La Villanelle des rubans
Chanson filmée d'après une composition de Marius Zimmermann, paroles de René-Paul Groffe, interprétée par André Gaudin de l'Opéra-Comique.
Numérisation menée en 2014 par la Cinémathèque française d'après une copie d'exploitation d'époque conservée au CNC.
« Si l'on veut comprendre la psychologie de l'imagination conçue comme une faculté naturelle, et non plus comme une faculté éduquée, il faut rendre un rôle à cet animisme prolixe, à cet animisme qui anime tout, qui projette tout, qui mêle, à propos de tout, le désir et la vision, les impulsions intimes et les forces naturelles. Alors on replacera, comme il convient, les images avant les idées. » (Gaston Bachelard, L'Eau et les rêves: Essai sur l'imagination de la matière, 1942)
Dès le début des années 1920, la société Synchro-Ciné, fondée par l'inventeur Charles Delacommune, s'intéresse à la question du son au cinéma. En 1931, elle propose à Jean Epstein de réaliser une série de courts métrages qu'elle désigne comme « chansons filmées ». Il ne s'agit pas de filmer des chanteurs, mais plutôt de synchroniser des chansons du répertoire classique ou populaire avec des images tournées spécialement pour les illustrer, voire les contrepointer.
En 1931 et 1932, alors qu'il s'apprête à tourner un nouveau long métrage pour le même producteur (L'Or des mers), Epstein se lance dans la réalisation de six petits films de trois à six minutes : La Chanson des peupliers, Le Cor, Le Vieux Chaland, Le Petit Chemin de fer, La Villanelle des rubans, Les Berceaux. Cette dernière mélodie est demeurée célèbre pour sa musique signée Gabriel Fauré. Epstein en filma les images dans la baie de Cancale. Deux films eurent un destin moins favorable, au point qu'il n'en subsiste plus aucune copie (Le Vieux Chaland, tourné sur le canal de Bourges ; Le Petit Chemin de fer, dont l'authenticité est douteuse, Epstein ne l'ayant pas inclus dans sa filmographie). Nous sommes mieux renseignés sur La Chanson des peupliers (poème de Camille Soubise, musique de Frédéric Doria), filmé à Beaumont-sur-Oise en août 1931. De même, Le Cor, texte d'Ange Flégier d'après le célèbre poème d'Alfred de Vigny, fut réalisé en forêt de Villers-Cotterêts avec le célèbre chef-opérateur Christian Matras, en octobre 1931.
Authentique parle bachelardienne, La Villanelle des rubans ramenait Epstein sur des terres explorées par lui en 1926 pour le tournage de Mauprat. C'est en effet le pays de George Sand (La Châtre, Gargilesse-Dampierre) qui a servi de cadre à ce film, dont le poème de Zimmermann est ici chanté par André Gaudin de l'Opéra-Comique, également interprète des Berceaux de Fauré. Contrepoint poétique des eaux vives et du plaisir ondulant d'une jeunesse éprise de belle nature et de tendres sentiments. Rappelons ces mots écrits par Epstein : « La plus grande puissance du cinéma est son animisme, entièrement dû à cette faculté de dessiner le temps. À l'écran, il n'y a pas de nature morte. Les objets ont des attitudes. Les arbres gesticulent. Les montagnes signifient. Chaque accessoire devient un personnage. (...) Un panthéisme étonnant renaît au monde et le remplit à craquer. »
Joël Daire
Pour aller plus loin :
- Jean Epstein, Écrits complets, volume III, Éditions de l'œil (en particulier « Un système graphique à trois dimensions : le Cinématographe ») : https://www.editionsdeloeil.com/en/product-page/jean-epstein-%C3%A9crits-complets-volume-iii