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Philippe de Broca à travers ses archives

Stéphane Knoll - 6 mai 2015

En octobre 2012, Alexandra de Broca, épouse du réalisateur de L’Homme de Rio, décédé en 2004, a fait don à la Cinémathèque française d’archives (comprenant de la correspondance, des documents scénaristiques et des photographies) ayant appartenu au cinéaste. Ce fonds est consultable à l’Espace chercheurs et à l’Iconothèque de la Bibliothèque du film.

De l’École de Vaugirard à l’Algérie

Né le 15 mars 1933, avec un grand-père peintre et un père photographe réalisant notamment des « découvertes » pour les studios de cinéma, c’est tout naturellement que Philippe de Broca intègre, de 1951 à 1953, l’École Technique de Photo et de Cinéma rue de Vaugirard qui formait les futurs opérateurs de prises de vues.

C’est à peine armé de son diplôme qu’il s’engage dans une traversée de l’Afrique occidentale pour vanter la résistance des camions Berliet, comme une ébauche des films d’aventures qu’il devait réaliser plus tard.

Les archives révèlent, notamment à travers une correspondance avec ses proches, deux expériences qui furent certainement déterminantes dans la vie du jeune Philippe de Broca : « L’expédition Lavalette » et la Guerre d’Algérie.

Un premier ensemble de lettres relate, presqu’à la manière d’un journal, 25 000 km sur des pistes improbables à travers l’Afrique-Occidentale française de novembre 1953 à mai 1954, mettant à l’épreuve aussi bien les hommes que les machines.

D’Alger à Tamanrasset, en passant par Bangui, Bobo-Dioulasso, Dakar, Agadir, il en rapportera un court métrage filmé en 16 mm, Opération gas-oil, qui sortira en 1956, censé vanter la résistance des camions équipés par Bosch-Lavalette.

De 1954 à 1956, c’est comme opérateur au Service Cinématographique des Armées, qu’il est le témoin « privilégié » de ce que l’on nommait encore les « évènements » d’Algérie.

À travers sa correspondance, c’est un regard sur une guerre qui ne dit pas encore son nom qu’il confie à ses parents et plus particulièrement à son père, quand il éprouve le besoin d’évoquer celle-ci sans détour.

Mais si cette guerre est bien là en « toile de fond », ses préoccupations au fil des lettres, reviennent de façon systématique au cinéma. Que ce soit par des références directes à son activité d’opérateur, mais aussi à travers des idées et bribes de scénarios qu’il jette de ci de là, non sans humour parfois, comme pour conjurer le tragique de la situation.

Oscillant entre interrogations existentielles et anecdotes d’ordre plus prosaïques ; précisions techniques et interrogations éthiques sur son activité d’opérateur, il vient aussi parfois s’enquérir de nouvelles d’un certain Pierre Lhomme, relater des anecdotes à propos d’Henri Lanoé dont il fait la connaissance à ce moment là et qui deviendra par la suite un fidèle collaborateur sur de nombreux films. Cette correspondance révèle enfin son humanité profonde, bien connue de ceux qui ont pu le côtoyer.

Le passage « obligé » d’assistant réalisateur

« […] Ayant seulement réalisé deux courts-métrages dont l’un en 16 mm, il me fallut comparaître, avant d’entreprendre Les Quatre cents coups, devant une commission Syndicale réunie au CNC.
– Qui avez-vous choisi comme superviseur technique ?
– Personne
– Alors, nous ne pouvons pas vous donner l’autorisation de tournage…
– Oh !
– Qui aviez-vous pressenti comme assistant ?
– Philippe de Broca
– Ah, c’est différent. Si vous avez le concours de Philippe de Broca, effectivement vous n’avez pas besoin de superviseur. […] »

Ces sont propos extraits de “Un ami, deux Broca”, article de François Truffaut paru dans Le Matin du 28 février 1983.

Un « dépouillement » et divers documents préparatoires pour le tournage des Quatre coups, comme des recherches de casting, viennent illustrer son activité d’assistant réalisateur, avant qu’il ne devienne ce cinéaste populaire que l’on connait. Précédemment assistant sur Le Beau Serge de Claude Chabrol, cette anecdote célèbre rapportée par François Truffaut, témoigne de la réputation de professionnalisme dont de Broca a pu bénéficier dès ses débuts.

Également assistant réalisateur sur Les Cousins, il peut surprendre que le nom de De Broca soit associé à ses débuts aux auteurs de la Nouvelle Vague. Cette période est notamment évoquée à travers de nombreuses coupures de presse qui retracent l’ensemble de la carrière du cinéaste.

Philippe de Broca coscénariste et réalisateur.

Cette partie du fonds est constituée pour l’essentiel de documents « scénaristiques » où l’on croise notamment des auteurs tels que Daniel Boulanger ou Michel Audiard, avec lesquels De Broca collabora sur plusieurs scénarios, et dont certains sont annotés de la main du réalisateur.

Revendiquant et assumant pleinement le cinéma comme un « divertissement », on doit à Philippe de Broca des comédies de mœurs, souvent portées par des acteurs et actrices les plus sollicités du moment, comme Le Diable par la queue (1969) ou On a volé la cuisse de Jupiter (1979) qui sont aussi le reflet d’une société et d’une époque.

Ce corpus allant du Farceur (1960) au Bossu (1997) plus riche en documents de préparation de tournage, permet de parcourir l’œuvre du cinéaste par le biais de l’écriture scénaristique. On trouvera également des projets plus méconnus, notamment de courts-métrages, que les circonstances ne lui permirent pas de réaliser. 


Stéphane Knoll est chargé du traitement documentaire des archives à la Cinémathèque française.