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Marceline Loridan-Ivens, un souvenir

Costa-Gavras - 21 septembre 2018

Marceline Loridan-Ivens dans Chronique d'un été

Marceline Loridan-Ivens dans Chronique d'un été

La première fois que j'ai vu Marceline, c'était en 1961, dans Chronique d'un été d'Edgar Morin et Jean Rouch. Je l'ai plutôt aperçue : dans mon souvenir, elle apparaissait aux côtés de Régis Debray.

Bien plus tard, je l'ai rencontrée, grâce à Chris Marker, en compagnie de Joris Ivens. Et nous sommes vite devenus amis en cinéma et en citoyens qui se respectent. Marceline et Joris défendaient alors la Chine qui soutenait le Vietnam dans la guerre contre les Américains.

Leur ironie et leur humour, qui n'étaient pas du goût de tout le monde, accompagnaient leurs opinions et leurs films. Nous nous sommes retrouvés avec eux à Pékin, en 1978. Ils présentaient Comment Yukong déplaçait les montagnes aux étudiants. L'enthousiasme de Marceline était contagieux. Joris, qui évidemment connaissait le sujet, l'écoutait malgré tout avec l'intérêt d'un jeune homme en apprentissage.

Les années ont passé et on se voyait, ici et là. Le couple Loridan/Ivens était exemplaire, à vous donner envie.
Ils semblaient unis à jamais, pour une vie de création et de cinéma, défendant des idées que le temps et ses soubresauts n'ont cessé d'affermir.

Joris est parti. Marceline a lutté corps et âme pour qu'il prenne la place qu'il mérite aux Pays-Bas, son pays d'origine, même si son œuvre concernait les luttes de libération dans le monde entier.

Je continuais à voir Marceline, à la Cinémathèque notamment. Elle a poursuivi sa vocation créatrice, une vie admirablement remplie, jusqu'à la fin. Sa curiosité est toujours demeurée intacte, vivace. Elle était restée la petite jeune femme, frêle mais tenace, de Chronique d'un été, que j'ai revu plus tard. Une fois, plus récemment, je lui en ai parlé. Je lui ai montré les images où elle apparaissait. J'ai vu son visage s'éclairer du même sourire que celui de la jeune femme du film. Elle n'a jamais perdu la sagacité de son esprit, ni la ferveur de ses convictions.


Costa-Gavras est cinéaste et président de la Cinémathèque française.