique culturelle tournée vers le renouvellement (création quelques années plus tôt de La Fémis, création d’une avance sur recettes spécifique aux premiers films…). Le grand talent de Pierre Chevalier est d’avoir su faire d’une chaîne elle-même toute jeune, Arte (inaugurée en 1992), une caisse de résonance particulièrement percutante de ce renouvellement propre à cette décennie. Puis, à partir de l’énergie transmise par ces jeunes cinéastes, de tracer un cercle, comprenant des cinéastes plus installés, plus confirmés, mais dont le cinéma prenait soudain un élan nouveau.

La jeunesse, cet âge absolu des possibles, Pierre Chevalier a choisi d’en faire le motif principal des deux collections qu’il lance dès les premières années de sa prise de fonction : « Tous les garçons et les filles de leur âge » et « Les années lycée ». La première, développée avec la productrice Chantal Poupaud, est un véritable coup de maître. Quasiment tous les réalisateurs invités à se pencher sur la fin de leur adolescence y ont livré un de leurs plus beaux films. Trois d’entre eux connaîtront, dans une version plus longue, une distribution en salles (L’Eau froide d’Olivier Assayas, Trop de bonheur de Cédric Kahn et Les Roseaux sauvages qui vaut à André Téchiné une razzia aux César). Portrait d’une jeune fille à Bruxelles à la fin des années 60 de Chantal Akerman, US Go Home de Claire Denis et le foudroyant Travolta et moi de Patricia Mazuy sont des réussites éclatantes, comptant parmi les plus beaux films de l’époque. Conçu dans la foulée, avec un cahier des charges proche, « Les années lycée » ne comporte pas d’aussi fulgurantes réussites, mais tout de même un très gros succès de box-office pour l’un d’entre eux : Le Péril jeune de Cédric Klapisch (cette double vie des films, diffusés sur Arte et exploités en salles devenant avec les années une des caractéristiques des fictions Arte — une transgression à l’usuelle chronologie des médias qui n’a pas manqué de soulever des discussions houleuses dans la profession). Dans les années qui suivent, ce motif du roman d’apprentissage restera un fil rouge de la politique éditoriale de la chaîne. Et certaines œuvres unitaires signées par Philippe Faucon (Muriel fait le désespoir de ses parents), Pascale Ferran (L’Âge des possibles, conçu avec les élèves comédiens de l’École d’art dramatique de Strasbourg) ou Noémie Lvovski (Petites, qui donnera le long métrage La Vie ne me fait pas peur) trouveraient parfaitement leur place dans « Tous les garçons et les filles… ».

Fictions sans frontières

Mais ce n’est pas seulement la régénération du cinéma français d’auteur jusqu’à l’aube du XXIème siècle qu’a accompagnée le mandat de Pierre Chevalier. Il a su aussi opérer un tour d’horizon d’une grande diversité en direction des cinématographies étrangères, jusqu’aux plus mal connues. C’est l’objectif très concerté de « L’an 2000 vu par… », dix films scrutant les angoisses millénaristes à travers quatre continents. La Hongroise Ildiko Enyedi, le Canadien Don McKellar, le Brésilien Walter Salles, le Taïwanais Tsai Ming-Liang (la version longue de Dernière danse, sous le titre The Hole, connaîtra les honneurs de la compétition cannoise) ont œuvré, entre autres, à cette cartographie. Quelques années plus tard, la collection « Regards noirs d’Afrique et des Antilles » réunit des films du Mauritanien Abderrahmane Sissako, du Guinéen Gahité Fofana ou du Tchadien Issa Serge Coelo. Enfin du splendide Mercedes à La Porte du soleil, en passant par La Ville, la chaîne n’a cessé d’accompagner l’œuvre de l’Égyptien Yousri Nasrallah.

Pierre Chevalier aimait réunir les cinéastes autour d’un cahier des charges commun. Il y eut beaucoup d’autres collections : « Gauche/Droite » (avec Tonie Marshall, Dominique Cabrera, Sébastien Lifshitz…), « Masculin/Féminin » (avec Catherine Breillat, Mathieu Amalric, Laurence Ferreira Barbosa…). Pourquoi un tel esprit de collection ? Les collections de Pierre Chevalier ont eu les mérites conjugués de précéder le désir des cinéastes, de les mettre au travail en court-circuitant la pesanteur du financement des long métrages d’auteurs en France, et par une subtile maïeutique de les faire enfanter de certains de leurs films les plus inspirés et personnels dans le cadre faussement contraignant d’une commande. Ainsi, de commandes en commandes, passées aux meilleurs cinéastes français, le service Fiction de la Sept/Arte, sous l’impulsion de ce David Selznick post-Nouvelle Vague, a retrouvé quelque chose de l’esprit des grands studios, acclimaté à l’artisanat aussi modeste que précieux de l’art et essai français, le tout dans le cadre d’une télévision binationale. Un montage très bizarre donc, unique, une utopie réalisée laissant derrière elle de véritables joyaux.

Jean-Marc Lalanne

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