En utilisant ce site, vous acceptez que les cookies soient utilisés à des fins d'analyse et de pertinence     Oui, j'accepte  Non, je souhaite en savoir plus

La revue du web #6 : cuir, affaires criminelles et maris trompés

19 septembre 2017

Au gré de la programmation, quelques trouvailles dénichées sur le web.

Depardieu et Pialat sur le tournage de Loulou

Depardieu et Pialat sur le tournage de Loulou

Blousons noirs

Blousons noirs

« Depardieu ne me surprend pas, il me fait marrer. » 1979, sur le plateau de Loulou, Maurice Pialat répond aux questions d'un journaliste. Si les deux hommes semblent s'entendre à merveille, en réalité le tournage n'est pas une partie de plaisir. C'est la première fois qu'ils tournent ensemble, après un rendez-vous manqué pour La Gueule ouverte, parce que l'acteur préfère jouer Les Valseuses réalisé au même moment. Pialat le prend super mal. L'histoire est racontée dans la série de l'été des Inrocks : master clash. Dans sa lettre adressée à Pialat, Depardieu confie avoir attendu deux ans avant de voir Loulou et comprendre qu'entre eux, « c'est à la vie, à la mort ». « Ce tournage bon sang ! Tu me l'as fait payer ma trahison. Je connaissais les coups de boule et les coups de latte, les poings américains et les chaînes de vélo, cela ne m'a pas empêché d'en prendre plein la gueule ! » : Loulou c'est lui, un loubard qui séduit Nelly (Isabelle Huppert), laquelle trompe son bourgeois de mari (Guy Marchand). L'histoire, c'est celle de Pialat, quitté par Arlette Langmann pour les bras musclés de Dédé, décorateur stagiaire sorti de prison. Ok cafard ! chante Gégé en 1980 à la sortie de Loulou, un film qui « sent fort le cuir », comme dirait Benoît Forgeard : Pialat serait-il le cinéaste du cuir ? On en profite pour réviser son blouson noir avec Patrick et Jean-Pierre.
Promo de Loulou, Yves Mourousi interviewe le couple cool, Huppert – Depardieu. Rencontrés 4 ans plus tôt sur Les Valseuses, ils se retrouveront 35 ans plus tard sur le film de Guillaume Nicloux, Valley of Love, qui raconte les retrouvailles d'Isabelle et Gérard, acteurs autrefois mariés, partis sur les traces d'un fils disparu. Qui aurait pu être celui de Loulou.

Loulou de Maurice Pialat – Mercredi 20 septembre à 14h30

Noir c'est noir

Noir c'est noir

« I was born when she kissed me. I died when she left me. I lived a few weeks while she loved me ». Fameuse réplique du Violent (In a Lonely Place en VO) et déclaration parfaitement noire qui résonne avec les déboires conjugaux de Nicholas Ray, un des légendaires borgnes d'Hollywood. Lui, c'est Humphrey Bogart, scénariste hollywoodien meurtri, soupçonné de meurtre et sujet aux grosses colères. Après Les Ruelles du malheur (1949), le cinéaste offre à Bogart un de ses plus beaux rôles et le plus proche de l'acteur, dixit Louise Brooks dans son essai « Humphrey and Bogey » ici en anglais dans le texte. Elle, c'est Gloria Grahame, la voisine amoureuse en proie au doute et Madame Ray à la ville de 1948 à 1952. 5e long métrage de Ray, Le Violent est sans doute son plus personnel. Le cinéaste maudit s'identifie à son antihéros. Sur le plateau, le mariage bat de l'aile et Monsieur surprend Madame au lit avec son fils, Tony Ray, 13 ans, né d'un premier mariage. Un scandale qui fait encore les choux gras du Hollywood Reporter. On verra bientôt l'actrice (ici toute en images et en détails croustillants) campée par Annette Bening dans Film Stars Don't Die in Liverpool, d'après les mémoires d'un autre de ses jeunes amants. Thriller noir sans espoir dans les coulisses de l'industrie du rêve, In a Lonely Place est en 3e position des 10 films essentiels sur Hollywood de Vogue et dans la liste des 100 meilleurs films américains de la BBC.
En attendant la séance présentée par Laure Marsac, on peut savourer la multitude d'affiches du film qui en donnent autant de regards différents ou écouter un des morceaux les plus dark de Joy Division qui reprend ce beau titre, In a Lonely Place, enregistré 4 jours avant que Ian Curtis se pende.

Le Violent de Nicholas Ray – Jeudi 21 septembre à 19h30

Le lien défait

Le lien défait

Pour son troisième long métrage, Claire Denis s'inspire d'un fait divers, l'histoire de Thierry Paulin, le tueur de vieilles dames arrêté à Paris en 1987. Des affaires criminelles, le cinéma français en regorge, et ce depuis 1900, lorsque le public du cinématographe commence à se lasser des fantasmagories de Méliès et des actualités documentaires. On veut du grand frisson, du crime. Pathé invente un nouveau genre, les reconstitutions d'exécutions capitales, voyeurisme macabre, à l'origine de la naissance de la censure cinématographique.
Avec J'ai pas sommeil, Claire Denis ne s'intéresse pas au fait divers sous l'angle de la Une des journaux, « La France a peur », où le serial killer devient un héros (ce qui énerve profondément Béatrice Dalle lors de la présentation du film au festival de Cannes.) Ce que veut la cinéaste, c'est approcher le mystère du meurtrier, de façon concentrique, à la manière d'un jeu de l'oie, en suivant les histoires d'autres personnages qui se croisent dans la ville. De ses nombreux entretiens, on peut relire celui qu'elle a donné pour les Cahiers du cinéma à la sortie du film en 1994 ou réécouter sa voix irrésistible enregistrée en juin dernier par Frédéric Worms pour France Culture. « Quand j'ai commencé à faire du cinéma, pour moi, Claire Denis, c'était Dieu ». Dans « sa lettre » à la réalisatrice, Laetitia Masson raconte aussi sa façon de filmer le corps des hommes, contemplative, frontale, envoûtée. Pour J'ai pas sommeil, elle filme celui de Richard Courcet – non pas sur la musique des Tindersticks associée à jamais aux films de la cinéaste – mais sur les chansons de Jean-Louis Murat : le générique de fin, un inédit rare, et Le Lien défait, titre évident pour Claire Denis, parce que : « quand le lien se défait, il y a une violence solitaire qui est possible ».

J'ai pas sommeil de Claire Denis – Mercredi 27 septembre à 19h30

Hong Kong Star

Hong Kong Star

Cosa Nostra n'est pas la seule mafia à avoir inspiré l'imaginaire cinématographique. Les histoires de crime organisé made in Hong Kong (un tour s'impose sur le site mafieux.fr), forment un genre à part entière, avec en tête de file les œuvres de John Woo et Johnnie To. Au rayon des films de triades (à lire les entretiens avec le spécialiste Arnaud Lanuque), Infernal Affairs fait déjà figure de classique. Le film, réalisé en 2002 par Andrew Lau et Alan Mak, est bien installé dans toute sorte de listes cinéphiles : meilleurs films d'infiltrés, de crimes hongkongais, ou dans les 100 meilleurs films non anglophones du monde, classé 30e par Empire, juste après Les 400 coups. Un prequel et une suite ont transformé l'essai, mais surtout un remake par le maître Scorsese, Les Infiltrés, dont on peut appréhender la différence de traitement avec l'original dans cette scène. Le film est évidemment présent dans la liste des films asiatiques copiés et pas toujours égalés.
Infernal Affairs, dont on apprécie l'affiche revisitée par Lionel Rousseau, réunit un casting de stars comme Tony Leung et Andy Lau, également chanteur adulé dans son pays (super occasion de voir un show chinois). Il y a aussi la collaboration de Christopher Doyle, que le réalisateur Andrew Lau raconte dans cet entretien sur le site référence HKCinémagic. Et Edison Chen, dans le rôle d'Andy Lau jeune, qui stoppa net sa carrière cinématographique en 2008, après un cyber-scandale, digne d'un bon scénario de polar HK. Hong Kong, où le cinéma résiste face à la Chine, comme l'explique cet article de Challenges. Une énorme production, qu'on peut apprécier à travers un inventaire des logos de studios. Mais il faut surtout foncer à la rétro de la Cinémathèque, Hong Kong : 20 ans, 20 films.

Infernal affairs d'Andrew Lau et Alan Mak – Samedi 30 septembre à 15h

Le couple qui tue

Le couple qui tue

They're young... they're in love... and they kill people. Tagline du Bonnie and Clyde d'Arthur Penn, consacré au couple mythique incarné par Faye Dunaway et Warren Beatty. On peut découvrir la véritable histoire de Clyde Barrow et Bonnie Parker dans ce documentaire ou sur moult sites de fans pour faire le point sur les membres de la bande, comme Blanche Barrow, la belle-sœur consultée pour le film. Classée dans les affaires célèbres du FBI, l'odyssée meurtrière du gang Barrow s'achève dans le sang en 1934, passionnant l'Amérique. Plein feux sur ce couple qui, avant l'ère du selfie, ne cesse de se tirer le portrait, mitraillette en main, et inspire au cinéma bon nombre d'amants en cavale. Mais le premier biopic, The Bonnie Parker Story, par AIP, ne sort qu'en 1958. Et personne ne se bouscule devant le scénario de Bonnie and Clyde, d'abord envoyé à François Truffaut et refusé par un luxe de réalisateurs, Godard inclus (le détail parmi ces 11 anecdotes sur le film). Enfin sorti sur les écrans en 1967, Bonnie and Clyde fait la fameuse couv du Times, marquant les débuts du Nouvel Hollywood (raconté en BD par Jean-Baptiste Thoret), comme un ouragan sur le 7e art, de toute beauté, avec 10 nominations aux Oscars à la clef. Pour patienter avant d'en prendre plein les yeux à la Cinémathèque, on peut en jeter un sur ce scrapbook du film, lire la lettre de Clyde à Henri Ford (le félicitant pour ses supers voitures) ou un poème de la vraie Bonnie, adapté en français dans la foulée du film par Gainsbourg en duo avec Bardot et repris par Scarlett Johansson et Lulu. Côté musique, le couple inspire sans relâche. Version Country, avec l'album The Story Of Bonnie & Clyde de Flatt & Scruggs, également auteurs du premier titre de la BO du film. Johnny Hallyday, époque hippie, reprend la Ballad of Bonnie and Clyde, tube pop de Georgie Fame. Le couple qui tue est encore cité par Lana Del Rey dans le bien nommé Live Or Die, et en mode Rap, par Shy Ronnie et Rihanna ou Jay Z et Beyoncé.

Bonnie and Clyde
d'Arthur Penn – Jeudi 21 septembre à 14h30

La Playlist #6

La Playlist #6

Bonnie and Clyde par Johnny Hallyday et Sylvie Vartan
Bonnie and Clyde d'Arthur Penn
Jeudi 21 septembre à 14h30

Trouble Every Day de Tindersticks
Trouble Every Day de Claire Denis
Samedi 30 septembre

Cat People Putting Out Fire de David Bowie
La Féline de Paul Schrader
Dimanche 24 septembre à 19h

Take A Look At Me Now par Phil Collins
Contre toute attente de Taylor Hackford
Jeudi 21 septembre

L'Isola degli uomini pesce de Luciano Michelini
Le Continent des hommes-poissons de Sergio Martino
Vendredi 29 septembre à 20h

Valse du café du fleuve de Georges Delerue
Hiroshima mon amour d'Alain Resnais
Jeudi 28 septembre à 14h30

Mandabi de Masani Cisse
Le Mandat d'Ousmane Sembene
Samedi 30 septembre à 14h30

Once Waiting par Zhang Bichen
Our Time Will Come de Ann Hui
Mercredi 20 septembre à 20h

Anne of the Indies de Franz Waxman
La Flibustière des Antilles de Jacques Tourneur
Mercredi 20 septembre à 15h

'Til You par Hadda Brooks
Le Violent de Nicholas Ray
Jeudi 21 septembre à 19h30

Dans mon cœur par Danielle Darrieux
Retour à l'aube d'Henri Decoin
Dimanche 24 septembre à 20h30