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L’école de la chair

Créé en 1951, le Studio Toei, avec à sa tête Hiroshi Okawa, le Thalberg japonais, a commencé par produire des films à préoccupation sociale, avant de renouveler avec succès le genre du film de sabres, et d’installer les bases classiques du film de yakuza.

Parcours en 16 films rares et essentiels sur 25 années des plus représentatives de cette société de production (1961-1986). Aussi, sous la forme de plusieurs genres : chambara all-stars, film de y*akuza* classique, pinky violence, jitsuroku…, les studios de la Toei ont su imposer leur vision du cinéma, issue du rapport d’une tradition rituelle avec les limites de la chair.

Des nouveaux cinéastes en quête d’investigation pour la critique

Il y a donc Tai Katô le sobre, dont le style du Sang de la vengeance (1965) le rapproche indéniablement de Howard Hawks ou de Jacques Becker. Il y a Kinji Fukasaku le doué, qui, avec Combat sans code d’honneur, se trouve doté de l’énergie épique d’un Rozier optant pour le style saillant d’un Scorsese. Il y a Eiichi Kudo l’enthousiaste, et ses 13 Tueurs n’ont pas à pâlir devant Les Sept samouraïs. Il y a Hideo Gosha le tardif, qui à lui seul a su réinventer une esthétique cohérente des jidaigeki (films d’époque) des années quatre-vingts. Il y a ensuite Norifumi Suzuki le cruel, dont les récits dépassent en richesse et vitalité ceux d’un Kaneto Shindo. Et puis, il y a Teruo Ishii le fou, maître de l’ero-guro, qui a inventé un style visiblement sadien, comme si Mario Bava avait été assistant de Mikio Naruse. Aussi découvrirons-nous, grâce à cette major, la politique de véritables auteurs trop longtemps occultés, dont il reste à ce jour encore tout à dire, à écrire et à s’inspirer : ils nous délivrent le spectacle qu’impose l’image du corps humain dans les limites excessives de son désir ; comme la pratique de la joie face à la mort, comme l’amour des rites de la vie, cela se déclare toujours soudainement, et au final avec une extrême violence.

Le renouveau du film de sabre (1961-1963) All-stars Taisaku

Miyamoto Musachi II, Contes cruels du Bushido, 13 Tueurs
Le renouveau du chambara (film de sabre) connut le succès grâce à une nouvelle politique des acteurs. Okawa procéda à une double technique consistant à reprendre les monstres sacrés d’autrefois (Chiezo Kataoka, Tsukigata Ryonusuke, Kanjuro Arashi), et imposer de nouvelles découvertes, tel Kinnosuke Nakamura, ou bien Hiroki Matsukata.

Le film de yakuza classique (1963-1965) ninkyo eiga (film d’esprit chevaleresque)

Theater of life, Hishakaku II, Showa Zankyo-den, Le Sang de la vengeance… Il y a une correspondance du monde des yakuza avec celui du cinéma. Hollywood dès ses débuts mit en scène l’univers du cinéma dans ses films (Show People, A Star is Born…). Au Japon, plus rompus aux mises en abyme, on préféra apporter une légère nuance en représentant plutôt le monde de l’art (Naruse) ou de l’artisanat (Mizoguchi) ; mais on notera que le film représentant le monde des yakuza offre également des équivalences très concrètes pouvant correspondre avec le monde du cinéma. Précisément, à la Toei, Kôji Shundo, pour en parfaire l’ambiance, fit appel aux expériences et figurations de joueurs et parrains de sa connaissance ; de plus, l’une des stars de ces films, Ando Noboru, fut effectivement un chef de gang, à l’image de celui qu’il joua dans Cimetière de la morale. Ainsi, si les majors sont comme des grandes familles, elles ont en commun une gestion de personnel féminin, un savoir-faire pour distraire les clients, le transfert de fortes sommes d’argent et d’organiser le tournage comme un « mauvais coup » (Renoir). Bref, la réflexivité cinématographique pose l’enjeu dans le récit et les personnages, quand le film représente notre héros (le cinéaste) qui, de lui-même, doit pouvoir se sacrifier au profit du collectif (la production). A cette lumière, le film de yakuza est riche d’enseignement et valide que tout grand film est un « documentaire de son tournage » (Rivette). Ainsi l’endurance silencieuse de la douleur corporelle devient un haut principe moral de cinéaste, et par cette distinction de fait, notre héros adopte une attitude mystique autant que virile face à la mort du cinéma. On remarquera comment Saeki filme avec une intensité extrême et une sérieuse attention dans le cadre et le tempo, les rites de présentation effectué par Ryo Ikebe (acteur d’Ozu et star chez Shinoda)

Le carnage de la dernière bobine du ninkyo eiga

Le récit du film s’avère toujours le même : après avoir enduré toutes sortes d’humiliations, de bassesses, d’enterrements de proches assassinés, le film souvent monotone se déploie inéluctable dans une quête ultime : l’extermination par ordre d’importance, tombant un par un comme dans un Carpenter, des membres de la famille adverse, pour permettre au yakuza héros, de venger son parrain assassiné et enfin d’être délivré par la mort elle-même. On notera comment, à l’instar de Koji Tsuruta, Ken Takakura exprime avec conviction la valeur traditionnelle de la détermination.

Pinky violence (1971-1974), spectacle du corps

Girl Boss Blues, Elle s’appelait Scorpion, Bohachi Bushido Porno Jidaigeki Sister StreetFighter, Couvent de la bête sacrée… Excès, limites et turpitudes. Quand la recrudescence de films érotiques prit le pas sur tout autre genre de production au Japon, le genre pinky violence apporta une réponse face aux inventions des autres majors (roman porno de la Nikkatsu). Aussi, pour captiver plus encore un public masculin japonais, déjà blasé face aux images de nudité et à ses conséquences narratives, il n’était plus possible d’augmenter le principe d’obscénité, et au contraire, la Toei nous montre ce que l’on désire voir sans qu’exactement nous ne l’ayions vu. Deux de ses stars, Junko Fuji et Meiko Kaji, seront, à ce propos, les deux seules exceptions à ne pas se dénuder. Cette parade défie l’imagination, et lorsqu’il s’agit de pousser la mise en scène des passions dans l’escalade logique de la destitution du corps, ce seront souillure, humiliation verbale, tabassage, viols répétés, démembrement. On remarquera dans ce même mouvement de surenchère spectaculaire, un éloignement du réalisme de ces films, laissant place à un graphisme inspiré des mangas qui eux déjouaient avec réussite les problèmes optiques de l’érotisme.

Jit suro ku & variations (1975 –  1986), film de yakuza tiré d’histoires vraies

Combat sans code d’honneur, Most Dangerous Games, Les Tueurs noirs de l’empereur fou, Yohkiko, The Geisha, Femmes de yakuza… Dès le générique de Combat sans code d’honneur, la nouvelle forme moderne du jitsuroku eiga est affirmée, et ne laisse aucun doute sur la réelle recherche documentaire des scénaristes. Fukasaku, résolument, demeure l’un des cinéastes les plus doués. Le cinéma japonais, trop souvent, substitue à notre regard critique vers les auteurs un monde anonyme, dont le genre sexuel et violent s’accorde à nos pulsions. En effet, la profusion quasi-délirante de genres et de sous-genres, conçus par la Toei, s’avère d’une telle variété, que la puissance d’absorption semble efficacement nous satisfaire pendant la projection et semble autant éclipser tout désir instigateur, dont celui à priori de faire œuvre ou encore de se souvenir, avec le discernement critique du recul, d’avoir vu dans ce genre, quelque chose de brillant qui nous fait signe : un cinéaste.

Philippe-Emmanuel Sorlin

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Du 8 au 20 juin 2011

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