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Les traces de l'affaire Langlois dans les fonds d'archives

Marion Langlois - 16 mai 2018

Au début de l’année 1968, Henri Langlois est évincé de la direction de la Cinémathèque française par les pouvoirs publics. Dans le courant du mois de février (les statuts seront déposés le 4 mars), une association est créée afin de soutenir le fondateur historique de l’institution : le Comité de Défense de la Cinémathèque française (CDCF), dont le fonds d’archives est disponible à la consultation.

En effet, des cinéastes, critiques et cinéphiles révoltés ont immédiatement organisé la contre-offensive : envoi de télégrammes, conférences de presse, manifestations de soutien, éditions de plaquettes constituent la vive activité du CDCF pendant les 73 jours que dure « l’affaire Langlois ».

Les archives du CDCF représentent une trace précieuse de ces événements, et de l’histoire de l’institution. Respectant au plus près l’organisation d’origine des documents, le fonds a été structuré selon trois thématiques : administration, activité, et documentation. Il contient notamment les télégrammes de soutien à Henri Langlois, parvenus du monde entier ; des brouillons manuscrits d’articles ou déclarations de François Truffaut ; plusieurs centaines de bulletins d’adhésion des membres bienfaiteurs ; une revue de presse minutieuse sur l’affaire Langlois.

Après le retour de Langlois à la tête de l’institution, le 22 avril 1968, l’activité du CDCF perdure, notamment à Cannes pendant les événements de mai. Alors que les manifestations et émeutes se propagent dans les différentes villes de France, le Festival débute sans heurt le 10 mai 1968 par la projection d’Autant en emporte le vent. Dans les archives du Festival de Cannes, rien ne laisse présager la suite des événements. Le report des séances du lundi 13 mai est décidé la veille. Le 18 mai, lors d’une conférence de presse de soutien à la Cinémathèque, François Truffaut et Jean-Luc Godard demandent l’arrêt des projections. Quatre jurés démissionnent : Louis Malle, Monica Vitti, Roman Polanski et Terence Young. La compétition s’interrompt alors prématurément et définitivement le 19 mai.

Le 13 janvier 1969, après un différend au sujet du renouvellement des adhésions pour l’année 1969, c’est un Truffaut désabusé qui écrit à Henri Langlois son souhait de se retirer de la trésorerie du CDCF. Par la suite, la société de production de François Truffaut, Les Films du Carrosse, a préservé et continué d’alimenter les archives du CDCF, jusqu’en 1983. Des éléments de correspondance, relatifs à la Cinémathèque française, s’y trouvent dès lors conservés.

C’est en janvier 1998 que Madeleine Morgenstern, première épouse de François Truffaut, et gérante des Films du Carrosse, confie ce fonds d’archives à la Cinémathèque française. En 2002, le Festival international du film de Cannes dépose à son tour ses archives. Après traitement physique et intellectuel, ces fonds sont partiellement ou intégralement consultables à l’espace chercheurs de la bibliothèque.

Retrouvez le détail dans le répertoire des fonds d’archives.


Marion Langlois est médiathécaire à la Cinémathèque française.