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Dessins d'Ettore Scola : « La Famille » (1986)

Delphine Simon-Marsaud - 20 janvier 2016

Le film s'ouvre par un travelling sur la traditionnelle photo de famille. Autour du petit dernier Carlo, les parents, cousins, tantes « vieilles filles », médecin de famille, domestiques et le grand-père tant respecté, prennent la pose dans l'une des pièces du grand appartement romain. C'est dans ce décor unique que vont se jouer les quatre-vingts années de la vie de Carlo, rythmées par les joies et les disputes, les amours contrariées, les ruptures et les réconciliations, avec en toile de fond le fascisme, la guerre et la république. Les huit décennies, introduites chaque fois par la traversée d'un long couloir, offrent autant de scènes burlesques que cruelles, drôles ou émouvantes.

Avant de croquer ses contemporains sur l'écran, Ettore Scola est d'abord un dessinateur compulsif, depuis l'enfance. Cette passion l'amène dès l'âge de quinze ans à écrire et dessiner dans les revues satiriques Marc'Aurelio et Settimana Incom. Dans le film hommage qu'il rend à Federico Fellini, Qu'il est étrange de s'appeler Federico (2013), il raconte sa rencontre, au début des années cinquante, avec le réalisateur, ami de toujours, au sein du journal Marc'Aurelio. « Ce Canard enchaîné italien paraissait le lundi, le vendredi, et captait 700 000 lecteurs. Il biaisait avec la censure, qui admettait ses critiques, en se payant la tête des fascistes au pouvoir. Les scénaristes Age et Scarpelli ou Mino Maccari y ont fait leurs armes. Marc'Aurelio inspirait les boutades qui couraient les rues, détournait les idées reçues. À chaque réunion, nous nous escrimions à trouver ce qui allait faire rire. Je m'en suis souvenu lorsque j'ai imaginé le personnage de Jean-Louis Trintignant, dans La Terrasse, qu'un producteur persécute en le harcelant avec la même question : "Est-ce que ça va faire rire ?" La comédie italienne est née de ce creuset, cette école de l'entraide a inspiré ses cinéastes. »

Lorsqu'on lui demande pourquoi il dessine, Scola répond qu'il griffonne tout le temps, au téléphone, en famille, sur un cahier ou un livre, au restaurant sur une nappe en papier. Pour le cinéma, il croque à la manière d'un Eisenstein qui dessinait tous ses films, tout comme Fellini ou Kurosawa. Plutôt qu'un storyboard, ce sont de simples notes qu'il donne à un collaborateur pour définir un costume, un maquillage, des décors ou des objets.

En 2012, « Une exposition particulière » à la Galerie Catherine Houard montre, pour la première fois à Paris, les dessins originaux du cinéaste, réalisés à l'encre de chine en marge de ses scénarios. Avec un trait incisif et plein d'humour, il croque aussi bien des anonymes que des célébrités comme Mastroianni, ou Fellini – vêtu de sa célèbre écharpe rouge.

Pour La Famille, une quinzaine de dessins originaux, conservés à la Cinémathèque française, ont également servi au dossier de presse accompagnant la sortie du film en 1987. On y retrouve, par exemple, Fanny Ardant dans le rôle d'Adriana au piano. Le portrait de famille, avec l'aïeul Vittorio Gassman en son centre fait écho à la scène finale du film. Travelling. Carlo, les cheveux blanchis, entre dans la pièce et prend place parmi les siens pour l'éternelle photo de famille.


Delphine Simon-Marsaud est chargée de production web à la Cinémathèque française.