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Apparition fugace dans le Blow Up d’Antonioni tourné en Angleterre, Jane Birkin entre dans le cinéma français à la toute fin des années 60. Son parcours mêle avec aisance comédies populaires et cinéma d’auteur. Égérie de Serge Gainsbourg, elle fut aussi la muse de Jacques Doillon et Jacques Rivette, mêlant humour et gravité dans ses plus beaux rôles.

À la grâce de Jane

Faire le portrait de Jane Birkin est un exercice difficile que d’aucuns ont déjà réussi brillamment, qu’il s’agisse bien sûr d’Agnès Varda et de son beau film malicieux (Jane B. par Agnès V.) dans lequel la cinéaste émet une première définition de la chanteuse, comédienne et réalisatrice (« la rencontre sur une table de montage d’une Androgyne ludique et d’une Ève en pâte à modeler »), ou encore sur un mode taquin, le groupe français Mickey 3 D et sa chanson Je m’appelle Jane, interprétée en duo : aux questions volontairement clichés du chanteur Mickaël Furnon (« c’est quoi ce vieil accent que tu traînes ? »), Jane y répond en vrac qu’elle est « gamine, caline, maligne, sensible ou fragile ». De nombreux adjectifs qui définissent autant la personne que la comédienne, qu’on a tendance à nommer tout simplement JANE tant elle nous semble familière.

Dans les années 70, sa popularité en France grandira aussi vite qu’intense restera le souvenir de son inconfort dans son pays natal, l’Angleterre, au début des années 60. En cause, notamment, son passage éclair dans Blow Up de Michelangelo Antonioni en 1966 (« Mini scandale parce que j’étais à poil pendant vingt secondes, scandale de poil, quoi ! » rappelle-t-elle dans Jane B. par Agnès V.). Son premier film dans la langue de Molière, c’est Slogan (1968) de Pierre Grimblat, dans lequel elle partage l’affiche avec Serge Gainsbourg. Impossible de déceler la mésentente qui prévalait alors entre eux initialement pendant le tournage, si l’on se souvient de ce bel échange de regards longs et chargés de désir lors d’une scène de fin de déjeuner.

Signalement yeux bleus / cheveux châtains / Jane B. / Anglaise / Sexe féminin (1)

Gainsbourg-Birkin, une histoire d’amour commence parallèlement à un cheminement artistique dont Je t’aime moi non plus (1975) restera l’apogée cinématographique. Gainsbourg y met en scène une Jane B. à la silhouette totalement androgyne, aux cheveux très courts, prise pour un garçon par le protagoniste principal, incarné par Joe d’Alessandro. Dans cette tragédie moderne, Johnny (c’est le nom de son personnage) est mutique, malmenée, et très souvent nue. Elle nous rappelle que Jane au cinéma est alors un corps érotisé, raffiné, presque un symbole sexuel si l’on se souvient aussi du personnage de Pénélope dans La Piscine (1968) de Jacques Deray ou des scènes d’orgie de Cannabis (1969) de Pierre Koralnik.

Mais l’image sexy de Jane B. se double aussi de celle d’ingénue rigolote, vive et fantasque dans les comédies à succès de Claude Zidi avec Pierre Richard (La Moutarde me monte au nez, La Course à l’échalote) en 1974-75, ou de Patrice Leconte un peu plus tard (Circulez y’a rien à voir, 1983). À cette époque, la filmographie de Jane B. est également émaillée de curiosités et de raretés dont la rétrospective de la Cinémathèque se fera l’écho. Le Diable au cœur (1975) de Bernard Queysanne par exemple, dans lequel la comédienne joue un contre-emploi grave et déconcertant (« je n’ai jamais vu (…) un visage exprimer aussi intensément la panique » dira d’elle à la sortie Georges Franju !), ou encore un peu plus tôt (1971), 19 filles et un marin de Milutin Kosovac, superproduction yougoslave d’époque où l’infirmière Birkin rencontre un matelot aux traits de Serge Gainsbourg ! Les deux adaptations cinématographiques d’Agatha Christie signées John Guillermin et Guy Hamilton permettent à Jane B. d’amorcer un tournant inattendu, en femme de chambre qui pleure (bien avant le cinéma de Doillon !) dans Mort sur le Nil (1977), ou en s’enlaidissant dans Meurtre au soleil (1981).

« Tu as remplacé ma gueule par une paire de fesses ! », s’insurge Liz, épouse délaissée du peintre Frenhofer (Piccoli) dans La Belle Noiseuse. Le modèle préféré sera désormais Marianne/ Emmanuelle Béart. Un peu comme si aussi à cette époque (1991) et même bien avant, Jane B. nous dévoilait désormais plus son âme que son corps.

Dans les années 80, Jane B. rencontre les deux Jacques. Doillon et Rivette. Pour eux, elle va révéler peut-être sa vraie nature, inquiète, fragile et mélancolique en jouant des femmes au cœur battant, parfois hantées par trop d’amour. On n’avait peut-être alors pas mesuré aussi précisément au cinéma cette douceur fêlée qui émanait de Jane. Dans L’Amour par terre (Rivette), La Fille prodigue (Doillon), La Pirate (Doillon) ou La Belle Noiseuse (Rivette), Jane incarne des personnages dont le sourire parfois trop vif cache des douleurs intimes. Dans Daddy Nostalgie aussi, le film de Bertrand Tavernier (1990) où dans un même plan, au chevet de son père, elle peut passer de la gaité à la mélancolie.

Pourquoi la grâce de toi / Me frappe, ensommeillée ce soir ? (2)

Ses personnages de cinéma, ses chansons, sa présence constante dans le paysage artistique français depuis quarante ans ont aussi rendu la femme très proche de nous. Se replonger dans ses rôles donne à chaque fois l’impression de la connaître intimement. Comme si chacun d’entre eux était la pièce d’un puzzle à composer soi-même. Cette familiarité s’ancre aussi par des détails de jeu. Les fous rires de son personnage Emily bien sûr quand elle se moque de Roquemaure, l’auteur de la pièce qu’elle joue dans L’Amour par terre, des gestes, cette façon de se passer la main dans le dos pour se rafraîchir ou des intonations, quand elle répète à haute voix « à pas de loup, à pas de loup » (le tout dans ce même film de Rivette). Dans La Fille prodigue ou La Belle Noiseuse, ses instants d’abandon sont criants de justesse. Apparaît alors pour le spectateur un sentiment trouble où se mêlent fiction et documentaire, frontière avec laquelle Jane B. a souvent flirté. Une limite qu’on retrouve justement dans Boxes, sa réalisation autobiographique, dans lequel elle revisite sa vie, ses amours et ses enfants, ou encore dans les documenteurs d’Agnès Varda bien sûr (rappelons-nous ce singulier échange de regards en champ contre champ entre la fille et sa mère, Judy Campbell, actrice elle-aussi, dans Kung Fu Master).

Revoir les films de Jane B. aujourd’hui, c’est aussi se dire que ça fait longtemps qu’on ne l’a pas vue au cinéma, et qu’à l’instar de l’une de ses chansons récentes (1), cette absence nous rend mélancolique de sa grâce toujours présente.

Trop faible pour nager / Au contre-courant la vie envoie des vagues / Imprévues de mélancolie (2)

Bernard Payen

(1) Jane B., extrait de l’album Jane Birkin-Serge Gainsbourg (1969)
(2) À la grâce de toi, extrait de l’album Enfants d’hiver (2008)

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