Belmondo passe l'épreuve du casting
Faux casting où Sélim Sasson, « Monsieur Cinéma » de la RTBF, met à l'épreuve Belmondo. Et vraie comédie où s'affrontent deux personnages facétieux, qui réinventent chacun leur jeu.
Extrait d'une émission diffusée en 1964, issue des archives audiovisuelles SONUMA-RTBF (Radio-télévision belge francophone). Remerciements à Maria Dias Pereira et Barbara Rodriguez (SONUMA).
En 1964, Jean-Paul Belmondo fut invité sur le plateau de la RTBF. De l'autre côté de la caméra se trouvait Sélim Sasson, l'équivalent belge de Pierre Tchernia, le Monsieur Cinéma du rendez-vous hebdomadaire « Le Carrousel aux images ».
Et si l'on changeait de jeu ? Dans cet extrait de deux minutes, le journaliste belge réinvente les règles du jeu de l'interview télévisée, en proposant un faux casting à Belmondo, alors déjà une star mondiale. Regards furtifs à la caméra, sourires timides au coin des lèvres charnues, l'acteur se glisse dans la peau d'un jeune premier de vingt ans, se prête volontiers au « test de photogénie ». À chaque seconde, il change de masque, de grimaces, de persona, de lunettes, navigue entre sportifs et intellectuels (même si M. Sasson semble moins convaincu par le Belmondo intello). Le « casting » se transforme vite en un véritable duel d'improvisation entre deux comédiens, l'un professionnel, l'autre presque.
Et si une troisième personnalité se joignait à l'essai ? L'équipe d'HENRI a invité Luc Moullet pour une petite épreuve d'écriture. Bien que Belmondo n'ait jamais été dirigé par le cinéaste (box-office exige), il a pourtant bien laissé ses empreintes sur ses castings. Songeons au jeu du frère en sale gosse dans Un steak trop cuit, à la manière dont Sabine Haudepin dégaine son revolver dans La Comédie du travail, pour ne citer que deux exemples revendiqués. Pionnier de la « politique des acteurs », « Luluc » nous évoque ses souvenirs cinéphiliques de Bébel.
Yunhan Hou
15 bonnes années
Belmondo, c'était un Denis Lavant de plus grande taille.
Difficile de dire s'il était beau ou laid, avec son visage très marqué.
Je crois que c'étaient seulement son sourire, sa verve, son humour, sa gouaille très parisienne, son côté Gavroche adulte, qui faisaient son charme.
Tout le contraire des beaux mecs du cinéma français d'antan, au visage lisse (Charles Boyer, Georges Marchal, Louis Jourdan, Henri Vidal, Renaud Verley, Jacques Charrier).
Une nouvelle forme de beauté totalement inattendue.
Dès 1959, il était génial chez Godard, en aventurier pathétique et emporté (À bout de souffle, Pierrot le fou).
C'était un as du contre-emploi, puceau trentenaire dans La Sirène du Mississipi, curé dans Léon Morin, prêtre, et surtout dans Docteur Popaul, concocté par Chabrol et Gégauff. Alors que chacun voyait en lui un type sympa, le personnage se révélait de plus en plus odieux ; le spectateur allait-il accepter l'horreur incarnée en lui, ou le charme de Bébel allait-il nous faire oublier sa monstruosité ? C'était le même problème face au triste héros des Bienveillantes ou du Barry Lyndon de Thackeray.
Après le relatif échec commercial en 1974 du Stavisky de Resnais (1 067 182 entrées), Bébel se contenta d'assurer son standing au premier rang du box-office avec des comédies ou polars rigolos avec belles cascades. Une fois ça va, mais après, ça lasse vite.
Dommage qu'il ait refusé d'incarner Mesrine dans un futur Godard, qui aurait fait moins d'entrées.
Il se rattrapa un peu au théâtre avec Kean (1987).
Luc Moullet (juillet 2026)
Pour aller plus loin :
- Archives de l'émission « Le carrousel aux images » sur le site de la SONUMA : https://www.sonuma.be/public/search?q=Le%20carrousel%20aux%20images
- Luc Moullet, « Bébel par Luluc », Cahiers du cinéma, n° 780, octobre 2021