Ce film comporte des images susceptibles de heurter la sensibilité de certains spectateurs. Pour cette raison, il est déconseillé aux moins de 16 ans.
Film déconseillé aux moins de 16 ans
Engagements, combats, débats

Manège

Jacques Nolot
France / 1986 / 11:12
Avec Jacques Nolot, Frédéric Pierrot, Héloïse Mignot.

Max, homosexuel de 40 ans qui joue les hétéros, drague dans les gares et emmène ses « proies » au bois de Boulogne. Premier court métrage de Jacques Nolot, à l'origine de son film La Chatte à deux têtes (2002).

Restauration par Jacques Nolot et la Cinémathèque française au laboratoire TransPerfect Media à partir du négatif 16 mm.


Fuyant son adolescence dans un village conservateur, Jacques Nolot monte à Paris à l'âge de seize ans et demi. Pour subsister, il devient vendeur et gigolo, avant de s'inscrire au cours d'art dramatique de Tania Balachova, où il découvre « le rien, le silence », et développe son jeu retenu et minimaliste. Après avoir joué quelques seconds rôles dans des films et écrit un scénario pour André Téchiné (La Matiouette ou l'Arrière-pays), il écrit et réalise Manège en 1986, qui ouvre une œuvre à fort accent autobiographique. À ses côtés, Frédéric Pierrot dans son tout premier rôle, repéré par Nolot, une nuit, à Pigalle.

Manège peut être vu comme une préquelle de L'Arrière-pays, qui montre des fragments de la vie parisienne qu'aurait menée Jacqui avant son retour au Gers natal ; ou comme une variation de La Chatte à deux têtes en plein air, où les vitres, les pare-brise et les miroirs remplacent l'écran du cinéma porno à travers lesquels des êtres solitaires échangent des regards.

Chez Nolot, le désir d'écriture est toujours impulsé par un malaise, un mal-être, un sentiment d'urgence : le décès de sa mère pour L'Arrière-pays, la mort de son fils adoptif pour La Chatte à deux têtes, une expérience de prostitution au bois de Boulogne pour Manège. C'est également une provocation, selon les propres mots du cinéaste, une réaction contre un certain cinéma, type Tenue de soirée, qui rejoue les clichés sur l'homosexualité sous couvert de comédie irrévérencieuse. Rongé par le réel, le vécu, il révèle, au tournant d'un rond-point, une autre fluidité de genre, plus subie que revendiquée, chez les prostituées et prostitués, femmes, hommes ou travestis et travesties, dans la marginalité crue de leur existence.

Comédien passé derrière la caméra, qui continue et continuera à jouer dans ses propres films, Jacques Nolot – à la fois acteur, réalisateur et personnage, sujet et objet du regard – incarne un rapport trouble à l'action de « voir », qui rime forcément avec le pouvoir. « Filmer ce que je vois. Avec une éthique, une rigueur cinématographique, afin d'être le plus en accord avec moi-même. » Son éthique est, entre autres, dans cette distance sans complaisance qu'il garde avec son propre rôle à l'écran, tandis qu'il se sent souvent plus proche d'un autre personnage avec qui il partage le cadre : Christiane, la jeune fille du Café des Jules (scénario de Jacques Nolot réalisé par son ami Paul Vecchiali) mal à son aise dans un petit monde machiste ; le jeune militaire monté tout seul à Paris, embarqué dans une traversée nocturne à la dérive. « Quand je me vois, je me sens toujours un peu à côté. »

Yunhan Hou