Catalogue des appareils cinématographiques de la Cinémathèque française et du CNC

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Projecteur de film 35 mm

N° Inventaire : AP-95-1451

Collection : La Cinémathèque française

Catégorie d'appareil : Projection lumineuse cinématographique

Nom du modèle : Kinétographe du Théâtre Robert-Houdin

Lieu de fabrication : Paris, France

Année de fabrication : 1896

Brevet : Louis Henri Charles, brevet n° 255 702, déposé le 20 avril 1896, délivré le 30 juillet 1896, "Nouveau mode de commande de la ... +

Fiche détaillée

Type de l'appareil

entraînement du film 35 mm par une vis hélicoïdale à rampe qui à chaque tour fait avancer d'un cran un disque à huit chevrons relié au débiteur en aluminium et à l'obturateur deux pales ; fenêtre réglable en hauteur ; magasin supérieur en cuivre ; volant en fonte ; rouleau en ébonite pour guider la pellicule

Auteurs

Méliès Georges
Paris

Korsten Lucien
Paris, 14 passage de l'Opéra et 31 boulevard Henri IV

Reulos Lucien
Paris, 14 passage de l'Opéra et 31 boulevard Henri IV

Charles Louis
Paris

Fabricants

Georges Méliès
Paris, 14 passage de l'Opéra

Lucien Korsten
Paris, 14 passage de l'Opéra

Lucien Reulos
Paris, 14 passage de l'Opéra

Utilisateurs

Méliès Georges
Paris

Korsten Lucien
Paris, 14 passage de l'Opéra et 31 boulevard Henri IV

Reulos Lucien
Paris, 14 passage de l'Opéra et 31 boulevard Henri IV

Charles Louis
Paris

Distributeurs

Informations non disponibles

Sujet du modèle

Informations non disponibles

Objectif

absent

Taille de l'objet

Ouvert :
Informations non disponibles

Fermé :
Longueur : 34 cm
Largeur : 20 cm
Hauteur : 39 cm

Diamètre :
Informations non disponibles

Taille de la boîte de transport

Informations non disponibles

Remarques

Gravé sur le bâti : "Kinétographe du Théâtre Robert-Houdin. Brevet Korsten, Méliès, Reulos" . Cet appareil provient de la veuve de Georges Méliès (don à la Cinémathèque française).

On sait que Georges Méliès a commencé ses projections de films dans son théâtre Robert-Houdin, à partir du 5 avril 1896. Il possède déjà une caméra (voir AP-95-1450), un projecteur de Robert-William Paul qu'il a transformé en appareil de prises de vues qui a lui a permis de réaliser ses premiers films. La première mention du "Kinétograph, photographies animées" de Méliès apparaît dans L'Orchestre le 5 avril 1896. "Je projetais d'abord des bandes de kinétoscope, des escrimeurs, des boxeurs, la Loïe Fuller", selon Méliès. Le 14 avril 1896, la publicité précise : "Le Théâtre Robert-Houdin a ajouté à son spectacle si intéressant le Kinétograph, appareil américain perfectionné, les photographies animées grandeur naturelle, sans aucune trépidation".

Nous connaissons, à l'heure actuelle, deux exemplaires à peu près identiques (avec des variantes infimes) d'un projecteur de film 35 mm utilisé en 1896 par deux propriétaires différents : le premier appareil, le plus complet, est celui-ci, conservé par la Cinémathèque française. Le deuxième exemplaire, très incomplet, ne possède pas de noms gravés ("Kinétographe du Théâtre Robert-Houdin. Brevet Korsten, Méliès, Reulos") mais a toujours été baptisé "Isolatograph" par les historiens allemands. Cet exemplaire provient de la collection du pionnier allemand Oskar Messter et est conservé au Deutsches Museum de Munich. Messter et certains historiens allemands soutiennent qu'avec cet appareil, les frères Emile et Vincent Isola ont montré à Berlin, Unter den Linden 21, le 26 avril 1896, des projections de films. Les frères Isola, magiciens et entrepreneurs de spectacle, ouvrent un "Théâtre Isola", 39 bd des Capucines à Paris, en face du Grand Café où Lumière présente le Cinématographe. Les Isola donnent, à partir du 2 avril 1896, des projections de "photographie vivante" accompagnées de tours de magie. Ils ont d'abord acheté à George William de Bedts un exemplaire de sa caméra réversible "Kinétographe". C'est après avoir essayé cet appareil de Bedts qu'ils utiliseront l'autre "Kinétograph" (sans "e" à la fin), dont Méliès se dira l'inventeur.

Les deux exemplaires du "Kinétograph" de la Cinémathèque française et du Deutsches Museum se ressemblent tellement, malgré quelques petites variantes sur la forme du bâti, qu'ils sont probablement issus du même fabricant. Serait-ce Méliès, alors, puisque son nom est gravé sur l'exemplaire de Paris ? Mais le brevet de Méliès, Korsten et Reulos ne date que du 4 septembre 1896 ; or les deux appareils sont plus anciens, puisque l'un d'eux - celui conservé au Deutsches Museum - aurait servi aux projections berlinoises du 26 avril 1896. Certes, la mention "Brevet Korsten, Méliès, Reulos" qui figure sur l'exemplaire de Paris, a pu être apposée en septembre 1896, bien après la première utilisation, en avril, de l'appareil. Mais en 1896, lorsqu'un pionnier conçoit un appareil équipé d'un mécanisme d'entraînement original, il se hâte de le breveter, tant la contrefaçon sévit partout.

En fait, comme l'avait bel et bien affirmé Oskar Messter, l'appareil du Deutsches Museum est certainement celui qui a assuré les projections berlinoises du 26 avril 1896. Seulement, cet appareil n'est en réalité pas dû aux frères Isola, ni même à Méliès, de même que l'exmplaire conservé à Paris. En effet, la presse allemande d'avril 1896 affirme que les frères Isola disposent, pour leur séance berlinoise du 21 Unter den Linden, d'un cinématographe "Isola-Apparat" conçu par un Parisien du nom de Louis Charles, un quasi inconnu. Le nom de Louis Charles figure parmi la centaine de pionniers français qui ont déposé un brevet relatif à la technique cinématographique durant l'année 1896. Il a déposé un brevet d'invention, le 20 avril 1896, valable 15 ans, et portant le n° 255 702, pour "un nouveau mode de commande de la pellicule dans la photographie animée". On y trouve précisément décrit le système d'entraînement de la pellicule utilisé dans les deux projecteurs de Paris et Munich, attribués jusqu'ici à Méliès et aux Isola. L'appareil décrit par Charles ne possède pas le même bâti que ceux conservés, mais le système d'entraînement est identique, de même que le couloir, le débiteur denté et la fenêtre de projection. Le mécanisme d'entraînement consiste en un cylindre rotatif à rampe hélicoïdale dans laquelle s'engagent successivement une série de goupilles montées sur un arbre relié à un débiteur denté. Il est donc plausible que Méliès et Isola aient utilisé un projecteur de Louis Charles, en avril 1896, pour assurer leurs projections respectives à Paris et Berlin. Comme R.W. Paul en Angleterre, Charles vendait ses appareils aux amateurs assez fortunés pour les acquérir. Bien que breveté le 20 avril 1896, il est possible que le projecteur de Charles ait servi dès le 5 avril pour la première séance du théâtre Robert-Houdin. Tout cela confirmerait les propos de la veuve Méliès le 17 juin 1944, devant la Commission de recherche historique de la Cinémathèque française : "M. Astaix : Il a acheté un appareil de projection Paul à Londres. Mme Méliès : Il a acheté un appareil Paul à Londres, mais un autre aussi à Paris".

Non sans aplomb, Méliès, Korsten et Reulos déposent à leur tour, le 4 septembre 1896, un brevet d'invention (n° 259 444) pour un "appareil destiné à prendre et à projeter les photographies animées". Ce brevet reprend le même système à rampe décrit le 20 avril 1896 par Louis Charles. Il n'y a de différences notables que sur le bâti et la roue d'entraînement.

Méliès, Korsten et Reulos commercialisent leur "Kinétograph" ou "Kinétographe" breveté. Deux versions différentes de celles qui subsistent (Paris/Berlin) sont proposées à l'époque : l'une pour le professionnel, l'autre pour les amateurs. Cette tentative de commercialisation n'aura pas grand succès semble-t-il puisque Méliès abandonne rapidement la fabrication et vente d'appareils. Une brochure de Georges Brunel, publiée en 1897 et vendue directement chez Méliès et Reulos au 14 passage de l'Opéra, décrit le "Kinétograph" comme "élégant, léger, d'un réglage facile". Il "fait peu de bruit... La mise en place des films est simple et rapide ; les projections sont nettes et parfaites, tant au point de vue de la fixité que de la netteté ; enfin il est d'un poids très réduit, il ne pèse en effet que 7 kilogrammes. Brunel donne d'autres renseignements sur ce modèle jamais retrouvé : "MM. Méliès et Reulos construisent aussi un appareil pour amateur, qui se présente sous la forme extérieure d'un coffre en gainerie mesurant 30 x 17 x 18 cm et ne pesant que 2 kilogrammes ; toutes les conditions du Kinétograph grand modèle y sont observées". Le réservoir en laiton dans lequel on place la pellicule, sans doute l'un des premiers "carters" utilisés en projection, se trouve sur les deux versions du Kinétographe.

Chez Brunel, pas un mot sur Louis Charles et son projecteur d'avril 1896. Quant à Méliès, il revendiquera dans ses Mémoires le mérite d'avoir "construit un appareil d'amateurs, le Kinétograph", qui "comportait un système d'entraînement tout à fait curieux". L'historien Maurice Noverre recopie les propos de Méliès et précise en 1929 que ce dernier "voulut à un moment, avoir lui aussi un appareil bien à lui ; et il produisit le Kinétographe".

Il reste encore bien des points à éclaircir : comment et pourquoi Méliès, Korsten et Reulos ont-ils déposé le même brevet que Charles, à quelques mois d'intervalles ? Y a-t-il eu un achat, une entente, entre "inventeurs" ? Le Kinétographe a-t-il servi toute l'année 1896 au théâtre Robert-Houdin ? (Laurent Mannoni)

Bibliographie

J. L. Breton, "La Chronophotographie", Revue scientifique et industrielle de l'année, 1897, pp. 207-208.

G. Brunel, Le Kinétograph Méliès et Reulos, Paris, Charles Mendel, 1897.

G. Brunel, La photographie et la projection du mouvement, Paris, Charles Mendel, 1897.

J. Vivié, "Hommage à Georges Méliès ingénieur du cinéma", AFITEC, n° 22, 1962.

L. Mannoni, "Méliès contrefacteur ?", 1895, n° 22, juillet 1997, p. 17-32.