La Zone
Le premier film de Georges Lacombe, un témoignage précieux sur le quotidien des familles de chiffonniers, installées en ceinture périphérique de Paris, sur cette bande de terre et plus grand bidonville de France de l'époque : la « Zone ».
Restauration en 2025 par Les Documents cinématographiques et la Cinémathèque française, en collaboration avec la Cinémathèque idéale des banlieues du monde. Travaux 4K réalisés au laboratoire L'Image retrouvée, à partir du négatif nitrate conservé dans les collections de la Cinémathèque française. Remerciements à Brigitte Berg (Les Documents cinématographiques), Elsa Charbit et Amélie Galli (Centre Pompidou / Cinémathèque idéale des banlieues du monde).
En 1928, Georges Lacombe, assistant de René Clair, s'aventure avec l'extraordinaire chef opérateur Georges Périnal dans la Zone pour y tourner son premier court métrage. Ce no man's land enceignait Paris pour tenir à bonne distance ses fortifications de la portée des canons. Devenu caduc après 1871, mais resté non constructible, il s'était progressivement peuplé d'un sous-prolétariat qui, chassé par les grands travaux d'embellissement de la capitale et la spéculation immobilière, y construisit des logements de fortune.
Un peuple qui survit donc loin des regards, et sur lequel Georges Lacombe va porter le sien, à hauteur d'homme, se distinguant de l'exotisme ou du misérabilisme en vigueur. Un film qui nous offre aussi de laisser circuler le nôtre, de regard, entre la puissance du réel et la poésie des impressions qui en naissent : somptueux fondus enchaînés qui estompent la frontière des plans pour créer une troisième image, comme l'enfance marginale qui se confond avec les lignes brutales de l'urbanisation, soulignant les conflictualités pour mieux les dépasser, les combattre. Un geste, enfin, qui n'a rien d'anodin, si l'on en juge par les articles de l'époque, comme celui de Cinémonde qui ironise sur le fait de mettre en lumière cette « ceinture pouilleuse de la capitale brillante », mais reconnaît une certaine émotion à découvrir ces visages.
Filmées quelques années avant son démantèlement, ces images de la Zone constituent un document majeur pour la mémoire de la banlieue parisienne, dans cette longue suite douloureuse d'expropriations, de destructions et de relogements – des bidonvilles aux villes bidons, pour reprendre l'expression de Jacques Baratier – qui la caractérise.
Elsa Charbit
Elsa Charbit est chargée de développement de la Cinémathèque idéale des banlieues du monde.
Pour aller plus loin :
- Le site de la Cinémathèque idéale des banlieues du monde : https://cinematheque-ideale-des-banlieues-du-monde.com
- Filmographie « Banlieue rouge » sur Ciné-Archives : https://www.cinearchives.org/parcours-filmographie-documentaires-1095-1137-0-0.html