Catalogue des appareils cinématographiques de la Cinémathèque française et du CNC

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Lampe oxyéthérique

N° Inventaire : AP-14-2878

Collection : La Cinémathèque française

Catégorie d'appareil : Projection lumineuse (accessoire)

Nom du modèle : Sécuritas

Numéro de fabrication : n° 861

Lieu de fabrication : Paris, France

Année de fabrication : 1894

Fiche détaillée

Type de l'appareil

saturateur en réservoir cylindrique sur lequel est fixé le chalumeau et le tuyau de gaz ; vis de réglage pour le support à baton de chaux ; deux robinets à vis ; bouchon à vis

Auteurs

Informations non disponibles

Fabricants

Alfred Molteni
Paris, 44 rue du Château-d'Eau

Utilisateurs

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Distributeurs

Alfred Molteni
Paris, 44 rue du Château-d'Eau

Sujet du modèle

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Objectif

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Taille de l'objet

Ouvert :
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Fermé :
Longueur : 20 cm
Largeur : 10 cm
Hauteur : 13 cm

Diamètre :
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Taille de la boîte de transport

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Remarques

Marque : "Sécuritas. Breveté S.G.D.G. Chalumeau. Multi-saturateur. 861".

C'est ce modèle précis de lampe qui provoqua l'incendie du Bazar de la Charité en 1897. Alfred Molteni donne une communication à la Société française de photographie, le 4 juin 1897 : "Il y a bientôt trois ans, j'avais l'honneur de présenter à la Société une lampe oxy-éthérique, dont je recommandais l'emploi avec la plus entière bonne fois. Ai-je eu tort en vous engageant à utiliser cet appareil ? Je ne le crois pas, l'expérience de chaque jour, portant sur un grand nombre de lampes, n'a fait que confirmer ce que je vous disais alors. Aujourd'hui, en présence des explications erronées, données par beaucoup de journaux à l'occasion de l'incendie du Bazar de la Charité, il est peut-être utile de revenir sur ce sujet , et de rappeler dans quelles conditions ces lampes doivent fonctionner. Un mélange de vapeur d'éther ou de gazoline et d'oxygène étant explosif, comment a-t-on pu songer à employer des appareils utilisant ces agents ? Simplement parce que ce mélange n'est pas explosif en toutes proportions, et qu'il suffit que les quantités de vapeurs combustibles soient en grand excès par rapport à l'oxygène pour que le mélange ne soit pas détonant. Le but à atteindre, dans la construction d'une lampe oxyéthérique, est de faire en sorte que le mélange, à l'intérieur de l'appareil, ne soit pas explosif, et qu'il ne le devienne pas après une marche plus ou moins prolongée ; mais comme il est nécessaire que le mélange soit détonant pour produire une température assez élevée, pour porter la chaux à l'incandescence, il faut, à un moment donné, augmenter la proportion d'oxygène en amenant, en dehors de l'appareil, le supplément de ce gaz, de façon que le mélange se fasse seulement près de la sortie. [...] Le mélange ne se forme et ne devient explosif qu'en dehors de l'appareil et seulement dans une petite chambre spéciale dont la capacité, à peu près égale à celle d'un dé à coudre, ne contient pas assez de mélange gazeux pour produire le moindre accident. A ce propos, il est bon de remarquer qu'il faut éviter tout espace vide, surtout à l'intérieur de la lampe qui doit être complètement remplie par les matières absorbantes, et employer des tuyaux aussi courts que possibles pour relier le chalumeau au saturateur : une tuyauterie trop longue formerait magasin à mélange, comme cela arrivait dans les anciens appareils. Voici la lampe que je vous ai présentée en 1894 ; depuis cette époque, plusieurs fois par jour, nous provoquons, par aspiration, des rentrées de flamme qui font exploser les gaz contenus dans la boîte à mélange, sans que jamais les explosions se soient propagées dans l'intérieur de l'appareil, qui est encore en parfait état de fonctionnement. [...] Rappel des précautions à prendre dans l'emploi de ces lampes : 1. Ne jamais les remplir à la lumière ou dans une pièce où il y a du feu ; et si la lampe vient de servir, attendre qu'elle soit refroidie ; 2. N'employer que les liquides indiqués, c'est à dire de l'éther pesant 720 gr à 723 gr le littre, ou de la gazoline (essence légère de pétrole) pesant au plus 650 gr le litre. 3. Après avoir rempli la lampe, attendre quelques instants que le liquide soit bien absorbé et drainer l'excédent. 4° Ne jamais allumer sans s'être assuré qu'il ne sort aucun liquide par le bec du chalumeau ; à cet effet, laisser souffler l'oxygène quelques instants et n'allumer que lorsqu'il ne se produit aucun crachement" (A. Molteni, "Sur les lampes oxy-éthériques", Bulletin de la Société française de photographie, 2e série, t. XII, n° 15, 1897, p. 364-372).

"Le chalumeau oxyéthérique se compose d'un corps cylindrique, divisé en deux ou plusieurs compartiments renfermant les matières absorbantes destinées à emmagasiner le liquide volatil, constitue le saturateur proprement dit, après lequel se trouvent fixés le chalumeau et ses accessoires. L'ensemble, formant un tout compact, fonctionne de la manière suivante. Après avoir rempli l'appareil avec de l'éther ou de la gazoline, on le retourne pour drainer l'excédent du liquide, puis on le redresse et, après avoir remis en place le bouchon à vis qui ferme le réservoir, on met en communication, à l'aide d'un tuyau en caoutchouc, la tubulure avec le réservoir d'oxygène. La tubulure est soudée sur un tube en forme de T dans lequel l'oxygène se divisie en deux portions : l'une passe par le saturateur, se carbure et arrive à la sortie du chalumeau où on l'allume comme le gaz d'éclairage ; l'autre portion d'oxygène se rend directement au chalumeau et agit exactement comme l'oxygène pur dans les chalumeaux ordinaires pour former le dard qui porte la chaux à l'incandescence. On règle le débit des deux courants d'oxygène à l'aide des robinets ou valves à vis placés sur chaque branche du tube en T. Les avantages de ce mode d'éclairage sont les suivants : possibilité d'avoir une lumière intense dans les endroits privés de gaz d'éclairage ; facilité de transport ; manoeuvre très simple ; intensité plus grande que celle de la lumière oxhydrique ; petite dimension du point lumineux, et par suite augmentation de netteté de l'image" ("Les projections par le chalumeau oxyéthérique", La Nature, 1895, p. 51-52).

C'est en 1782 que B. Molteni (d'origine italienne, nommé aussi Molteno), l'arrière grand-père d'Alfred Molteni, ouvre un magasin d'instruments d'optique rue Sainte-Apolline à Paris. Eugène Trutat et d'autres auteurs attribuent à ce Molteni la fabrication du fantascope de Robertson. Le nom de "Molteno" apparaît tout au long du premier Empire à l'adresse du 11 rue du Coq Saint-Honoré, en tant qu'opticien. Son fils Pierre François Antoine Molteni dit lui aussi Molteno, reprend les affaires en 1808 au décès de son père et créé le 2 avril 1817, avec Joseph Duroni, une société destinée à accroître les capacités des ateliers et magasins (une deuxième boutique a été ouverte au Palais-Royal). Le 24 décembre 1836, François Molteni père associe aux affaires son fils aîné Pierre Marie Joseph Molteni. En 1839, les Molteni auraient été chargés par Alphonse Giroux de fabriquer la chambre de Daguerre. Un employé, Ferdinand Siegler, entre dans la firme comme associé en septembre 1841. Jules Molteni, le deuxième fils de François, fait une entrée remarquée en 1843. Les magasins du 62 rue du Château-d'Eau sont ouverts en 1852 ou 1853 (nouvelle numérotation au n° 44 de la même rue en 1872). Pierre Marie Joseph décède en 1852, Jules Molteni reste seul jusqu'en 1863 et s'associe alors avec François Marie Alfred Molteni, né à Paris en 1837, qui prend la relève vers 1865. Il va clore en beauté la longue lignée des Molteni en tant qu'opticiens. C'est "la projection faite homme", dit-on de lui à l'époque. On lui doit plusieurs ouvrages techniques, dont Instructions pratiques sur l'emploi des appareils de projection, publié en 1878 et qui connaîtra quatre éditions. Sous sa direction, la firme deviendra avec celle de Duboscq la plus renommée en France dans le domaine des projections lumineuses. Il lance notamment une lanterne à quatre pieds de cuivre, dotée d'excellents objectifs, qui sera extrêmement vendue. Lanterniste renommé, il est le projectionniste attitré des grands scientifiques - Jules Janssen, Etienne-Jules Marey… Il fabrique un grand nombre de plaques photographiques et de vues mécanisées. C'est lui qui commercialise en France une plaque animée phénakistiscope dont le disque est mû par intermittence grâce à une croix de Malte. En 1894 il fabrique et vend une nouvelle lampe oxyéthérique, baptisée " Sécuritas ", qui sera utilisée en 1897 par les premiers projectionnistes de films et notamment ceux du Bazar de la Charité… Bouleversé par la catastrophe qui suivit, Molteni se retire en 1900 et laisse sa firme entre les mains de Radiguet et Massiot. Il meurt en 1907 à Tours.

Bibliographie

"Les projections par le chalumeau oxyéthérique", La Nature, 1895, p. 51-52.

A. Molteni, "Sur les lampes oxy-éthériques", Bulletin de la Société française de photographie, 2e série, t. XII, n° 15, 1897, p. 364-372.