Nanouk l'esquimau
Un an au rythme des Inuits au cercle arctique, avec Nanouk (« ours » en inuktitut, interprété par Allariallak) et sa famille, sa femme Nyla (« celle qui sourit »), et leurs enfants Allee et Cunayou.
Restauration 4K par la Cinémathèque française en 2024 à partir d'une copie diacétate, au laboratoire TransPerfect Media, mécène de cette restauration.
En 1922, la version française de Nanook of the North de Robert Flaherty sort en France pour la première fois sous le titre Nanouk, l'homme des temps primitifs. Cette version a été remaniée par le réalisateur de films ethnographiques Joseph Mandement. Outre quelques interventions sur le montage du film, il est l'auteur de l'adaptation des intertitres français et des dessins introductifs inspirés de ses recherches, matériel qu'il rajoute au début du film. Il exploite cette œuvre en France avec son associé Georges Lourau (tous les deux représentants de la Compagnie française du film). L'autre titre français, Nanouk l'esquimau, plus connu, reste aujourd'hui critiquable en raison de sa dimension impérialiste et xénophobe.
Cette copie, présumée courte, véritable rareté des collections de la Cinémathèque française, a été conservée par Henri Langlois qui l'avait nommée, non sans affection et fantaisie, « bouton d'or », pour souligner le teintage orange qui la caractérise. Les travaux de cette curieuse version ont été menés à partir d'une copie diacétate très rare et particulièrement fragile, avec des perforations très abimées, éclatées et manquantes et des images dégradées qui obligent à une manipulation délicate et attentive.
Nanook of the North, tourné en 1920 et 1921, est le premier film de Robert Flaherty, à l'approche très personnelle : il propose de s'accorder une longue immersion auprès de ses protagonistes, pour créer avec eux une vraie complicité, avant de tourner ses premières images. On suit ainsi la vie du chasseur Nanouk et de sa famille, confrontés à la dureté du climat polaire et à cette nature aussi belle qu'hostile, dans la région d'Inukjuak au Québec. Le cinéaste avait commencé à filmer dès 1913 le quotidien des Inuits, mais une grande partie de la pellicule avait été perdue, semble-t-il brûlée accidentellement. Flaherty doit reprendre son tournage quelques années plus tard, enrichi de cette première expérience. En marge de la dimension réaliste, le cinéaste propose aussi une approche fictionnelle en orientant le jeu de ses « interprètes », et en mettant en scène plusieurs séquences. Dans cet esprit, il réalise de nombreux films documentaires incontournables à travers le monde, généralement dans des régions isolées : Moana (1925) en Polynésie, Tabou (1931), coréalisé avec Murnau, L'Homme d'Aran (1934) tourné sur une île au large de l'Irlande, Elephant Boy (1937) coréalisé en Inde avec Zoltan Korda ou encore Louisiana Story (1948). La forme originale et le discours précurseur de ses films influenceront par la suite de nombreux cinéastes, comme Jean Rouch, Jean Benoit-Lévy ou André Sauvage.
On connaît de nombreuses versions de Nanouk en France comme à l'étranger, accompagnées de différentes musiques enregistrées, dans certains cas, avec des commentaires parlés, avec un cadre muet – et souvent un cadre sonore à partir des années 30. Toutes ces sorties contribueront pleinement à la renommée de l'œuvre, considérée aujourd'hui comme l'un des documentaires les plus importants de l'histoire du cinéma.
Noémie Jean, Hervé Pichard
Pour aller plus loin :
- Thierry Lefebvre, « In memoriam Allakariallak : À propos de Nanook », revue 1895, n° 30, 2000, pp. 66-97
- Centenaire du film sur le site officiel de recherches Flaherty : https://theflaherty.org/nanook-centennial