Henri Langlois : élaboration du musée du cinéma

István Sipos
France / 1971 / 12:57 / Silencieux

Portrait documentaire inachevé. En 1971 particulièrement, Henri Langlois passe sa vie à la Cinémathèque, au Palais de Chaillot, et se consacre entièrement à l'élaboration de son musée, sans jamais se ménager. Il a besoin de toucher, de placer, de clouer, de façonner lui-même chaque recoin, besoin d'imaginer chaque nouvel agencement. Le moindre détail compte, le moindre pli de costume. Il peut passer des heures à ajuster une veste, et la fatigue le surprend parfois au détour d'un escalier...

En 2014, au moment du centenaire Langlois, une bobine de pellicule 16 mm AGFA Gevaert et Kodak, datée de 1971, non montée, avec cadrage sonore, est identifiée et numérisée. Sur la boîte est inscrit : « Henri Langlois ». Malheureusement, aucune trace du son ne subsiste.


István Sipos est un réalisateur et technicien hongrois. Né en 1943 à Kolozsvár (désormais en Roumanie), après des études à l'Académie de Budapest et une poignée de courts métrages (dont le dissident Line-up, primé à Oberhausen en 1968), il fait ses débuts alors qu'il est en exil-bohème en France. Proche de la Cinémathèque française, il aurait travaillé à l'écriture d'un scénario avec Costa-Gavras, ou encore filme Langlois à l'œuvre à Chaillot. Il réalise alors plusieurs films expérimentaux autoproduits et plus ou moins achevés, comme Mit keres, Június? (récompensé au festival international du film de Toulon, sous la présidence de Duras) ou encore Noir et blanc et couleurs en 1978, dont Langlois dira à la vision de la première bobine qu'il n'avait « rien vu de plus fort depuis Eisenstein »... Puis retour en Hongrie au milieu des années 1980. Malgré la réalisation remarquée d'Írisz ou encore d'un documentaire fleuve sur la méthode de création de Miklós Jancsó (Day By Day), il tourne peu, ses scénarios sont refusés par Mafilm. Impliqué dans le changement de régime, il fonde dans les années 1990 la chaîne TV indépendante Duna. On le retrouve aussi en qualité d'ingénieur du son (Kakuk Marci de György Révész en 1973, Segesvár d'András Lányi en 1976, Szoba kiáltással de János Xantus en 1990, Woyzeck de János Szász ou Hamvadó cigarettavég de Péter Bacsó en 2001). Les images conservées à la Cinémathèque correspondent à des éléments non montés d'un documentaire expérimental autour de Langlois préparant l'ouverture du musée du Palais de Chaillot et dont le titre serait Voyage initiatique (comme l'entretien mythique et soliloque d'Yvonne Baby dans Le Monde pour l'inauguration du Musée du cinéma le 14 juin 1972). Le film malheureusement ne semble pas avoir été finalisé et diffusé, resté à l'état d'un bout-à-bout non monté. Si on ne connaît pas aisément le nom du réalisateur de ces images, la vision de Langlois, épuisé et assoupi dans les escaliers du futur musée nous est familière. Jean Rouch, le samedi matin à Chaillot, diffusait régulièrement cette bobine, rappel incessant du travail titanesque du fondateur.

Émilie Cauquy

Remerciements à Ráduly György (Magyar Nemzeti Filmarchívum, Budapest)