Surprise Boogie

Albert Pierru
France / 1956 / 4:45

Amateur de jazz dans les années 1950, Albert Pierru réalise des courts métrages qu'il nomme « films sans caméra ». Inspiré par les dessins animés de Norman McLaren, il peint et dessine directement sur la pellicule, gratte l'émulsion et propose ainsi des films surprenants, très colorés et particulièrement rythmés.

Surprise Boogie, comme les autres films d'Albert Pierru produits par Pierre Braunberger, a été restauré en 2K à partir des négatifs image et son. Distribué par les Films du Jeudi. Remerciements particuliers à Laurence Braunberger et à la famille Pierru.


L'histoire veut que la Palme d'or du court métrage remportée en 1955 par Blinkity Blank de Norman McLaren bouleverse le cinéma d'animation et d'avant-garde. En effet, cette intervention directe sur pellicule permet la reconnaissance officielle d'un cinéma sans caméra, sans acteur. Ainsi naît aussi le cinéma secret d'Albert Pierru. Né le 7 août 1920, Pierru est professeur d'anglais à Boulogne-sur-Mer. Il réalise des films directement dessinés sur pellicule 16 mm. Ce format minuscule lui permet seul de contrôler continuellement son travail par projection. Avec une imprévisible maîtrise et un sens aigu de la chorégraphie synchronisée au jazz, Pierru trace sur la pellicule étroitissime des signes et des formes repérées. Il est libre comme l'écrivain devant sa feuille de papier. Sa démarche plasticienne et isolée, proche de l'art brut finalement, reflète celle des cinéastes expérimentaux français post-1945. Animateur d'un ciné-club et fréquentant assidûment les cinémas des Champs-Élysées, il rencontre Pierre Braunberger, qui décide de produire et diffuser ses films en avant-programme de longs métrages. Ainsi, Pierru est programmé avec Tati. Depuis la rétrospective « Jeune dure et pure : une histoire du cinéma d'avant-garde et expérimental en France », organisée en 2001 par Nicole Brenez et Christian Lebrat, la Cinémathèque française s'est vue confier par la famille d'Albert Pierru une série de films originaux, peints à la main. Ainsi, en 2010, avec la complicité des Films du Jeudi (hier Pierre Braunberger, aujourd'hui Laurence Braunberger), Surprise Boogie, Fantaisie sur quatre cordes ou Soir de fête ont fait l'objet d'une sauvegarde et d'un nouveau tirage sur support 35 mm, permettant ainsi la protection du support original (intervention directe sur pellicule). La restauration et l'acquisition de films d'Albert Pierru aujourd'hui prolonge l'acte de collecte et de mise en scène de l'histoire du cinéma initiés par Henri Langlois. En effet, le fondateur de la Cinémathèque française programmait et présentait en 1954 les films d'Albert Pierru au Festival international du film de demain à Bâle et Zurich. La boucle est bouclée.

Émilie Cauquy

Lire aussi l'article d'Hervé Pichard « Films grattés et films peints d'Albert Pierru : improvisation sur un air de jazz »