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Conserver des celluloïds d'animation au sein des collections d'arts graphiques de la Cinémathèque française

Françoise Lémerige - 8 janvier 2019

À l'occasion d'un dépôt de films et de dessins de Jacques Colombat, et de la journée d'étude qui lui est consacrée à la Cinémathèque française, retour sur les celluloïds utilisés pour les films d'animation, et leur conservation dans nos collections.

En 2012 et 2017, Jacques Colombat enrichit les collections non-film de la Cinémathèque française d’éléments précieux ayant servi à la fabrication de son unique long métrage Robinson et Compagnie.
En 2018, les négatifs originaux 35mm couleur et les éléments intermédiaires (éléments dit « de conservation ») de plusieurs films de Jacques Colombat, dont Robinson et Compagnie, sont également déposés à la Cinémathèque.

Réalisé de manière traditionnelle à la fin des années quatre-vingts dans le studio d’animation de Shanghaï, le film d’animation Robinson et Compagnie est peint image par image sur un support transparent en acétate de cellulose. Ces éléments, plus communément appelés « cellulos » seront ensuite posés sur un fond peint.

Des années après la confection du film, Jacques Colombat, qui a conservé la plupart de ces éléments, rassemble pour la Cinémathèque, vingt-trois celluloïds d’animation peints, pour la plupart accompagnés de leurs lumineux décors aquarellés aux couleurs pastels. Habituellement extrêmement fragiles, conservés dans la cave de l’auteur, ces supports sont pourtant dans un état impeccable.

Celluloïd pour « Robinson et Compagnie » (Jacques Colombat, 1990), DR.

Ce don vient compléter le fonds d’animation de la collection des dessins de la Cinémathèque, essentiellement composée de maquettes de décors et de costumes. Il s’étend des débuts de l’animation à nos jours. Témoin des différentes étapes du processus créatif des cinémas d’animation, il est composé de types de documents de nature très variée, fruits du travail des plus célèbres réalisateurs du monde entier.

Ce fonds est aujourd’hui en majorité encore inaccessible au public. Seules 400 pièces numérisées sont visibles sur les écrans des salles de lecture de la Bibliothèque du Film. Une des raisons principales de ce fait est liée à l’état de conservation de certains éléments de cette partie de la collection, qui nous a forcés à remettre en cause nos méthodes habituelles de traitement.

En effet, à partir du constat de la dégradation avancée de certains celluloïds d’animation peints, des recherches ont été menées auprès des professionnels de la restauration, de la conservation préventive, mais aussi de scientifiques et d’animateurs. Ces études ont abouti en 2012, grâce au soutien du CNAP (Centre National d’Arts Plastiques) et du C2RMF (Centre de Recherche et de Restauration de Musées de France), à l’analyse scientifique d’un corpus de plus de quatre-vingts échantillons représentatifs de plusieurs types de dégradations, époques et pays.

Les conclusions de ces travaux, ayant abouti à une meilleure compréhension de ces artefacts instables, nous ont amenés à : 
– les collecter de manière plus perspicace : en refusant notamment les éléments trop abîmés et en privilégiant prioritairement la conservation d’éléments issus de chacune des étapes du processus créatif du dessin animé ; 
– les identifier et les expertiser financièrement ; 
– les conserver dans de meilleures conditions : par le biais d’un chantier de reconditionnement de ce fonds ; 
– les valoriser lors d’expositions au sein de notre institution ; 
– en poursuivre la campagne de catalogage et de numérisation.

Les résultats obtenus durant ces dernières années, nous ont amenés à partager le fruit de nos études avec la communauté internationale. L’expert meeting organisé à Amsterdam par la Cinémathèque EYE en novembre 2018, a permis de mettre en place un réseau de professionnels (conservateurs, scientifiques, restaurateurs, animateurs…) du monde entier (USA, Pays-Bas, Allemagne…) autour des « celluloïds d’animation ». Il va nous permettre de créer des outils communs (constat d’état spécifique, atlas des altérations illustré, base de données scientifique …), de fédérer nos recherches et de poursuivre la collecte de matériaux (support et peinture, matériel de conservation) à analyser.

Car de nombreuses questions demeurent à ce jour, notamment sur la perspicacité de nos choix de reconditionnement (au niveau de la durabilité des matériaux de conservation employés) ainsi que sur la manière de cataloguer la masse de documents générée par le dessin animé et de numériser ces éléments fragiles devenus de véritables « objets » patrimoniaux.


Françoise Lémerige est chargée du traitement de la collection des dessins et des œuvres plastiques de la Cinémathèque française.