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Depuis le début des années 2000, une nouvelle génération de cinéastes chinois a jeté un regard précis sur la réalité contemporaine d’une Chine en pleine transformation. Aidés des nouvelles technologies numériques, des réalisateurs indépendants ont inventé des façons radicales de restituer une image plus juste de la société chinoise. Trente films pour un regard nouveau.

La 6ème génération

L’année 2000 commença sur les chapeaux de roue. Au bord de la Rivière Suzhou, dans un mélange de néoréalisme, de recherche formelle, d’atmosphère de film noir et d’emprunts à la pop-culture occidentale, un jeune acteur, Jia Hongsheng, s’imposait dans le rôle taciturne d’un loulou en proie à une obsession amoureuse. À ses côtés, la sublime Zhou Xun entamait sa carrière de déesse de l’écran. C’était, avec la découverte d’un cinéaste, Lou Ye, celle d’un nouveau « ton » dans le cinéma indépendant chinois.

2001 réservait d’autres surprises, telle que l’arrivée de réalisatrices dans les rangs de la Sixième Génération. Emily Tang tourne Conjugaison, sur un groupe de jeunes Pékinois ayant survécu à la militance, aux espoirs et à la répression de la Place Tian’anmen. Fish and Elephant de Li Yu brise un tabou en filmant deux femmes qui s’aiment. Décriminalisée en 1997, l’homosexualité venait d’être retirée de la liste des « maladies mentales » par le Ministère de la Santé, ce qui n’avait atténué ni préjugés sociaux, ni l’opposition des familles. Toujours en 2001, L’Orphelin d’Anyang de Wang Chao étonnait par la force de sa mise en scène et sa hardiesse à montrer une population marginalisée (prostitution, chômage). Jia Hongsheng jouait son propre rôle dans Quitting de Zhang Yang, qui mettait en scène sa lutte contre la dépendance.

Révolution numérique

Au même moment, une révolution se préparait. Les premières caméras numériques arrivent en Chine en 1998. Jia Zhangke pressent l’importance des nouveaux médias et s’en fait le champion. En 2001, il réalise un court métrage numérique, In Public ; puis, dans la même ville de Datong, il enchaîne sur Plaisirs Inconnus tourné en dix-neuf jours, improvisant avec les acteurs dans de longs plans-séquences. Il se dote de structures de production, Hu Tong Communications, puis Xstream, pour ses propres films ainsi que pour les œuvres de jeunes cinéastes (Han Jie, Song Fang, Ling Quan, Emily Tang, etc.) auxquels il prête généreusement son expertise et ses collaborateurs artistiques.

Mobiles, légères, presque invisibles, les caméras numériques permettent de filmer dans les endroits les plus difficiles ou les plus reculés – que ce soit un appartement exigu (Oxhide de Liu Jiayin), ou des contrées montagneuses (La Môme Xiao de Peng Tao ; Single Men de Hao Jie ; Egg and Stone de Huang Ji). Le cinéma indépendant sort des centres urbains, et explore la diversité géographique, culturelle et ethnique du pays. Le socialisme se combine à un capitalisme agressif ; l’écart des revenus n’a jamais été aussi grand, l’exode rural est phénoménal, une classe urbaine se développe ; les industries lourdes ferment leurs usines ; la Chine se peuple de paysans expropriés, de travailleurs migrants, de travailleurs du sexe, se couvre de ruines et de chantiers causés par la spéculation immobilière. Témoins de ces mutations, les jeunes cinéastes utilisent leurs petites caméras pour montrer des « images interdites » ou pour pratiquer un art de l’opposition, telle l’œuvre de Cui Zi’en, le « parrain du cinéma queer chinois » qui, de 2001 à 2009, réalisa une quinzaine de longs-métrages tournés pour environ 5000 euros chacun.

La dérégulation des structures de production est aussi cause de ce foisonnement. Les films sont souvent d’inspiration néoréaliste, qui s’ourle parfois d’une touche de folie, de surréalisme ou d’humour noir. Les réalisateurs les plus ambitieux explorent le langage cinématographique : plans frontaux sans contrechamp pour Liu Jiayin, Ying Liang (The Other Half) et Pema Tseden (Le Vieux Chien) ; travail d’improvisation pour Hao Jie ; compositions formelles pour Liu Hao (Two Great Sheep) et Huang Ji ; narration éclatée pour Cai Shangjun (People Mountain People Sea) ; fine ligne de démarcation entre cinéma d’auteur et cinéma populaire pour Zhang Meng (The Piano in a Factory). Ou ils travaillent à renouveler des genres traditionnels, comme Xu Haofeng et ses films d’arts martiaux élégants et minimalistes (The Master). Des chefs opérateurs (Gu Changwei avec Paon), des scénaristes (Cai Shangjun ; Diao Yinan avec Uniform) ou des artistes de théâtre (Zhang Yang) font des films. Modernisé, l’appareil de censure continue de jeter son ombre, créant trop souvent un no man’s land juridique pour les créateurs.

Trajets singuliers

De ce kaléidoscope, nous avons isolé des trajets singuliers, privilégié l’éclosion de carrières, suivi une certaine approche de la mise en scène. Il a fallu se limiter aux cinéastes ayant débuté après 1994, éliminer le documentaire ainsi que, sauf exceptions, les cinéastes travaillant dans des structures commerciales.

Ce cinéma a souvent recours à des non-acteurs ou à des « gueules » comme Wang Hongwei ou Han Sanming, révélés par Jia Zhangke, ou mèle acteurs et non-acteurs : Degena Yun joue « la fille » dans A Simple Goodbye, et confie le rôle de ses parents à des acteurs mongols chevronnés. Mais il a aussi consacré une nouvelle génération d’acteurs. Certains comédiens deviennent cinéastes, comme Xu Jinglei, icône de « la nouvelle génération urbaine » au cinéma et à la télévision, qui fait son premier film en 2003 puis réalise Letter from an Unknown Woman, jouant l’héroïne face à un autre monstre sacré, Jiang Wen. Révélé au public occidental par Le Sorgho rouge de Zhang Yimou, Jiang Wen passe à la réalisation en 1994 avec Des Jours éblouissants et prend le contre-pied des idées reçues sur la Révolution culturelle en s’inspirant de l’écrivain « hooligan » Wang Shuo. Il renouvelle (non sans risques) l’insolence en faisant de l’humour noir sur l’occupation japonaise dans Les Démons à ma porte, célébré à Cannes ; puis s’implique dans un surréalisme lyrique avec Le soleil se lève aussi ; et réalise une comédie d’action, Let the Bullets Fly, qui fait un tabac en Chine. Inclassable, rebelle, charismatique, Jiang est à la fois un cinéaste commercial et un auteur singulier qui aura marqué son époque.

L’un des traits saillants de ces quinze dernières années furent les « ponts » établis entre le cinéma et un monde de l’art en plein essor. Artiste contemporain d’importance majeure ainsi que réalisateur, cinéphile, amoureux de l’argentique, Yang Fudong a accepté le défi de passer en boucle une de ses installations, New Women, dans la salle Jean Epstein de la Cinémathèque.

Bérénice Reynaud

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Dans les salles

Films, rencontres, conférences, spectacles

Du 11 janvier au 20 février 2017

Les films

Hommage à Jiang Wen

Carte blanche à Jia Zhangke

Rencontres et conférences

Lundi
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Partenaires et remerciements

Parrain de la manifestation : Jia Zhangke ; Conseillère à la programmation : Isabelle Glachant ; Assistante de programmation : Jenny Man Wu, avec la collaboration de Li Shanshan et de Luna Teng.
Ad Vitam, Aramis Films, China Film Archive, Diaphana Distribution, Emperor Motion Pictures, Galerie Marian Goodman, Golden Harvest, Golden Network, Heaven Picture, Hong Kong International Film Festival, Icarus, Les Films du Paradoxe, Pretty Pictures, Sony Pictures USA, Xstream Pictures, Zootrope Films.
Livia Bloom ; Gilles Boulenger ; Raphaële Coutant (Galerie Marian Goodman) ; Raymond Hau (Anglo Alliance Co, Ltd) ; Lorenz Helbling, Fay Yeong (Shanghart Gallery) ; Jihye Kuem, Yumi Choi (Jeonju International Film Festival) ; Albert Lee, Catherine Chau, May Yip (Emperor Motion Pictures) ; Cheng-sim Lim ; Justine O ; Erik Siao ; Michael Werner ; Katja Wiederspahn (La Viennale ); Zhang Lan (Cinémathèque de Pékin) ; Patrick Zhu.

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Sens Critique