En utilisant ce site, vous acceptez que les cookies soient utilisés à des fins d'analyse et de pertinence     Oui, j'accepte  Non, je souhaite en savoir plus

Gabrielle Chanel et Robert Bresson, parents d'art

19 juin 2018

On le sait peu, mais Gabrielle Chanel et Robert Bresson sont liés par les hasards de la généalogie : André Palasse, neveu de Chanel, était en effet marié à la sœur de la première femme de Bresson, Lidia Van Der Zee, et tous se croisaient régulièrement au Château de Corbère-Abères dans les Pyrénées-Atlantiques, bijou architectural de la fin du XVIIe siècle appartenant aux Palasse. L’entourage proche de ce dernier, dont faisait partie Robert Bresson, y constituait un petit cercle qui bénéficiait souvent des largesses financières prodiguées, depuis Paris, par Gabrielle Chanel.

Les Dames du bois de Boulogne

Les Dames du bois de Boulogne

En 1932, alors qu’elle présente son unique collection de joaillerie devenue mythique, « Bijoux de diamants », c’est à Robert Bresson que Gabrielle Chanel fait appel pour réaliser les photographies du dossier de presse. Bresson ne tournera son premier film, Les Anges du péché, que onze ans plus tard, mais elle semble avoir perçu avant les autres que son regard est d’or.
Les constellations diamantées imaginées par Chanel sont découpées par l’œil déjà acéré de Bresson : on reconnaît dans ces plans serrés, légèrement décadrés, le goût du futur cinéaste pour le dépouillement et la rigueur, sans jamais, pourtant, en oublier ni la poésie, ni la sensualité. Ce sera la formule miraculeuse de ses futurs chefs d’œuvre.

Si l’on y regarde de plus près, les coïncidences sont nombreuses : Jean Cocteau, grand ami de Gabrielle Chanel, qui fut pour elle un véritable frère d’élection, est l’auteur du scénario des Dames du bois de Boulogne. Et la phrase célèbre du film « Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour » est un emprunt de Cocteau au poète Pierre Reverdy, amant de Gabrielle dans les années 20, avant de devenir ami fidèle et correspondant assidu jusqu’à sa mort en 1960. On pourrait même se plaire à voir, dans le profil d’oiseau souverain de la Maria Casarès des Dames du bois de Boulogne, l’ombre brune de Mademoiselle…

Mais au-delà de ces nombreux liens, factuels ou délicieusement fantasmés, c’est surtout une sorte de parenté d’âme, de gémellité dans la façon de chacun d’aborder son art, qui relie Gabrielle Chanel à Robert Bresson. Célèbres tous deux pour leur art implacable de la maxime, ils n’ont cessé de commenter leur doctrine artistique. Quand l’un affirme « Le cinéma sonore a inventé le silence », l’autre déclare « La mode se démode, le style jamais ». Quand l’une proclame « Une femme sans parfum est une femme sans avenir », l’autre écrit « Montage : passage d’images mortes à des images vivantes. Tout refleurit »… Comme un dialogue invisible entre deux êtres à la poursuite d’une seule, d’une infatigable quête : celle de la modernité.