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Au pays de Juliet Berto

Dans le scénario de La Chinoise, ces quelques lignes : « Yvonne (Juliet Berto) représente la classe paysanne. Montée à Paris pour faire des ménages, elle a échoué dans la prostitution dont Henri et les autres ont du mal à la sortir. Elle s’occupe des travaux domestiques et de la cuisine ». Henri, dans le film de Godard, c’est Michel Semeniako, défini dans le scénario comme « le plus scientifique du groupe puisqu’il travaille dans un institut de logique économique. » Le point commun entre Juliet Berto et Michel Semeniako est qu’ils étaient tous deux de Grenoble. Michel Semeniako était photographe, membre actif du ciné-club universitaire, où Godard fut accueilli en 1966 pour présenter Masculin féminin. Godard y croisa pour la première fois Juliet Berto, et lui confia un petit rôle dans Deux ou trois choses que je sais d’elle : la fameuse scène de bistrot, longue d’une douzaine de minutes, où l’on aperçoit parmi les figurants Helen Scott, l’amie de Truffaut (elle lui servit d’interprète lors des fameux entretiens avec Hitchcock, réalisés en août 1962 à Los Angeles), en train de jouer au flipper.

Dans la vie, Juliet Berto n’était pas une paysanne mais une fille de la ville. Moderne, rieuse, moqueuse, impulsive. Elle avait le désir de jouer la comédie, et la proposition de Godard arriva à point nommé. Cela fait vingt ans que Juliet Berto n’est plus. A sa mort, j’avais écrit ces lignes dans l’émotion et le souvenir très vif de sa perte. Vingt ans après, le souvenir est intact.

« Elle était au centre d’une tribu qu’elle s’était constituée elle-même où, de Godard à Rivette, de Glauber et Marker à Ivens, de Jean-Henri Roger à Willy Lubtchansky, de Maneval à sa nièce Fred, de Brialy à Bohringer, d’Yves Simon à Patrick Chesnais, sans oublier sa sœur Moune, Stévenin et d’autres que je ne connais pas, qui tous se raccrochaient comme les maillons d’une chaîne infinie. Une chaîne de solidarité, d’affection à fleur de peau et à fleur de langage.

Une chaîne musicale également, métissée et rythmique. Cette femme, belle avec sa moue, sa bouche enfantine, sa voix rauque et ses tonalités « blues », était un trait d’union entre l’univers romantique des vieilles chansons de Damia (Juliet venait de terminer un film sur elle) ou Piaf, et les musiques africaines, brésiliennes ou antillaises d’aujourd’hui qu’elle avait dans la peau. Elle était le voyage même, une figure d’astre émanant d’un corps minéral, que Rivette sans doute avait le mieux captée (Céline et Julie vont en bateau). Du sang d’ailleurs coulait dans ses veines, qui faisait qu’elle était réceptive à toutes les douleurs, les révoltes ou les cris de ce monde, sans en faire une « pétroleuse » ou une militante au discours figé. Car ce qui dominait en elle, c’était une capacité d’écoute, un goût inné pour le trip, une façon de rendre poétique le langage de tous les jours, une énergie farouche, une ironie grave qui lui permettait d’étouffer en elle les cris, les coups de griffes qu’elle aurait jetés instinctivement contre les faux-semblants, la tentation morbide et les mystifications.

Neige, Cap Canaille qu’elle réalise avec Jean-Henri Roger, puis Havre qu’elle assume seule, portent les traces de ces petites alliances tissées, métissées, avec leurs personnages d’enfants perdus (dont elle était) en but aux trafics, aux mensonges et aux complots, anges désespérés de ne pouvoir s’envoler, vieux sage magicien (Joris Ivens dans Havre) sorti d’un conte pour enfants. Voilà. Le chemin de Juliet s’est arrêté net, laissant les autres un peu plus seuls, sans celle autour de qui s’agglutinaient tous ceux qui ne veulent pas tourner le dos au soleil. »

La Cinémathèque montrera quelques films, pas tous, qui sont comme des pierres posées sur le chemin, la trace de cette actrice solaire et unique.

Serge Toubiana

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Du 10 au 21 novembre 2010

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