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The Assassin, Prix de la mise en scène lors du festival de Cannes 2015, marque le grand retour de Hou Hsiao-hsien après huit ans d'absence. Figure emblématique de la Nouvelle Vague taïwanaise dès les années 1980, il est devenu un modèle pour les jeunes cinéastes chinois marqués par ses œuvres majeures : Les Garçons de Fengkuei, Millenium Mambo, Les Fleurs de Shanghai, Un Temps pour vivre, un temps pour mourir.

Nos années-lumière

Ce que les films de Hou Hsiao-hsien creusent en nous d'indélébile, de perpétuellement vibrant, de primitif et de déchirant, leur empreinte la plus persistante, c'est la lumière. Essayez donc de les résumer, de les raconter, d'en retracer le scénario : c'est impossible, ils vous filent entre les doigts. En revanche, décrivez les jours éclatants qui, à la campagne, se déversent dans les intérieurs comme une solution lactée (Poussières dans le vent, 1986), la lanterne qui, en pleine nuit, déchire les ténèbres d'un foyer incandescent pour caresser les visages d'un liseré vacillant (La Cité des douleurs, 1989), la balafre des néons qui quadrillent la blême indifférence de l'espace urbain (Millenium Mambo, 2001), ou la lourde vapeur mordorée d'un boudoir où stagnent les effluves d'opium (Les Fleurs de Shanghai, 1998) : alors, les films vous reviennent d'un seul bloc. Ici, la lumière ne sert pas seulement à « éclairer », comme une vulgaire incidence : c'est une substance originaire, un bain de continuité, la condition de visibilité, et donc d'existence, de toute chose et de tout personnage.

Hou Hsiao-hsien est né le 8 avril 1947 à Canton, au Sud d'une Chine alors en pleine guerre civile entre les communistes, menés par Mao Zedong, et les nationalistes du Kuomintang. Un an plus tard, sa famille part s'installer à Taïwan. Hou grandit dans les rues de Fengshan, grande ville du Sud de l'île, et gamberge dans une vie de petite frappe, au sein d'une bande, entre menus larcins et bagarres de quartier. Son départ pour le service militaire, à 22 ans, marquera une première rupture : il s'attache alors au cinéma, où il passe toutes ses journées de permission. À son retour, il s'inscrit à l'Académie nationale d'art dramatique de Taïpei, puis, après avoir enchaîné les petits boulots, entre comme scénariste à la Central Motion Picture Corporation (le centre du cinéma, sous tutelle du Kuomintang), et devient l'assistant de cinéastes comme Li Xing, Chen Kunhou ou Lai Chengying. C'est en 1980 qu'il parvient à tourner son premier long métrage, la comédie Cute Girl, bientôt suivi de Cheerful Wind (1981) et Green, Green Grass of Home (1982), trois gros succès populaires, mais sans caractère.

Une Nouvelle Vague taïwanaise

La seconde rupture viendra de sa rencontre avec la romancière Chu Tienwen, personnalité majeure de la littérature taïwanaise, qui devient sa scénariste attitrée. Elle l'introduit dans son cercle intellectuel, dont certains membres, comme Edward Yang, Wang Jen ou Chen Kunhou, constitueront bientôt, avec Hou, ce qu'on appellera la « Nouvelle Vague taïwanaise » (L'Homme-sandwich, leur film-manifeste, date de 1983). Leur collaboration donne d'abord naissance à un cycle autobiographique, quatre films magnifiques puisés dans les souvenirs de jeunesse du cinéaste, comme s'il lui avait fallu former un duo (être deux), pour se découvrir lui-même. Le premier d'entre eux, Les Garçons de Fengkuei (1983), est un admirable coup de maître : la vie de quatre adolescents, bande de petits voyous, dans la petite ville côtière de Kiashiong est déclinée, au son de Bach et de Vivaldi, comme un ballet d'attitudes énergiques et insolentes, puis leur déménagement en ville comme la chronique d'une irrémédiable détérioration. Suivront Un été chez grand-père (1984), qui confronte l'Éden de l'enfance (les vacances d'été) à l'absolue altérité de son origine (la « génération »), Un Temps pour vivre, un temps pour mourir (1985), qui évoque l'exil et les décès successifs de ses parents, puis le sublime Poussières dans le vent (1986), sur l'apprentissage et l'amour indicible de deux jeunes gens séparés par le service militaire.

Un art magistral du passage

L'écriture sensible du plan est déjà là, toute entière : ce point de vue de « passant », qui tomberait sur les scènes par hasard, et les observerait en retrait, sans y faire irruption ; ces cadres amples qui laissent les hiéroglyphes du monde s'inscrire comme une calligraphie secrète autour des personnages ; cette respiration sereine et désolée qui laisse les choses affleurer, comme la révélation d'une empreinte documentaire au cœur même de la fiction (ce en quoi Hou Hsiao-hsien est probablement le plus bazinien des cinéastes de sa génération). Pourtant, c'est dans l'articulation des plans que se joue toute une pulsation romanesque : chaque coupe est un gouffre où les personnages perdent quelque chose d'eux-mêmes, où le temps se signale par ce qu'il engloutit.

Après les brisures du récit de soi, Hou plongera, toujours selon le biais de l'intime, au cœur des grands schismes schizophréniques de l'histoire sino-taïwanaise – l'occupation japonaise (Le Maître de marionnettes, 1993), la reprise en main par le Kuomintang (La Cité des douleurs, 1989), la guerre civile (Good Men, Good Women, 1995) – remontant chaque fois plus loin le fil d'un art de vivre chinois dont le songe capiteux aurait enjambé le communisme – le XIXe siècle des Fleurs de Shanghai (1998) et la dynastie Tang (VIIIe siècle) dans The Assassin (2015). Puis, au tournant du millénaire, Goodbye South, Goodbye (1998), puis Millenium Mambo (2001), ouvrent une nouvelle veine en déplaçant le curseur à l'extrême crête du présent, dont ils recueillent, dans un geste ébouriffant de modernité, la dispersion sentimentale et les mille ruptures, à l'ère du capitalisme sauvage et d'une urbanité aveugle.

Mille ruptures, donc, par-dessus lesquelles le cinéma de Hou Hsiao-hsien s'affirme, avant toute chose, comme un art magistral du passage : de la campagne à la ville, de la jeunesse à la maturité, d'une période historique à la suivante, de la présence à l'absence, de l'amour à la douleur. Et ce passage, qui n'est autre que celui du temps, ne va pas sans les pertes afférentes, heures infertiles, souvenirs estompés et états vacillants, sentiments évaporés et bouffées mélancoliques, dont Hou a déposé la matière vibrante, cette pulsation à la fois corpusculaire et ondulatoire qu'on appelle la lumière (et il faut ici rendre hommage à son admirable chef-opérateur, le grand Mark Lee Ping-Bing), au cœur même de ses films.

Mathieu Macheret

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Du 2 au 31 mars 2016

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En salle et en DVD/Blu-ray

Carlotta Films sortira en salle à l'été 2016 six films de Hou Hsiao-hsien : Green, Green Grass of Home, Les Garçons de Fengkuei, Un temps pour vivre, un temps pour mourir, Poussières dans le vent. Un coffret DVD/Blu-ray suivra fin 2016.

Partenaires et remerciements

MM. L'Ambassadeur Zhang Ming-Zhong, Hou Hsiao-Hsien, André Labarthe, Olivier Assayas, Ad Vitam, Amip, Bac Films, Carlotta Films, Cinémathèque Royale de Belgique, Cinémathèque Suisse, CMPC, Diaphana Distribution, Golden Horse, Paradis Films, Pyramide Distribution, Taïwan Film Institute, Trigon Films.

En partenariat avec

Ministry of Culture - Republic of China (Taïwan) Centre Culturel de Taïwan à Paris Taiwan Film Institute Cinematek (Cinémathèque Royale de Belgique) East Asia