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Petit guide des films camp de Joan Crawford

Maxime Donzel - 25 avril 2019

Joan Crawford (1904-1977) : actrice américaine, dont la carrière, courant sur quatre décennies et comptant plus de cent films, fut couronnée par un Oscar en 1946 pour Mildred Pierce. Star emblématique de l'Âge d'or d'Hollywood, de jeune première à Queen Bitch, elle fut tout sauf une girl-next-door. Une icône du cinéma camp. Une légende.

Camp [Slang, orig., homosexual jargon, Americanism] : extravagant, destiné à amuser la galerie sur un mode exagéré, théâtralement affecté, légèrement décalé, involontairement humoristique. Too much.

Voici un survol piquant des films les plus camp de J.C., donc, élaboré par Maxime Donzel avec amour, admiration et objectivité.

Joan Crawford dans Sudden Fear/Le Masque arraché (David Miller, 1952)

Joan Crawford dans Sudden Fear/Le Masque arraché (David Miller, 1952)

 

L’Inconnu (Tod Browning, 1927)

L’Inconnu (Tod Browning, 1927)

Un film muet recommandé par Alejandro Jodorowsky, ça suffit presque comme raison pour le voir, non ? Si en plus il est question de se couper les bras, je pense qu'on est d'accord que c'est inratable.

Camp factor : niveau 4
Pourquoi : le scénario improbable, c'est impossible de ne pas rire du pitch
Le petit plus : Lon Chaney, le Johnny Depp du muet, qui dans chaque film se transformait (Le Fantôme de l'opéra, Quasimodo, etc.)
Cintre d'or : réalisé par Tod Browning, le génie derrière Freaks

Femmes (George Cukor, 1939)

Femmes (George Cukor, 1939)

Idée de génie, à reproduire s'il vous plaît : un film sans hommes. 170 rôles joués par des femmes.

Camp factor : niveau 11
Pourquoi : [trigger warning] on est quand même pas loin du sexisme avec des femmes obsédées par les hommes, et des milliards de blagues autour des « chiennes ». Mais c'est écrit par une femme et réalisé par un homme gay
Le petit plus : la phrase la plus bitchy de l'histoire du cinéma. Quand vous l'entendrez, vous saurez...
Cintre d'or : les robes, stupid !

 

Il était une fois (George Cukor, 1941)

Il était une fois (George Cukor, 1941)

Meurtre d’enfant ! Visage défiguré ! Chapeau fabuleux ! Cukor est le réalisateur chouchou de Crawford, et pour ce film de procès il a réussi à calmer son jeu, quitte à lui faire réciter des tables de multiplication dans sa tête pour que son interprétation soit moins chargée en émotions.

Camp factor : niveau 3
Pourquoi : les looks bavarois et les scènes de chirurgie esthétique
Le petit plus : les gars, y’a une course poursuite en traîneau !
Cintre d’or : adapté d’un film suédois avec Ingrid Bergman. Et Garbo refuse le rôle parce qu’elle “ne fait pas les défigurées”

Le Roman de Mildred Pierce (Michael Curtiz, 1945)

Le Roman de Mildred Pierce (Michael Curtiz, 1945)

Le coup de poker, son comeback réussi. Dès 1945, Crawford tord le cou au cliché de la femme au foyer d’après-guerre, en incarnant une femme indépendante qui se libère d’un mari pourri pour devenir sa propre patronne.

Camp factor : niveau 5
Pourquoi : la scène de la claque, analysée image par image dans un livre intitulé How to Be Gay - on est dans le thème
Le petit plus : l’esthétique Film Noir, sublime sur grand écran

 

Le Masque arraché (David Miller, 1952)

Le Masque arraché (David Miller, 1952)

Thriller indépendant diablement efficace, sur une célèbre metteuse en scène de Broadway qui tombe amoureuse d'un jeune acteur, la folle !

Camp factor : niveau 6
Pourquoi : une scène d'anthologie où Crawford écoute un message interminable et enchaîne 32 expressions de visage différentes
Le petit plus : les scènes de nuit à San Francisco
Cintre d'or : Jack Palance !

Johnny Guitar (Nicholas Ray, 1954)

Johnny Guitar (Nicholas Ray, 1954)

Crawford a dû piquer une crise sur le tournage pour obtenir ce qu'elle voulait : un rôle de femme forte qui tient le pistolet. Ils disent diva, je dis génie. Film moqué aux États-Unis mais réhabilité pour ses sous-textes, ses couleurs hallucinantes et la mise en scène de Nicholas Ray.

Camp factor : niveau 10
Pourquoi : Crawford est super butch. Fémigasme assuré, Captain Marvel !
Le petit plus : l'actrice Mercedes McCambridge, la voix de Pazuzu dans L'Exorciste de Friedkin
Cintre d'or : « La Belle et la Bête des western » - c'est pas de moi, c'est de Truffaut

 

Qu'est-il arrivé à Baby Jane ? (Robert Aldrich, 1962)

Qu'est-il arrivé à Baby Jane ? (Robert Aldrich, 1962)

La base. Le chef-d'œuvre d'Aldrich qui a relancé sa carrière et prouvé qu'un film tenu par deux femmes cinquantenaires pouvait faire un carton. Joan en chaise roulante séquestrée en mode Misery, pendant que des films d'elle jeune passent à la télé. Must see.

Camp factor : niveau 7
Pourquoi : Bette Davis et la tension visible entre les deux actrices
Le petit plus : Victor Buono, un acteur gay qui a l'air de tout juger en permanence
Cintre d'or : une scène de fin sur la plage, bouleversante

La Meurtrière diabolique (William Castle, 1964)

La Meurtrière diabolique (William Castle, 1964)

Si la scène où elle fait craquer son allumette sur un vinyl en marche ne vous suffit pas, je ne peux rien pour vous.

Camp factor : niveau 10
Pourquoi : elle passe de femme douce et fragile à monstre cruel aussi subitement que ma grand-mère après l'apéro
Le petit plus : la scène où elle drague un mec en lui enfonçant les doigts dans la bouche

 

Mommie Dearest (Frank Perry, 1982)

Mommie Dearest (Frank Perry, 1982)

Faye Dunaway dans le rôle de Joan Crawford, en mode Furiosa. Film controversé, accidentellement hilarant, qui provoque un certain malaise en nous faisant rire devant une enfant maltraitée... comment dire non ?

Camp factor : niveau infini
Le petit plus : réalisé par l'oncle de Katy Perry
Cintre d'or : bah c'est de là que ça vient l'histoire des cintres, banane

Bonus <em>camp</em>

Bonus camp

Plus pointus, mais vous les regretterez pas !

Pluie (Lewis Milestone, 1932)
Crawford joue une prostituée coincée dans une auberge tropicale avec la Manif pour tous. Ce qui va se passer va vous étonner. C'est celui-là que j'ai choisi de mettre en poster chez moi.

Un espion a disparu (Richard Thorpe, 1943)
Pour votre lune de miel, vous allez à Bali ? Crawford, elle, en voyage de noces, elle chasse des nazis. Vous 0, Crawford 1.

Rien n'est trop beau (Jean Negulesco, 1949)
Le film qui a inspiré l'ambiance et les décors de la série Mad Men. Sauf que dans ce film, c'est une femme qui commande. Devinez qui.

La Maison sur la plage (Joseph Peveny, 1945)
Crawford s'est choisi une gym queen pour lui donner la réplique... et un peu plus visiblement.

 


Maxime Donzel est le créateur, entre autres, du caustique Tutotal pour Arte, co-auteur pour l'émission Personne Ne Bouge, et rédacteur en chef du magazine Pan Pan Culture. Il est fan de Joan Crawford et lui consacre un ouvrage, Joan Crawford Hollywood Monster (Capricci, sortie juin 2019).