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« Dernier feu d'artifice » : la menace nucléaire vue par Albert Pierru

Hervé Pichard - 22 septembre 2017

Dernier feu d'artifice, réalisé par Albert Pierru en 1959, court métrage d'animation tragi-comique et impertinent sur la menace nucléaire, a été restauré par la Cinémathèque française.

La Cinémathèque française a retrouvé cet été un film considéré comme perdu : Dernier feu d'artifice d'Albert Pierru. Ce cinéaste, amateur de jazz, a réalisé dans les années 1950 de nombreux films d'animation peints à la main : Sarabande, Teintes, taches, touches, Tiger Rag..., avant de tourner des courts métrages plus conventionnels. L'ensemble des films a été progressivement restauré et de nombreux hommages ont été rendus à cet artiste singulier, dans les murs même de la Cinémathèque, lors du festival Toute la mémoire du monde, mais encore à la Cineteca di Bologna, au Festival international du court métrage d'Oberhausen...

Albert Pierru utilise une technique très personnelle : influencé par les dessins animés de Norman McLaren, il gratte, peint et dessine directement sur la pellicule et réalise ainsi des films sans caméra où apparaissent des formes abstraites, des personnages naïfs ou des objets insolites. Dans un premier temps, les films étaient projetés en 16 mm, leur support d'origine, accompagnés de morceaux de jazz sur disques vinyles, calés précisément sur un tourne-disque. Repéré par des producteurs comme Pierre Braunberger, ses films suivants, Soir de fête et Surprise Boogie, sont fabriqués et projetés en 35 mm avec des pistes optiques sur le côté de l'image, permettant ainsi une diffusion classique dans des salles de cinéma.

C'est toujours cette même technique pour Dernier feu d'artifice, son ultime film d'animation. À cette époque, Albert Pierru cherche à faire évoluer son travail. Il veut intégrer dans les scènes d'animation des prises de vue réelles, qui impliquent un tournage et des effets spéciaux, avant d'intervenir sur la pellicule.

Le film est décrit dans La Saison cinématographique 61 comme « la dernière expérience atomique terrestre ». En pleine guerre froide, Albert Pierru décrit deux hommes d'État qui assistent à un feu d'artifice au cours d'une rencontre officielle. Les relations dégénèrent rapidement et les pétards sont remplacés par des bombes de plus en plus importantes, laissant au final l'image d'un spectacle apocalyptique.

Le ton est surprenant, fantaisiste et cynique, rappelant la chanson de Boris Vian, La Java des bombes atomiques, écrite quatre ans plus tôt. La course aux armements nucléaires est un sujet souvent abordé au cinéma (Docteur Folamour, La Jetée, Le Jour d'après, La Planète des singes...). Ainsi, les artistes éclairent et projettent dans un univers fictionnel incertain historiquement, mais frontalement, la menace nucléaire, une menace qui continue de fasciner certains hommes politiques... Espérons que projeter cette œuvre oubliée, Dernier feu d'artifice, puisse servir d'exutoire...


Hervé Pichard est responsable des acquisitions et chef de projet des restaurations de films à la Cinémathèque française.