Catalogue des appareils cinématographiques de la Cinémathèque française et du CNC

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Projecteur de film 35 mm

N° Inventaire : AP-17-3123

Collection : La Cinémathèque française

Catégorie d'appareil : Projection lumineuse cinématographique

Nom du modèle : Cinerama Century ; Cinérama

Numéro de fabrication : n° 2017 ; Serial n° D 175 - 261 ; 513 (gigolos) ; 48 (Zipper Electric)

Lieu de fabrication : New York, N. Y., Etats-Unis

Année de fabrication : 1952

Brevet : Fred Waller, USP n° 2 392 440, application March 25, 1944, patented Jan. 8, 1946, "Method and apparatus for projecting motion... +

Fiche détaillée

Type de l'appareil

entraînement du film 35 mm à 26 images seconde, six perforations de chaque côté de l'image, par croix de Malte à bain d'huile ; trois débiteurs dentés ; obturateur deux pales sous carter ; volet coupe-feu ; Zipper Electric Changeover Essannay ; franges en dent de scie vibrant ("gigolos") dans la fenêtre ; compteur

Auteurs

Waller Fred
Huntington, New York

Dresser Willis Robert
Long Hill, Connecticut

Fabricants

Century Projector Corporation
New York, N. Y., 729 Seventh Avenue

Kollmorgen Corporation
Northampton, Massachussets

Essannay Electric Mfg Co.
1438 N. Clark St., Chicago, Illinois

Utilisateurs

Waller Fred
Huntington, New York

Dresser Willis Robert
Long Hill, Connecticut

Distributeurs

Century Projector Corporation
New York, N. Y., 729 Seventh Avenue

Cinerama Inc.
New York, New York

Sujet du modèle

Informations non disponibles

Objectif

Kollmorgen Optical Corp. Northampton Mass. Made in USA BX 241 f. 1.9 3 in. E.F. 84655

Taille de l'objet

Ouvert :
Informations non disponibles

Fermé :
Longueur : 40 cm
Largeur : 38 cm
Hauteur : 56 cm

Diamètre :
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Taille de la boîte de transport

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Remarques

Marques : ¨Property of CINERAMA, INC. New York, N. Y., U.S.A. Serial n° D 175 - 261. Licensed under one or more of the following patents - for use only by authorized users of the Cinerama process for the pratice of the Cinerama process only : U.S. Patents 2 273 074, 2 476 521, 2 280 206, 2 544 116, 2 397 713, 2 563 892, other patents pending". "Zipper Electric Changeover Patent 1796970 Mfd by Essannay Electric Mfg. Co., 1438 N. Clark St. Chicago Ill., CV 653 Serial 48 Volts 117 AC Amps 2".

Les trois projecteurs Century du Cinérama ont été acquis par François Herr (Cinématériel) à Athènes, puis acquis par la Cinémathèque française le 13 avril 2017.

Le Cinérama est présenté par Fred Waller et la Stanley Warner Cinerama Corporation le 30 septembre 1952 au Broadway Theatre à New York. Les recherches de Waller ont débuté en 1939. Pendant la guerre, il installe pour l'armée le "Waller Gunnery Trainer", fonctionnant avec cinq projecteurs et un écran incurvé, permettant aux pilotes de s'entraîner au tir sur des avions virtuels. Au début des années 1950, Waller, aidé par l'acousticien Hazard Reeves, les réalisateurs-producteurs Merian Cooper et Michael Todd, perfectionne le système. This is Cinerama, projeté à New York, offre des plans verigineux : montagnes russes de Long Island, chutes du Niagara filmées d'un hélicoptère, vallée Yosemite vue d'un bombardier B-25... A la prise de vues, trois caméras synchrones avec trois objectifs 27 mm enregistrent un champ de 146° de largeur totale, et 55° en hauteur, sur trois images de 25 mm de large sur 28 mm de haut, sur pellicule 35 mm. L'image en couleurs Technicolor couvre six pas de perforation au lieu de quatre et la cadence adoptée est de 26 images/seconde au lieu de 24. Un seul obturateur tourne au point d'intersection des axes optiques. A la projection, trois cabines sont nécessaires car les trois films défilent en même temps sur les trois projecteurs Century synchronisés. Pour atténuer la ligne de raccordement des trois images, des caches (dits "Gigolos"), découpés sur les bords en petites dents de scie et placés près du bord vertical de la fenêtre de projection, oscillent verticalement à grande vitesse en un mouvement alternatif. Un diaphragme commandé à distance permet de régler les différences de luminosité des images. Afin d'éviter les postes doubles dans chaque cabine, on fait défiler en une fois 2280 m de film, ce qui exige des carters surdimensionnés. L'écran courbe, immense (dimension standard 25 m de large sur 9 m de haut) est fait de 1100 rubans verticaux et parallèles en matière plastique. L'installation stéréophonique est composée de cinq groupes de haut-parleurs derrière l'écran et plusieurs dans la salle. Le son magnétique est enregistré par six microphones et remixé ensuite en sept canaux enregistrés sur un film lu par un lecteur spécifique synchronisé aux projecteurs. Plusieurs salles Cinérama sont installées aux Etats-Unis et en Europe, concurrencées par d'autres systèmes (Cinémiracle en 1958, Kinopanorama en URSS, 1957). Le 20 mai 1955, la salle de l'Empire à Paris, transformée, accueille le spectacle. Chris Marker, critique des Cahiers du cinéma, se montre dubitatif. "Le Cinérama est un danger grave pour le cinéma", affirme Marcel L'Herbier, qui dira la même chose du CinémaScope. En 1960, la MGM rénove le procédé avec le Super Cinérama et présente How the West Was Won (John Ford, 1963). Le succès s'estompe. Le nom Cinérama figure encore comme argument publicitaire sur 2001 de Stanley Kubrick (1968) par exemple, mais ce film tourné en Super Panavision 65 mm ne correspond pas aux spécifications de Fred Waller (Laurent Mannoni, La Machine cinéma, Paris, La Cinémathèque française, Liénart, 2016, p. 210-211).

"De quoi s'agit-il donc du point de vue technique ? C'est, il faut le dire, une solution simple et assez rudimentaire. Trois appareils de prises de vues sont mis côté à côte, le premier visant droit devant lui, les deux autres visant de part et d'autre, avec leurs axes optiques, suivant des angles de 48°. On enregistre en même temps des bandes sonores, six généralement. On tire trois positifs des images, une centrale, deux externes, et les bandes sonores. La projection s'effectue sur un large écran cintré de 22 m de diamètre. On projette avec trois projecteurs. le projecteur central projette droit devant lui dans l'axe de la salle l'image 1. Le projecteur de gauche envoie l'image 2 sur la partie droite de la salle en croisant son faisceau avec celui du projecteur central et le projecteur de droite envoie de même l'image de gauche sur l'écran. Les trois projecteurs sont, bien entendu, synchronisés à l'aide d'un des dispositifs connus. Ils sont aussi synchronisés avec un projecteur de son à six têtes sonores de lecture, lesquelles sont reliées à des séries de haut-parleurs répartis derrière l'écran et sur le pourtour de la salle. [...] Du point de vue technique, le spectateur est, avec le Cinérama, très gêné par le manque de lié des trois images, qui raccordent mal. Du point de vue commercial, l'obligation d'installer les projecteurs dans la salle, de préférence à l'orchestre, fait perdre environ le tiers des places. Une salle de 2000 places perd environ 700 places. Mais pour les autres, l'effet est sensationnel et peut se vendre cher la place. On ne voit en France que peu de salles capables de recevoir un tel écran" (La Cinématographie française, n° 1494, 29 novembre 1952).

"C'est la Stanley Warner Cinerama Corp. qui fait connaître le Cinérama au public en présentant This is Cinerama, pour la première fois en septembre 1952, au Broadway Theatre à New York. Ce spectacle y connait immédiatement un immense succès : il tient l'affiche à Broadway plus longtemps qu'aucun autre film et bat tous les records de recettes. Après ce départ sensationnel en Amérique, le Cinérama part conquérir le public du monde entier. Stanley Warner Cinerama Corp., Cinerama Production, Cinerama Inc., cèdent à Robin International Inc. les droits de diffusion du Cinérama pour divers pays, y compris la France. Dans des théâtres spécialement équipés, This is Cinerama est présenté à Tokyo, Osaka, Montréal, Londres, puis à Milan, toujours avec le même extraordinaire succès. Pour pouvoir accueillir dignement cert art nouveau aux exigences particulières, le théâtre de l'Empire a dû être complètement transformé et doté des installations spéciales au Cinérama. Les techniciens ont eu à résoudre plusieurs problèmes : d'abord installer les trois appareils de projection en reproduisant la disposition des objectifs de la caméra de prises de vue. L'implantation des cabines devait répondre aux impératifs suivants : - Cabines au même niveau ; - angles des appareils de projection rigoureusement égaux à 47° ; - la distance du centre optique des appareils de projection à l'écran doit être semblable, ou tout au moins très proche les unes des autres ; - enfin, l'ange parfait de l'axe de projection est de 0° avec une tolérance de 2°. Après différentes études de position des cabines, il fut décidé que celles-ci seraient mises au niveau des corbeilles. [...] Les deux cabines latérales sont symétriques par rapport à l'axe, et rigoureusement semblables. La cabine cnetrale diffère notablement de ces deux dernières ; sur sa partie avant, une nacelle a été prévue où doit se tenir l'ingénieur synchronisant les trois projections : celui-ci reste constamment en relation avec les trois projectionnistes. Dans la partie arrière de cette cabine, les anciennes loges ont été aménagées en local de vérification des films. [...] Second problème : incorporer dans un ancien théâtre l'écran incurvé du Cinérama. Pour obtenir un développement suffisant, il a fallu démolir une partie avancée des corbeilles. L'écran a 22 m de long, 8,50 m de haut dans sa partie centrale ; il couvre 240 m2. Les deux extrémités qui reçoivent les projections latérales sont formées de bandes orientées de telle sorte qu'il n'y a pas de réverbération lumineuse sur la partie centrale. [...] Trois ingénieurs américains, considérés comme les meilleurs spécialistes du Cinérama, sont venus en France pour aider à l'organisation du système stéréophonique, et à l'aménagement technique des trois cabines de projection" ("Cinérama, art nouveau", Le Cinéma chez soi, n° 2, août-septembre 1955, p. 28-29).

"Cinérama à l'Empire de Paris. [...] A la projection, les trois films défilent synchroniquement, par interlock électrique, projetés dans trois cabines orientées dans les mêmes axes que ceux de la prise de vues. Ceci exige une mise au point précise. Pour éviter toute distorsion des images, les cabines sont établies à la même hauteur que le centre de l'écran, et la ligne de vision des spectateurs sous le plus petit angle possible par rapport à cette ligne de projection. C'est pour cette raison principale que l'Empire fut choisi pour le Cinérama et l'architecte, M. Georges Peynet, eut à rectifier les planchers de la salle, l'implantation des sièges et les courbes de l'écran suivant les directives expérimentées de ses confrères. Ceci a imposé des aménagements considérables à la scène et à l'installation intérieure de l'ancien théâtre. Le cadre incurvé supportant l'écran et les rails d'évolution des rideaux d'écran ont été disposés, partie sur l'ancienne scène, partie en deça du cadre de scène, qui n'est pas touché. Les avancées de la corbeille ont été coupées, pour ménager les extrémités de la courbure de l'immense écran. Ainsi a été accrue la visibilité du spectacle pour la majorité des anciennes places du théâtre. Celles-ci atteignent maintenant un millier de fauteuils, avec les accès normaux pour une exploitation permanente. Le plancher des places d'orchestre a été surélevé dans sa partie avant, afin de redresser selon les normes du Cinérama le plan de vision de l'écran courbe par les spectateurs les plus rapprochés placés ainsi dans l'ambiance visuelle et auditive optima. La stéréophonie est un élément essentiel du spectacle. Elle est assurée par sept pistes sonores. A la prise de vues, cinq microphones saisissent les divers sons directs de la scène enregistrée, et trois autres, au minimum, captent les sons d'ambiance, proches ou lointains. Les sons choisis pour les sept pistes sonores sont réenregistrées magnétiquement et projetés par un lecteur sonore fonctionnant normalement dans la cabine, synchronisé avec les images. Cinq pistes alimentent les cinq haut-parleurs placés derrière l'écran. Les deux autres émettent les sonorités d'mbiance par les haut-parleurs répartis dans la salle même. [...] On peut signaler que le système de son est capable de couvrir une zone de fréquences de 30 cycles à plus de 18 000 cycles, y compris les plus hautes harmoniques. [...] Contrairement à l'habitude, tandis que les pré-amplificateurs sont placés à côté du lecteur sonore, les amplificateurs de puissance sont installés aussi près que possible des haut-parleurs d'écran. L'ensemble du matériel de projection optique et magnétique a été transporté spécialement des Etats-Unis. C'est la maison Brockliss, de Paris, qui en assure l'installation. Quoique la pellicule employée soit du 35 mm normal, l'image inscrite est plus haute, correspondant à six perforations au lieu de quatre. Ainsi l'image formée par les trois projections couvre une proportion totale de 3 sur 1, et la vitesse de défilement est de 26 images-seconde au lieu des 24 usuelles. Le problème de la jonction des trois images sur l'écran a été résolu par des franges en dent de scie vibrant sur les côtés des fenêtres de projection. Les projecteurs établis par la Century Projector Corp. de New York, sont d'un type particulier adapté aux nécessités du Cinérama. Le mécanisme est évidemment établi pour le format et la cadence spéciale de défilement, et les moteurs équipés de commandes différentielles très précises, permettent de ralentir ou retarder leur mouvement pour maintenir le synchronisme des images. La fixité des images est également assurée avec grand soin dans la construction des couloirs et des tambours d'entraînement. [...] Le programme dure 110 minutes. Pour assurer une continuité de projection sans un changement d'appareils qui gênerait la vision, ce sont des magasins très grands, de 8000 pieds (2400 mètres) qui sont utilisés, avec un seul projecteur par cabine. Ainsi n'y a-t-il qu'un seul arrêt, très rapide, au cours de la projection, au lieu des sept changements qu'auraient nécessité des copies ordinaires. Les bobines de 8000 pieds sont entraînées par des moteurs séparés. Le réembobinage isolé est assuré dans chaque cabine, mais un local spécial est aménagé pour la manipulation, synchronisme, coupures et collures des trois films. On remarquera, en avant de la cabine centrale, un pupitre de contrôle. C'est un appareillage essentiel pour régler l'ensemble du spectacle. Des feux colorés indiquent la synchronisation des images et des sons. Les commandes permettent de ralentir ou accélérer les moteurs, de régler les volumes et les divers effets sonores. L'écran, large et courbe, est d'une construction particulière. La partie centrale est d'une seule pièce de plastique perforé, mais les côtés sont faits de bandes étroites de ce même tissu, espacées et orientées pour éviter les réflexions de lumières sur les autres parties de l'écran. [...] Le premier spectacle This is Cinerama a débuté le 30 septembre 1952 au Broadway Theatre de New York. Il comporte onze parties où s'associent la musique, la danse, le sport et les voyages dans le monde. Son succès, qui fit choc à New York et se maintient encore actuellement dans les cinq exhibitions installées dans les grandes villes américaines avec des recettes de millions de dollars, dépasse tout ce qui peut se concevoir comme résultats d'exploitation d'une oeuvre filmée. Un second spectacle, Cinerama Holiday, établi par Louis de Rochemont, vient de débuter à New York avec un succès semblable. La première salle Cinérama installée en Europe est celle de Londres, où le London Casino s'est ouvert en octobre 1954 et a trouvé un accueil excellent. Il y a deux semaines, le Cinérama a également débuté à Milan, au cinéma Manzoni" (La Cinématographie française, n° 1615, avril 1955).

"La triple projection n'est jamais parfaitement équilibrée. Les trois lampes à arc, par exemple, ne peuvent jamais donner la même intensité lumineuse ni la même température de couleur. Les films du Cinérama sont tournés au moyen de trois caméras. Chacune d'elle a un petit sautillement vertical et ces sautillements ne peuvent pas être parfaitement synchronisés. La projection s'effectue au moyen de trois projecteurs qui ont aussi chacun leur propre instabilité quoique très faible. Les "panneaux" frottent visiblement l'un l'autre comme s'ils essayaient de se pousser ! Des distorsions additionnelles proviennent de la forte courbure de l'écran, sauf pour les spectateurs privilégiés situés le long de la ligne centrale de la salle. [...] Le son est excellent. Ce sont des enregistrements magnétiques reproduits par des lecteurs magnétiques. L'emploi de pistes sonores multiples, d'amplificateurs et de haut-parleurs convenablement disposés le long d'un écran gigantesque et dans la salle, permettent de déplacer la source sonore qui, synchronisée avec l'action, donne une grande impression de réalité" (La Technique cinématographique, n° 160, décembre 1955, p. 461).


Bibliographie

Michel Boyer, "Impressions d'Amérique, le Cinérama", Ciné-Amateur, mars 1953, p. 6-9. Chris Marker, "Le Cinérama", Cahiers du cinéma, n° 27, octobre 1953, p. 34-37. La Cinématographie française, n° 1494, 29 novembre 1952 ; n° 1615, avril 1955. La Technique cinématographique, n° 128, janvier 1953, p. 13 ; n° 160, décembre 1955, p. 400. "Cinerama, art nouveau", Le Cinéma chez soi, n° 2, août-septembre 1955, p. 28-29.