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« Paris Mai 68 », un film perdu de Charles Matton et Hedy Khalifat retrouvé par la Cinémathèque française

Hervé Pichard - 14 septembre 2017

Grâce à Sonia Durand-Khalifat, la Cinémathèque française a retrouvé un film, considéré comme perdu, sur le soulèvement insurrectionnel de la jeunesse et les affrontements de Mai 68. Paris Mai 68, court métrage initié par Hedy Khalifat et co-réalisé avec Charles Matton, a été numérisé à l'été 2017 au laboratoire Hiventy par la Cinémathèque française à partir d'une copie 35 mm noir et blanc. Le film, réalisé au banc-titre, insiste sur les violences policières. Une redécouverte assurément, à quelques mois du cinquantième anniversaire de Mai 68.

Pendant les événements de Mai 68 qui paralysent le pays et encouragent prises de parole, débats et réunions, de nombreux artistes s'engagent avec leurs armes : appareils photos, dessins, graffitis et caméras filmant les manifestations, les assemblées générales et les grèves afin de réclamer la fin du régime gaulliste et de promouvoir une nouvelle vision du monde qui dénonce déjà une société de consommation autodestructrice. Autant de gestes à la fois artistiques et de contre-information qui émanent d'une jeunesse révoltée et s'adressent à elle, des étudiants parisiens jusqu'au monde ouvrier ; autant de projections sauvages dans des lieux occupés, universités, lycées, théâtres, cinémas, usines. De nombreux collectifs s'organisent et certaines initiatives autonomes prennent forme. La plupart des films sont tournés et montrés en 16&nbspmm comme les « ciné-tracts », réalisés entre autres par Godard, Marker, Resnais – que la société Iskra et la Cinémathèque vont numériser en 2017. Philippe Garrel tourne en 35 mm Actua 1, poème écorché vif produit par Jean-Luc Godard (dont la Cinémathèque française a tiré une copie à partir des négatifs retrouvés récemment par le cinéaste).

La copie 35 mm de Paris Mai 68 est un témoignage émanant de deux figures artistiques de cette époque. Charles Matton, d'abord : connu pour ses peintures et ses dessins, il se fait remarquer un an auparavant en réalisant un premier court métrage mêlant fiction et animation, La Pomme ou l'Histoire d'une histoire. Hedy Khalifat, ensuite, qui produit le film : étudiant à l'IDHEC, pionnier du cinéma tunisien, il a travaillé avec René Vautier sur Vacances tunisiennes (1956) et réalisé en 1957, avec Cécile Decugis, Appel, sur les « réfugiés algériens » aux côtés du FLN. Les deux hommes sont complices et impliqués dans le mouvement insurrectionnel, un engagement qui les encourage dans le feu de l'action à réaliser Paris Mai 68.

Scandalisés par les violences policières, ils utilisent essentiellement et d'une façon dynamique des photos et aussi, par éclats, des films amateurs pour décrire la répression sanglante des CRS. Dans un premier temps, on découvre les manifestants pacifistes, place de la République, certains leaders et égéries de Mai 68, Daniel Cohn-Bendit ou Caroline de Bendern. Puis on suit les charges à la matraque et au gaz, les tirs, les coups, les manifestants en sang, les arrestations brutales... Des images impressionnantes mais montées à chaud pour dénoncer la violence d'État et encourager à poursuivre les manifestations. Le film finit sur une affiche-texte : « La lutte continue ».

Hervé Pichard


Hervé Pichard est responsable des acquisitions et chef de projet des restaurations de films à la Cinémathèque française.